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17/10/2016

COMMUNIQUÉ DES ADMINISTRATEURS DU GROUPE RÉGIME ÉCOSSAIS RECTIFIÉ

Les administrateurs de la page sociale Régime Écossais Rectifié (à laquelle sont inscrits plus de 2000 membres et contributeurs à ce jour), nous communiquent l’information suivante :

Jean-Claude Sitbon, plagiats, plagieur, aventure, Rite écossais rectifié,RER, la Tarente, éditions de la Tarente, histoire, franc-maçonnerie, Pierre Noël,Alice Joly, gérard vanRijnbeck, jean-marc Vivenza

 

COMMUNIQUÉ DES ADMINISTRATEURS DU GROUPE RÉGIME ÉCOSSAIS RECTIFIÉ

 

Nous portons à la connaissance de nos membres, puisque c’est sur ce groupe RER que furent mis en lumière par certains de nos amis lecteurs attentifs depuis de longues années de l’ensemble des ouvrages publiés sur le Régime Écossais Rectifié, les nombreux emprunts non sourcés – soit en langage éditorial des « plagiats » – trouvés dans le tome I de L’Aventure du Rite Écossais Rectifié (éditions de la Tarente 2012, rééd. 2015) dont Jean-Claude Sitbon est l’auteur, ayant abouti depuis plusieurs mois à de multiples réactions polémiques et des commentaires divers créant un climat pesant et pénible. Ainsi donc, pour clore cette affaire, nous nous félicitons – bien que regrettant qu’elle soit intervenue si tardivement – de la décision de publication d’un « Errata », conjointement par Jean-Claude Sitbon et son éditeur. Errata qui sera dès à présent inséré dans les exemplaires imprimés de l’ouvrage, étant signalé par ces termes sur le site de Jean-Claude Sitbon : « Errata - Il est apparu que plusieurs phrases de ce Tome 1 ont échappé aux critères éditoriaux car elles ont été empruntées à des ouvrages en omettant de citer la source. Pour ces erreurs involontaires, l’auteur présente ses excuses à ses lecteurs et aux auteurs concernés » – Lien : http://rite-ecossais-rectifie.com/…/aventure-du-rite-ecoss…/ Voici les termes de l’introduction de l’Errata téléchargeable : « Jean-Claude Sitbon et Les Éditions de la Tarente vous communiquent la liste des errata se trouvant dans le tome I de L’Aventure du Rite Écossais Rectifié dont Jean-Claude Sitbon est l’auteur. Nous tenons à préciser que ces errata sont pour l’essentiel des emprunts non sourcés. Ces omissions sont bien sûr involontaires et dues à la méthode de travail qui s’est échelonnée sur plusieurs années comme signalé dans l’Avertissement aux lecteurs (éd. 2012 page 12 & éd. 2015 page 16). Ces erreurs seront corrigées comme il se doit à l’occasion d’une éventuelle réédition de l’ouvrage. Il n’en reste pas moins que si les sources n’ont pas été insérées dans le corps du texte, tous les livres dont elles sont issues sont mentionnés dans la bibliographie. » _____________________________________

Les administrateurs du groupe Régime Écossais Rectifié

Communiqué de l'éditeur, téléchargeable sur le site référencé :

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Remarques et compléments à l'Errata :

Cette information, dont on ne peut que se réjouir, puisqu’elle invite à la sérénité qui convient à ces domaines, a toutefois été commentée par les lecteurs de ce groupe public. Commentaires se félicitant du dénouement éditorial de cette situation, et dont l’un, en particulier, « complète » pour le moins les indications de l’Errata en question.

Afin que le lecteur dispose d’une information fiable, nous reproduisons un échantillonnage (puisqu'un relevé initialement établi, et transmis, indiquait plus de 5000 signes dans le texte !) de ces éléments de comparaison qu’il signale, et manquant dans l'Errata, nous permettant de constater qu’un « emprunt à des ouvrages en omettant de citer la source » [sic], est à ne pas confondre avec une réécriture de passages extraits d’ouvrages non-référencés :

 

« En 1939, le RER était pratiqué par les quatre Obédiences masculines françaises.
1) LA GRANDE LOGE NATIONALE INDÉPENDANTE ET RÉGULIÈRE, fondée par une loge de Rite Rectifié, le Centre des Amis, avait consacré ou affilié 32 loges (…) Trois loges usaient du RER. 
2) LE GRAND ORIENT DE FRANCE comptait quelques 400 membres travaillant au RER dans plusieurs loges et 80 Maîtres Ecossais dans des Loges de Saint-André créées par le GCDR.201 En outre, le "Grand Prieuré Indépendant de France", section du GCDR, recevait dans ses chapitres des CBCS appartenant au GODF.
3) LA GRANDE LOGE DE FRANCE avait recueilli les 5 loges transfuges de la défunte GLER.
4) LE GRAND PRIEURÉ DES GAULES, exsangue, ne pouvait compter que sur la Loge Franchise. » (P. Noël, "Le Rite Ecossais en France", Villard de Honnecourt, n° 45, GLNF, 2000, pp. 205-206 / Pierre Noël, 
"Heurs et malheurs du RER en France au XXe siècle", p. 42).
www.ordo-ab-chao.org/ordo/Doc/heurs.pdf

« En 1939, juste avant la seconde guerre mondiale, le Rite Ecossais Rectifié était présent dans les quatre Obédiences masculines françaises : 
- La GLNIR, fondée par le Centre des Amis (…) trois Loges pratiquaient le Rite Ecossais Rectifié. 
- Le GODF réunissait quelques 400 membres travaillant au RER dans plusieurs loges et 80 Maîtres Ecossais dans des Loges de Saint-André créées par le GCDR. En outre, le GPIF, section du Grand Collège des Rites, recevait dans ses chapitres des CBCS appartenant au GODF.
- LA GLDF avait recueilli les 5 loges transfuges de la défunte GLER.
Le GPDG, exsangue, ne pouvait compter que sur la Loge Franchise. » (Jean-Claude Sitbon, L’Aventure du Rite Ecossais Rectifié, les éditions de la Tarente, 2012, p. 108).

 

« Le 15 décembre 1946 Camille Savoire déclarait réveillé le GPDG (…) Le 15 février 1947, le GPDG décidait le réveil de la loge Franchise, la création d'une loge de Saint-André (…) et la reconstitution des commanderies sous l'autorité de la préfecture de Paris. » (P. Noël, "Le Rite Ecossais en France", Villard de Honnecourt, n° 45, GLNF, 2000, pp. 206-207 /
"Heurs et malheurs du RER en France au XXe siècle", Pierre Noël, p. 43).
www.ordo-ab-chao.org/ordo/Doc/heurs.pdf

« Après la Libération, Camille Savoire déclarait réveillé le GPDG (…) Le 15 février 1947, le GPDG décidait le réveil de la loge Franchise, la création d'une loge de Saint-André et la reconstitution des commanderies sous l'autorité de la préfecture de Paris. » (Jean-Claude Sitbon, L’Aventure du Rite Ecossais Rectifié, les éditions de la Tarente, 2012, p. 108).


« Le 24 octobre 1948, Savoire était remplacé comme Grand Prieur par le colonel Julien Rybinski, mais conservait le poste de Grand Maître National.». (P. Noël, "Le Rite Ecossais en France", Villard de Honnecourt, n° 45, GLNF, 2000, p. 207 / "Heurs et malheurs du RER en France au XXe siècle", Pierre Noël, p. 43).
www.ordo-ab-chao.org/ordo/Doc/heurs.pdf

« Le 24 octobre 1948, Camille Savoire, était remplacé dans la fonction de Grand Prieur par le colonel Julien Rybinski, mais il conservait malgré son grand âge, près de quatre-vingts ans, le poste de Grand Maître National.». (Jean-Claude Sitbon, L’Aventure du Rite Ecossais Rectifié, les éditions de la Tarente, 2012, p. 109).

 

« L’année 1958 avait été également marquée à la G.L.N.F. par un évènement, qui précéda de quelques mois la signature de la Convention avec le G.P.D.G. (…) des Frères de la Loges e Centre des Amis n°1, emmenés par Pierre de Ribaucourt (+ 1965), fils d'Édouard de Ribaucourt à l’origine, avec Camille Savoire, du réveil du R.E.R en France en 1910. Ce mouvement de rupture, qui allait donner naissance à la Grande Loge nationale française – Opéra, du nom du quartier où la nouvelle structure maçonnique installa ses bureaux (…) Cette volonté de rassembler sur les bases de la fraternité et de l’humanisme universel, fut définie dans un Manifeste publié le 2 octobre 1958 ayant précisément pour intitulé « Fraternité humaine, universalisme ». (Jean-Marc Vivenza, Histoire du Grand Prieuré des Gaules, Editions du Simorgh, 2011, p. 204).

« La même année 1958 vit un autre événement d’importance au sein de la G.L.NF : la Loge le Centre des Amis n°1, prit la tête d’une scission menée par Pierre de Ribaucourt, le fils d'Édouard de Ribaucourt disparu vingt ans plus tôt, fondateur de la GLNIR. Cette scission (…) conduisit à la création de la Grande Loge nationale française Opéra. Le titre de GLNF fut conservé en rajoutant « Opéra », car le siège de cette nouvelle obédience se situait alors, avenue de l’Opéra. » (….) Le 5 octobre 1958, La GLNF Opéra publia un manifeste, intitulé « Fraternité humaine, universalisme ». (Jean-Claude Sitbon, L’Aventure du Rite Ecossais Rectifié, les éditions de la Tarente, 2012, p. 110).

 

 

Le comité rédactionnel de La Leçon de Lyon

 

16/10/2016

Jean-Baptiste Willermoz et la naissance du Divin Réparateur en ce monde

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« Toutes choses que les chefs de l’Église chrétienne, auxquels la connaissance n’était presque exclusivement réservée pendant les cinq à six premiers siècles du christianisme, ont parfaitement connues. » (J.-B. Willermoz, Traité des deux natures, 1818)

 

Les rituels du Régime invoquent amplement « les secours de l’Être Suprême, afin qu’il daigne protéger nos travaux », le « pur hommage » qui lui est dû et les « grâces «  qui lui sont rendues pour les « faveurs accordées[1]. » Jusqu’à désigner le « Grand Architecte de l’Univers », dans sa prière d’ouverture, « selon une terminologie étonnamment chargée de références métaphysiques relatives à la notion d’être.[2] » :

« Grand Architecte de l’Univers, Être éternel et infini, qui est la bonté, la justice et la vérité même, Ô toi qui par ta parole toute puissante et invincible, as donné l’être à tout ce qui existe … »

La Règle maçonnique n’en est pas exempte, appelant à l’adoration de « l’Être plein de majesté, qui créa l’univers par un acte de sa volonté, qui le conserve par un effet de son action continue », mais que notre « esprit borné  ne peut concevoir, ni définir. »

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Dans son dernier ouvrage, Le mystère de l’Église intérieure, ou la « naissance » de Dieu dans l’âme. Le cœur métaphysique et ontologique de la doctrine saint-martiniste  (Editions la Pierre philosophale, mars 2016), Jean-Marc Vivenza aborde la question de la « génération de l’Être divin » sur le mode d’une relation ontologique dont certaines références willermoziennes témoignent, en même temps qu’elles nous informent d’avantage sur les références rituelles que nous mentionnions :

« (…) tout ce qui se passe et se déroule en mode temporel dans l’esprit de l’homme, écrit-il, est une image, et même plus, un « médium », c’est-à-dire un « intermédiaire », une reproduction, une sorte d’authentique imitation de ce qui advient sur le plan de l’éternité et de ce qui est advenu au titre de l’Incarnation du Divin Réparateur, un médium sans lequel « il n’y aurait rien de manifesté », rien qui ne pût nous être connu et révélé. »

« La Naissance du Divin Réparateur en ce monde, poursuit-il, image de la « naissance » du « Verbe dans l’âme, est parfaitement décrite par Jean-Baptiste Willermoz dans le Traité des deux natures », et de citer le passage concerné, que nous reproduisons ici :

 

« L'archange Gabriel est envoyé par Dieu dans la petite ville de Nazareth à la Vierge Marie, pour lui annoncer la glorieuse maternité par laquelle elle est destinée à coopérer au grand oeuvre de la Rédemption des hommes. L'apparition subite de l'ange qui lui est député trouble l'âme de cette vierge si pure ; sa pudeur s'alarme de la maternité qui lui est annoncée, déclarant ne connaître aucun homme. Elle n'y donne son consentement qu'après être entièrement tranquillisée sur les moyens, l'ange lui déclarant que sa maternité serait l'ouvrage de Dieu même par l'opération du seul Saint-Esprit, et que sa virginité resterait intacte. A l'instant même de son consentement, commence l'accomplissement du grand Mystère ; car à ce même  instant le Verbe de Dieu, qui est Dieu lui-même, la seconde Personne et puissance de la sainte Trinité, pressé par son ardent amour pour ses créatures humaines s'unit indissolublement et pour toute l'éternité à l'âme humaine, pure et sainte de Jésus, qui, par amour pour ses frères, et pour les réconcilier avec Dieu en satisfaisant pour eux à la Justice divine, s'est dévouée aux ignominies, aux souffrances et à la mort. Le Verbe tout-puissant de Dieu, l'image et la splendeur du Père éternel descend des cieux pour venir s'incorporiser avec l'âme humaine de Jésus dans le chaste sein de la bienheureuse Vierge Marie, pour ne plus être éternellement les deux ensemble qu'une seule et même Personne en deux natures distinctes. C'est donc au moment de son consentement que l'homme-Dieu est formé corporellement dans le sein virginal de Marie, de sa pure substance, de ce vrai et pur limon quintessenciel de la terre vierge de sa mère. Il y est formé et composé, comme tous les autres hommes qui viennent pour un temps sur la Terre, d'une triple substance, c'est-à-dire d'un esprit pur, intelligent et immortel, d'une âme passive ou vie passagère, et d'un corps de matière, mais d'une matière pure et non souillée qui ne provient point, comme chez tous les autres hommes, de la concupiscence des sens, mais uniquement de l'opération du Saint-Esprit, sans le concours d'aucun homme, ni d'aucun agent physique de la matière. C'est par ce prodige de l'amour infini de Dieu pour sa créature chérie et séduite, devenue par son crime pour toujours l'esclave et la victime du démon, que s'est accompli l'ineffable et incompréhensible mystère de l'incarnation divine pour la rédemption des hommes, par Jésus-Christ notre unique Seigneur et Maître, qui a bien voulu, pour en assurer l'effet, réunir en lui par une union indissoluble la nature humaine du prévaricateur et sa propre nature divine. Celui qui, par cette union si glorieuse, pouvait naître à son choix dans la famille la plus opulente, dans le sein des grandeurs, sur le trône le plus éclatant, préfère de naître dans une étable, dans une famille inconnue et pauvre, dans une profession abjecte, la plus exposée aux mépris et aux humiliations qui accompagnent ordinairement l'indigence. Il est bien évident par là que dès son entrée dans le monde il veut être le modèle et la consolation des pauvres, qu'il veut en même temps inspirer le mépris des richesses et faire sentir à ceux qui les possèdent les grands dangers auxquels elles exposent tous ceux qui n'en feront pas l'usage prescrit par sa morale et par ses préceptes. »

(J.-B. Willermoz, Traité des deux natures divine et humaine réunies individuellement pour l'éternité qu'un seul et même être dans la personne de Jésus-Christ, Dieu et homme, Rédempteur des hommes, Souverain Juge des vivants et des morts, Bibliothèque Municipale de Lyon, ms 5940 n° 5)[3].  

 

[1] Ms 5922/2, Bibliothèque de la ville de Lyon.

[2] Jean-Marc Vivenza, La Clé d’Or et autres écrits maçonniques, Editions de l’Astronome, 2013, p.168.

[3] Jean-Marc Vivenza, op. cit., pp. 112-113

 

21/08/2016

La « tradition originelle » du Rite Écossais Rectifié serait une version « mixte » de la Stricte observance !

La période estivale aura vu la mise en ligne, chez nos amis de Baglis TV, d’une table ronde faisant suite à la parution du dernier ouvrage d’André Kervella, sur Le baron de Hund et la Stricte observance templière  (La pierre philosophale, mai 2016).

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« Attention, signalait un commentateur sur les réseaux sociaux, à conserver le niveau d’exigence qui fait la qualité et la réputation de Baglis Tv, par la qualification des intervenants sur ces sujets difficiles, où n’importe qui ne peut pas dire n’importe quoi. »

 

Si André Kervella[1] répond largement à ce critère d’exigence, plus  surprenantes, seront les interventions  de son interlocuteur, Laurent Jaunaux, présenté – à juste titre – comme auteur « de très nombreux articles qui concernent la franc-maçonnerie (…) ; maçon depuis plus de 25 ans, appartenant à la GLTSO en ayant occupé des fonctions au Grand Prieuré national », et dont la biographie proposée sur le site, nous précise qu’il est « fondateur et administrateur du site franc-maçonnerie française »[2].

Dans les domaines de l’historiographie (qui ne relèvent en aucun cas du « témoignage », des goûts personnels ou des intuitions), l’expression sur un espace public nécessite une méthodologie sévère, et la position occupée au sein de structures obédientielles ne suffit pas. Elle pouvait toutefois, concernant notre intervenant, nous laisser supposer, face à un spécialiste de ces questions, une certaine prudence dans le discours, et quelques compétences, ou informations, qui auraient justifié de sa contribution à cette table ronde.

Au titre de ces informations, c’est donc de lui, que nous apprendrons avec stupéfaction que « Von Hund reste le fondateur, j’ai presque envie de dire le "refondateur" [sic !] lointain du Rite Écossais Rectifié, puisque Willermoz est arrivé après pour réformer la Stricte observance. »

Avons-nous bien entendu ?

« En quoi est-il plus fondateur du RER que Willermoz ? », s’interroge Caroline Chabot, animant cet échange.

« Le RER, poursuit Laurent Jaunaux, a gardé les tableaux de la Stricte observance, notamment sur ses quatre grades symboliques. Et ces tableaux, je les crois fortement jacobites (…). Le lion qui est sous un rocher jouant avec ses outils de mathématiques, alors qu’il y a un ciel d’orage, c’est une métaphore, une allégorie frappante. La Stricte observance l’avait. Au Rite Écossais Rectifié on l’a aussi. Quand on sait que le symbole, l’animal fétiche de l’Écosse, qui figure sur son blason, c’est le lion : ce lion qui est à l’abri d’un rocher, qui est en train de faire des calculs alors qu’il y a l’orage dehors, pour moi, c’est ni plus ni moins que la métaphore des Stuart qui sont à l’ombre, à l’abri quelque part, certainement en France, et qui préparent leur reconquête. »

Voilà tout …

Difficile alors, pour la scène évoquée, d’entrevoir de plus grandes choses que la reconquête d’un royaume qui n’a plus rien de céleste. Il faudra donc se contenter des signes de servitude au Roi d’Angleterre, plutôt qu’à l’état de nature corrompue par la chute adamique, et de ces quelques élucubrations, voulant exprimer une inspiration originale, alors qu’elles sont anciennes, puisque déjà signalées en 1929 par René le Forestier (La Franc-maçonnerie templière et occultiste, p. 437, note 8). « Bien que touchante et sympathique, l’histoire des Stuart n’intéresse que médiocrement la vie spirituelle d’un Maître Écossais de Saint-André », écrivait un Jean Saunier en 1971[3], en fidélité à ce qui constitue sans doute le dispositif rituel le plus accompli dans les domaines maçonniques, en terme d’enjeu destinal et ontologique. Il sera supposé, au cours de l’échange, que le lien politique finissant par se distendre, il cèdera (dans un second temps, seulement) à des interprétations plus « philosophiques » : le corpus doctrinal de la Réforme willermozienne, la « Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous[4] »,  placée au cœur de la vocation réparatrice de la démarche rectifiée, ne devient qu’une option chronologique …

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Tableau du peintre suisse Rudolf Koller (1828-1905), temple de la loge « Modestia cum Libertate », Lindenhof, Zurich.

 

Exagérons-nous, en focalisant sur une faille qui ne serait pas significative ?

Mais à quel type de projet peut conduire cette vision d’un Rite Rectifié amputé de son environnement métaphysique initial, et donc modifiable ?

À cette remarque significative, sans doute, répondant à la question des initiatives de résurgences contemporaines de la Stricte observance, qu'il n'y a pas lieu de commenter ici, mais qui sont présentées comme « un groupe de frères et de sœurs QUI ONT DÉCIDÉ D’EN VENIR A UNE TRADITION ORIGINELLE DU RITE ÉCOSSAIS RECTIFIÉ [sic !] (…) et qui vont apporter une nouvelle vision de la démarche chevaleresque, qui inclut les sœurs. On est au 21eme siècle, pendant très longtemps le RER n’a été réservé qu’aux hommes … » (Laurent Jaunaux)

Propos aberrants, mais dans la logique d’un dispositif ou chacun peut, sur la base d’initiatives personnelles, fonder un système en l’adaptant à ses vues personnelles : Grands « Prieurés » nationaux , mixtes[5],  associés à des Obédiences multi-rituelles qui les ont parfois impulsés … en lieu et place d’une Réforme willermozienne ayant procédé à une « rectification » de la maçonnerie andersonienne, perçue comme « apocryphe » par le Régime Rectifié, car ignorante de la doctrine de la « réintégration » et des propédeutiques nécessaires à son enseignement.

« Le RER n’est pas un système de patente. Ce qui explique qu’il y a plusieurs Grands prieurés en France, et dont la plupart se reconnaissent. » (Laurent Jaunaux)

« La plupart se reconnaissent » ?

Nous voici réconfortés.

Et peu importe le soin que mit Jean-Baptiste Willermoz à préserver le dépôt doctrinal et structurel du Régime, et la façon dont il fut précieusement confié en 1830 au Grand Prieuré d’Helvétie.

Peu importe aussi, puisqu’il nous a été dit que « le RER n’est pas un système de patente » [sic], la « Charte constitutive pour l’instauration de la Préfecture de Paris sous l’égide du Grand Prieuré d’Helvétie, et Lettres patentes pour le réveil du Régime Écossais Rectifié en France, sous l’égide du Grand Directoire des Gaules (20 et 23 mars 1935). »

Sans doute, leur préfère-t-on  les petits accommodements obédientiels des structures signalées dans la biographie[6] de notre intervenant, toutes, sans aucune exception,  détachées du lien de transmission effectif et valide avec le « réveil » opéré en 1935, et fort éloignées des grands principes structurels de l’Ordre.

 

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« Voici comment, indiquait Camille Savoire, nous avons régulièrement réveillé en France le Rite Rectifié : ce réveil ayant été fait en accord et avec le concours de la seule puissance ayant autorité suprême du Rite au monde et en conformité des décisions des divers Convents de 1778, 1781, 1808, et 1811, et en exécution de la décision prise en 1828 par le Directoire de la Vème Province de Neustrie déléguant à la dernière de ses préfectures, dite de Zurich, ses archives, prérogatives, droits, etc …, avec mission de les conserver jusqu’au jour où le réveil du Rectifié pourrait s’effectuer en France et lui permettrait de s’en dessaisir[7]. »


"Stricte Observance templière et franc-maçonnerie" (extrait)

 

[1] Le site indique notamment, sur l’espace biographique qui lui est consacré, sa qualité de « docteur en philosophie et docteur ès lettes (histoire des systèmes de la pensée moderne) », et son parcours d’enseignant en logique, épistémologie et pragmatique du langage. »

[2] Laurent Jaunaux anime également sur internet, outre son espace personnel (http://www.jaunaux.fr/), des pages orientées vers la culture écossaise : http://www.clanramsay.fr/

[3] Jean Saunier, « Introduction à l’étude du grade de Maître Écossais de Saint-André », Les Cahiers verts, n°3, 1971.

[4] Jean-Baptiste Willermoz, Statuts et Règlement de l’Ordre des Grands Profès, Ms 5.475, BM Lyon.

[5] « Nos lois et la bienséance ne nous permettent pas d’admettre les femmes dans nos assemblées (…). » (Rituel d’apprenti, 1802)

[6] http://www.baglis.tv/intervenants/2755-laurent-jaunaux.html

[7] Cf. P. Noël, Le Rite Écossais Rectifié en France au XXe siècle, Cahiers Villard de Honnecourt, n°45, 2ème série, 2001, p. 190.  

 

05/06/2016

Le Grand Prieuré des Gaules "arme" ses Chevaliers dans une église orthodoxe !

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Jean-François Var annonce publiquement, sur le réseau social qu’il anime (et une page événementielle a même été créée à l’occasion), avoir participé à une

« Très belle et très priante veillée d’armes » [sic] à… :

« l’Église Orthodoxe de Poitiers » !!! :

 

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Page facebook de Jean-François Var, le 03/06/2016

 

Qu’est-ce qu’une « veillée d’armes » ?

 

« Un usage ancien assujettissait ceux qui devaient être armés Chevaliers à faire une veillée d'armes, et la nuit qui précédait cette réception fut tantôt employée à être exposé à quelques périls, et tantôt à quelques actes religieux. Cette veillée d'armes ne peut plus être observée que symboliquement parmi nous… » (Rituel de l'Ordre de la Cité Sainte pour la classe des Chevaliers, Bibliothèque Municipale de Lyon, MS 5921).

 

Aujourd’hui, la plupart des établissements rectifiés s’accordent à opérer un tel événement, au moins symboliquement, au titre d’une « veillée » ou d’une « matinée » mais surtout, d’un temps de recueillement nécessaire afin de créer les dispositions requises à cette étape fondamentale de la vie initiatique du postulant.

Il convient toutefois de savoir que le rétablissement de la Veillée d’Armes fut justifié tout d’abord, au sein du Grand Prieuré des Gaules, en ces termes : « Nous avons rétabli cet ancien usage, mais selon des formes appropriées à notre temps. » (Avril 1994).  Puis, on en vint à cette formule discutable, qui laissait poindre une tendance « liturgique » inquiétante : « Cet office, car s’en est un… » (1995). Enfin, de façon beaucoup plus explicite, mais plus encore contraire aux principes du Régime en prenant la liberté d’accentuer une déviation ecclésiale inacceptable, et qui d’ailleurs, on peut en être certain, aurait été vigoureusement condamnée par les fondateurs de l’Ordre :

« Cette cérémonie, ou plutôt cet office (…) il ne s’agit pas en effet d’une cérémonie au sens rituel du terme (…) mais bien plutôt d’un office comme ceux que l’Eglise organise… (…) cet office de prière qui nous réunit ce soir est emprunté aux traditions, d’une part, de l’Eglise occidentale et d’autre part, des Eglises orientales.» (Cf. Rituel officiel du Grand Prieuré des Gaules, Ordre des Chevaliers Chrétiens de France, pour l’Armement de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, Éditions du Simorgh, 2007, pp. 8 ; 12 ; 30).

 

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« Du moment qu'on mêlera la religion à la maçonnerie, dans l’Ordre symbolique, on opérera sa ruine », écrivait Jean-Baptiste Willermoz  à Bernard de Türckheim, le 3 février 1783.

 

A l’évidence, pour ceux qui furent à l’origine de ces rédactions  : … peu importe !

 

La ruine fut acquise, lorsque dans l’indifférence quasi-unanime, voire la complicité de la totalité des Obédiences françaises, le Grand Prieuré des Gaules opéra une substitution entre l’enseignement du Régime, et une conception ecclésiale et dogmatique de l’ensemble de la tradition maçonnique, le conduisant à se transformer en une « Obédience chrétienne » multi-rituelle, dotée d’une « Aumônerie », dont le champ d’action devait s’étendre aux « cérémonies religieuses des Ordres de chevalerie », et à « l’enseignement des principes  spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes. » (Statuts du G.P.D.G., Livre VII, article 106, 2005, amendés le 29 septembre 2012).

Dès lors, il n’est point étonnant que le candidat à l’armement, soit convié à un « Office » animé par le « Grand Aumônier » de l’Obédience, qui invitera l’assemblée présente, à entonner un salve regina, auquel succèderont, parmi d’autres réjouissances aberrantes, une psalmodie « cantilée à deux voix en répons, recto tono » [sic], une « prière de saint Ephrem le Syrien » et le « tropaire » de la tradition grecque !!!

Dès lors, également, il n’est point étonnant que l’événement se déroule dans une église orthodoxe de province, et bénéficie, sans la moindre gêne, d’une annonce publique sur les réseaux sociaux  … annonce complétée, dans les heures qui suivirent, et dans la logique de ce qui venait de se jouer, par le plus incroyable des aveux :

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« Dans un lieu de culte, ça change beaucoup de choses », en effet …

 

Car l’intention, nous l’aurons compris, ne se limite pas à la recherche d’un environnement porteur d’une inspiration spirituelle supposée (et, disons-le au passage, fortement subjective). Elle épouse une pensée, qui fut formulée par Jean-François Var, lorsque, définissant les « bornes » d’une qualification « chrétienne » acceptable pour le Régime, il indiquait, sous la forme d’une « mise au point » :

« Le profane qui est reçu dans le Régime rectifié au sein du Grand Prieuré des Gaules prête serment, sur le saint évangile ouvert au premier chapitre de l’évangile de saint Jean, de « fidélité à la sainte religion chrétienne. » Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où. La sainte religion chrétienne est issue des enseignements donnés par notre Seigneur Jésus-Christ, le Verbe incarné, durant son existence terrestre, et poursuivis par le Saint-Esprit à l’occasion des saints conciles. (…)[1] »

 

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« Nos discours oratoires deviennent des sermons – poursuivait Willermoz dans sa lettre à Bernard de Türckeim –  : bientôt nos Loges deviendront des églises ou des assemblées de piété religieuse. (…) Ce danger mon ami qui peut paraître chimérique est bien plus prochain qu'on ne pense, si on n'y met promptement ordre … » 

 

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« La doctrine des Grands Profès […] n'est point un système hasardé arrangé comme tant d'autres suivant des opinions humaines ; elle remonte… jusqu'à Moïse qui la connut dans toute sa pure et fut choisi par Dieu pour la faire connaître au petit nombre des initiés, qui furent les principaux chefs des grandes familles du Peuple élu, auxquels il reçut ordre de la transmettre pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité… Les Instructions sont un extrait fidèle de cette Sainte Doctrine parvenue d'âge en âge par l'Initiation jusqu'à nous.»

(Jean-Baptiste Willermoz, Statuts et Règlement de l’Ordre des Grands Profès, Ms 5.475, BM Lyon.)

 

[1] A Tribus Liliis, Grand Aumônier du G.P.D.G., Mise au point pour mettre fin aux controverses mal venues, blog « Un orthodoxe d’Occident », 21 février 2013.

30/05/2016

"La Franc-Maçonnerie au Rite Écossais Rectifié & la religion chrétienne"

 Conférence prononcée le 30 avril 2016 à Narbonne, à l’invitation du Directoire Écossais de Septimanie (Directoire National Rectifié de France  - Grand Directoire des Gaules) : http://saintjust12.dnrf-gddg.org


 

« Tout homme entraîné vers les croyances chrétiennes sera nécessairement ravi de trouver la solution de plusieurs difficultés pénibles dans les connaissances que nous possédons » (Joseph de Maistre, Œuvres, vol. II, p.106)

 

« Le but fixé au Rite Ecossais Rectifié, est de permettre à ce que l’homme participe du Corps de Gloire auquel nous sommes appelés, et qu’il soit reçu au sein de “ l’Unité ”, réintégré dans sa véritable nature divine, dans sa première propriété, vertu et puissance spirituelle primitive, non-séparé de sa véritable origine.

Les temps viendront où la tête du serpent sera écrasée et où la céleste et sainte Jérusalem avec ses douze portes descendra avec éclat (Ap. XXI), où l’homme retrouvera son héritage perdu, où il recevra de nouveau son habit de blancheur, abandonnant pour toujours ses terribles et insupportables “ habits de peau ” dont il fut recouvert pour sa plus grande honte, car “ les âmes ayant péché en s’éloignant de leur Créateur, ont mérité d’être enfermées en divers corps comme dans une prison …et c’est là le monde actuel. ” (Joseph de Maistre, Mélanges B, 2 déc. 1797) ; ce sont là les ténèbres obscures de la corruption et de la génération dans lesquelles l’humanité fut emprisonnée et dans lesquelles elle gémit depuis des siècles pour sa punition et dont elle aspire, légitimement, à être définitivement libérée.

Maistre, tel un visionnaire, annonce donc :

“ Lorsque ce qui est en dehors, (…) lorsque la vie ou la génération extérieure sera devenue semblable à la vie intérieure ou angélique. Alors il n’y aura qu’une naissance. Il n’y aura plus de sexe. Le mâle et la femelle ne feront qu’un et le royaume de Dieu arrivera sur la terre comme au ciel.” (Mélanges A.) »

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08/04/2016

« Le maçon rectifié, conscient de l’enseignement dont il est le dépositaire, célèbre le sacerdoce primitif d’Adam, en vrai prêtre, élu de l’Éternel, incorporé au sein de la Milice céleste. »

A propos d’une communication donnée le 18 mars 2016 au Cercle Willermoz de Marseille, sur le thème :

« Martinès de Pasqually & Jean-Baptiste Willermoz. Histoire d’un lien initiatique à l’origine du R.E.R. » (J.-M. Vivenza)

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Une saine et honnête compréhension des bases sur lesquelles la Réforme maçonnique de Lyon (1778) a été édifiée : telle est la précieuse contribution du Cercle Willermoz (CWJB) de Marseille, qui, œuvrant dans ce sens, et dans le cadre d’un cycle d’études & de conférences publiques particulièrement suivies, est à l’origine d’une communication de Jean-Marc Vivenza portant, précisément, sur la nature du lien spirituel entre le fondateur du Régime, et l’héritage de Martinès de Pasqually. 

Quelles en furent les grandes lignes théoriques ?

La Réforme est l’expression  christianisée – au sein des « Élus Coëns » et lors des « leçons de Lyon », qui en sont, de 1774 à 1776, le séminaire préparatoire – de la « doctrine de la réintégration ». Elle trouvera son cadre d’expression maçonnique et chevaleresque, dans la structure des établissements français de la « Stricte Observance » allemande, dont les provinces dites « de Bourgogne » (à Strasbourg, en septembre 1773) et « d’Auvergne » (à Lyon, en juillet 1774), avaient été installées par son visitator specialis, le baron von Weiler.

Du système des « Chevaliers maçons Élus-Coëns de l’Univers », la doctrine demeure, puisqu’elle justifie le principe même de « Réforme » d’une initiation maçonnique jugée « apocryphe », car ignorante de ces sources. Elle se décline selon la pensée des premiers Pères, d’Origène et de la gnose alexandrine, mais à distance des décisions conciliaires plus tardives, en une vision ontologique :

Dans celle-ci, Dieu émane, avant le commencement des temps, dans l’immensité céleste et de sa propre substance, des êtres spirituels. En châtiment de la révolte de certains d’entre-eux, il préside à la création d’un monde matériel, afin que ce confinement empêche le mal de progresser. Adam est ensuite émané par l’Éternel, esprit pur et immatériel, corps de gloire dépourvu d’enveloppe corporelle, afin de travailler à la réconciliation des esprits ténébreux enfermés dans la matière mais, loin de répondre à ces vœux, pactise avec ceux qui l’illusionnent sur ses propres capacités d’engendrement. Le drame métaphysique initial s’en trouve donc considérablement amplifié, et notre père commun – et toute sa postérité – à son tour projeté dans une enveloppe charnelle, impure et ténébreuse, vouée à la dégradation et à la mort. Et c’est dans le court intervalle de cette triste situation, que se situe la possibilité d’une « réconciliation » à laquelle il convient d’œuvrer.

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L’exigeante ascèse des « Élus-Coëns » l’envisage sur un mode théurgique, y convoquant le secours des esprits intermédiaires, car ignorant les perspectives de la théologie sacrificielle du sacerdoce chrétien.

Dans une perspective christianisée, portée par Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), la Réconciliation a été obtenue par la capacité rédemptrice du sacrifice de la Croix, effaçant les conséquences judiciaires du péché – bien que formellement, l’ensemble du composé matériel, et l’enveloppe charnelle en particulier, demeurent soumis à la loi de création, de dégradation, de corruption et de mort.

 

Les « leçons de Lyon », et les Convents fondateurs,  vont s’inscrire dans ce climat, écartant la théurgie pour ne conserver que le corpus théorique de la doctrine, toutefois approfondi et précisé sur les questions de la sainte Trinité et d’une christologie exacte. Elles en constituent le levier, en phase avec l’environnement augustinien de Jean-Baptiste Willermoz[1], conscient et imprégné de la nécessité de la Grâce, dans l’attente de la réception des lumières de l’Esprit.

La Chevalerie céleste[2] témoigne, et enseigne, cette orientation ontologique, engageant l’être, journellement, dans une vie « selon l’esprit. » Dans le renoncement, le « saint abandon », des facultés dégradées et des industries illusoires.

Elle engage, par ses vœux, au « retour à la dialectique initiale, afin de devenir par Grâce, ce que Dieu est par nature. Cet enseignement est au cœur de la perspective spirituelle du Régime Écossais Rectifié, qui est ce jeudi saint de la célébration de la première cène eucharistique, où se dévoile l’essence du sacerdoce nouveau & éternel par le divin Réparateur, et à laquelle nous participons, pour pénétrer, à sa suite, dans l’intimité du rite, afin d’être Un, comme lui et le père sont Un. Deponens aliena, ascendit unus. » (Marseille, le 18 mars 2016)

 

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Une seconde communication, portant sur les aspects fondamentaux de ce « christianisme transcendant » véhiculé par la pensée willermozienne, se tiendra le 30 avril 2016 à Montredon.

Seront présentes à cette manifestation, les éditions La Pierre Philosophale

 

A revoir également, sur ces thématiques :



 

[1] Il conviendra notamment, sur cette question, de se rapporter à l’ouvrage de J.-M. Vivenza, La doctrine de la réintégration des êtres, Editions la Pierre philosophale, 2nde édition (février 2013), Appendice VI, « Jean-Baptiste Willermoz, l’augustinisme et le jansénisme », pp. 220-232 : a) L’augustinisme de Willermoz ; b) Le climat spirituel du Concile de Trente ; C) Le pessimisme augustinien à l’égard du monde et de la chair ; d) Le jansénisme à Lyon ; e) Le catholicisme augustinien de Willermoz.

[2] « Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte : un Ordre de Chevalerie selon l’Esprit », i.o. A Crucis Mysterio, in Les Cahiers Verts, n° 6, année 2011.

01/04/2016

Lettre manuscrite à en-tête du "Centre des Amis" rédigée par son vénérable Edouard de Ribeaucourt, adressée à André Lebey (feuillets datés 22.06.1912)

Lettre manuscrite à en-tête du « Centre des Amis » rédigée par son vénérable Edouard de Ribeaucourt, adressée à André Lebey. Deux feuillets datés 22.06.1912..png

« Je ne veux pas attendre plus longtemps pour vous remercier de l’envoi de vos deux travaux, l’Art et le Socialisme, et Les nouvelles formes de la lutte anticléricale (…) » (Edouard de Ribeaucourt)

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Convocation au Centre des Amis (juillet 2012)

 

24/01/2016

"Les temps sont passés (…) où l’obligation maçonnique n’était qu’un jeu de mots, et les cérémonies de réception qu’un amusement puéril et souvent indécent" (Code Maçonnique des Loges réunies & rectifiées, 1778)

Quelques propos et rappels nécessaires, concernant l’unité hypothétique des rites « écossais »

 

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« L’objet de la Révélation divine est toujours d’ordre religieux. Il ne s’encombre ni du fatras cosmologique, ni des spéculations métaphysiques dont sont chargés les livres sacrés de la plupart des religions anciennes (ainsi les Védas de l’Inde et les œuvres gnostiques, ou même certains apocryphes juifs). Dieu révèle ses desseins, qui tracent pour l’homme la voie du Salut ; il se révèle lui-même, pour que l’homme puisse le rencontrer. » (Vocabulaire de théologie biblique, Cerf, 1962, p. 928)

 

Par delà l’éventuelle identité d’origine des Rites Écossais « Ancien & Accepté » et « Rectifié », s’agissant de leur possible source commune que serait le « Chapitre de Clermont », il convient de conserver en mémoire – d’où certaine similitude que l’archaïsme caïniste de l’ancien et accepté, ignorant la sainte doctrine, ne perçoit évidemment pas en raison de son incapacité à accéder vers de tels domaines mystiques et métaphysiques -, que l’écossisme, représente cependant une tendance au sein de la maçonnerie, qui est, en effet, une source commune avec le Régime rectifié, puisque cette source a pour origine le Chevalier de Ramsay (1686-1743), reçu en 1730 à la Horn Lodge qui, dans son célèbre « Discours » dont la première version est de 1736, prononcé en tant que Grand Orateur de la Grande Loge, eut l’idée magnifique de rattacher la maçonnerie écossaise aux Ordres médiévaux de chevalerie, et aux Templiers.

Ramsay fit appel aux Frères de « bonne volonté » afin de remettre de « l’ordre au sein du chaos » et d’établir à cette fin une nouvelle chevalerie initiatique qui sera à la base de ce que l’on désigne sous le nom de « Hauts-Grades », et qui seront, avec la Stricte Observance, "l’Ordre Intérieur" d’essence chevaleresque que nous connaissons aujourd’hui.

 

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Il est utile de rappeler que  l’expression : « Ordo ab chao », qui deviendra la devise même de « l’écossisme » ancien et accepté, provient de Ramsay, le secrétaire de Fénelon (1651-1715), puis l’intime de Madame Guyon (1648-1717) - un Ramsay qui se rendit en 1707 à Cambrai où il se mit au service de Fénelon dont il devint l’ami et le secrétaire, se convertissant à son contact au catholicisme (Fénelon, à cette époque, vivait retiré dans son diocèse, faisant les frais de l'emportement « anti-quiétiste » et de l’atmosphère générale de suspicion à l'égard de la mystique d'abandon) -, et que son idée, exposée en 1736, est nourrie des idées de la mystique abstraite ainsi que des conceptions politiques de « l’Imperium Europa » - traduites en termes « guelfes » par le savoisien Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, Joseph de Maistre (1753-1821),  Josephus Eq. A Floribus, qui se souviendra dans son ouvrage "Du Pape", que cette perspective, en un mode plus discret, mais non moins européen, se trouve au cœur du projet organique de l’Ordre fondé en 1778 à Lyon par Jean-Baptiste Willermoz.

Néanmoins, il convient de l’affirmer en toute honnêteté, et même si nous devons le faire à contretemps de l’uniformisation « convenable » de l’actuel discours maçonnique, le projet des expressions contemporaines de l’écossisme en diffère nettement : le Mystère surnaturel de l’Évangile, s’y trouve dissimulé, dans l’échelle graduelle de ses récits symboliques, comme une « possibilité » anecdotique, un « rameau détaché  du tronc  commun[1] » de l’héritage mythologique composite de l’humanité ; la confusion babélienne et l’illusion prométhéenne y dominent, le faisant culminer en ses « sommets », avec la perspective dominatrice d’un « Saint-Empire » perméable aux éléments de la Modernité, où se profile l’ombre inquiétante de la lignée caïnite et du meurtre. Il ignore évidemment – est-il nécessaire de le rappeler ? – la perspective du Salut et, plus encore, celle de la réintégration de l’homme dans ses primitives propriétés et son essence divine, fondatrice des Instructions  willermoziennes, ce qui lui confère son caractère « apocryphe. » Et désignant ceux qui « ont surchargé leurs cérémonies de nouvelles productions toujours plus chimériques et plus absurdes les unes que les autres[2] », la Réforme maçonnique de Lyon, rejette avec vigueur,  les éléments de cette « source entachée et qui plus est, réprouvée par l’Éternel[3]. »

On ne peut être plus clair.

Au titre de ce sursaut, on ne négligera pas ce clin d’œil de l’Histoire, lorsqu’une nouvelle initiative, plus tardive, se fit jour :

« Paris, le 20 juin 1910

[…]  Nous, chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte du régime Écossais R. et Templier, 33° inscrits comme tels au Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien et Accepté de Suisse, membres actifs de la Maçonnerie régulière en France et faisant partie de ses Ateliers supérieurs (GO et REAA) : Informons le plus fraternellement le GODF de ce qui a été fait, afin que les dispositions du Traité de 1811 nous soient fraternellement appliquées. Les Droits Maçonniques au réveil régulier de nos Loges sont exposés dans notre Patente ci-jointe concernant la collation des Hauts-Grades de notre ordre.

Veuillez agréer…

Le Préfet délégué de l'Ordre Dr Camille Savoire, CBCS, 33°

Le Commandeur, Dr E. de Ribaucourt, CBCS, 33°

Dr G. Bastard, CBCS, 33° »

 

Il est donc temps, en cette période inversée – singulièrement marquée par les forces ténébreuses de la contre-tradition – , de rendre son sens dialectique à la devise de l’écossisme, en lui redonnant, dans ce monde où "l’ordre" (sic) est devenu une abomination obscure et les voies initiatiques des antres infectées par les miasmes de l'Adversaire – qui plus est frappées et dévoyées en diffusant la plus totale corruption spirituelle – , sa capacité ontologique véritable :

 

« Chao ab Ordo » !

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[1] René Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, 1921

[2] Extrait du Code Maçonnique des Loges réunies & rectifiées (1778) qui indique, en son introduction, que « des Maçons de diverses contrées de France, convaincus que la prospérité et la stabilité de l’Ordre Maçonnique dépendaient entièrement du rétablissement de cette unité primitive (…), enhardis dans leurs recherches par ce qu’ils avaient appris sur l’ancienneté de l’Ordre des Francsmaçons, fondé sur la tradition la plus constante, sont enfin parvenus à en découvrir le berceau ; avec du zèle et de la persévérance ils ont surmonté tous les obstacles et en participant aux avantages d’une administration sage et éclairée, ils ont eu le bonheur de retrouver les traces précieuses de l’ancienneté et du but de la Maçonnerie. 

[3] Jean-Marc Vivenza, René Guénon et la tradition primordiale, éditions du Simorgh, 2012, p.20

31/12/2015

Célébration à Lyon, du 80ème anniversaire du «Réveil» du Régime Écossais Rectifié en France

« Voilà comment nous avons régulièrement réveillé en France le Rite Rectifié » (Camille Savoire)

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« L’initiative de refondation étant de nature transhistorique, initiatique et spirituelle, participe d’une situation d’attente, dans l’espoir qu’un jour les diverses composantes de la famille rectifiée reviennent à la conception originelle de « l’Ordre », et réalisent leur unité sur le principe unique et fondateur de « rectification » tel que défini et établi par la Réforme de Lyon. » (Les Principes de l’Ordre en 10 points, Lyon, le 15 décembre 2012)

 

L’année 2015 s’est achevée, sur le plan de la vie initiatique européenne, par la célébration, à Lyon, du 80ème anniversaire du Réveil du Régime Écossais Rectifié en France, organisé par les établissements placés sous l’autorité de l’instance héritière, par voie de succession ininterrompue, de l’initiative opérée le 23 mars 1935 par Camille Savoire (1869-1951), sous les auspices du Grand Prieuré d’Helvétie (GPIH).

Mise en sommeil en 1939, puis réveillée sous une appellation plus « conforme » aux désignations nationales des organisations obédientielles (Grand Prieuré dit « des Gaules ») ; devenue en 1958, la Juridiction des « hauts-grades » rectifiés de la Franc-Maçonnerie dite « régulière », l’instance française du Régime s’est structurée en système autonome en juin 2000, renonçant progressivement à sa spécificité pour devenir une Obédience multi-rituelle, encourageant et inscrivant dans sa démarche la pratique des rites « français » et « d’Écosse »,  et centrée, en lieu et place de la doctrine de la réintégration et des dispositions de ses convents fondateurs, autour d’une cléricalisation de ses structures, et d’un discours fortement dogmatisant, radicalement opposés aux principes de la Réforme willermozienne.

Ce dernier choix, et ces dérives,  l’ayant retranchée de la filiation – déjà fortement malmenée par les aléas de l’histoire –  qui était la sienne, fut donc proclamé à Lyon, le 15 décembre 2012, sous les auspices de son Directoire national, le réveil du « Grand Directoire des Gaules », dont il convient de relever qu’il s’accompagna « de la transmission de la charge de la Grande Maîtrise issue de Camille Savoire (…). On retiendra que ce « réveil », car s’en est un du point de vue de l’Histoire maçonnique dans la mesure où le « Grand Directoire des Gaules » avait été mis en sommeil en septembre 1939 - cette désignation ayant été abandonnée -, fut fondé du point de vue des critères rectifiés, sur la transmission intuitu personæ de Grand Maître à Grand Maître depuis Camille Savoire, transmission qui est intervenue, entre l’ancien Grand Maître du G.P.D.G., Marcus i.O. Eq. Ab Insula Alba (démissionnaire du G.P.D.G., le 26 septembre 2009 en ayant refusé d’installer le nouveau Grand Maître élu, et qui pouvait donc transmettre sa charge en raison de ce refus), et Johannes-Marcus i.O. Eq. A Crucis Mysterio, lors de la cérémonie de « réveil » du Grand Directoire des Gaules le 15 décembre 2012, cérémonie de transmission ayant seule valeur de légitimité - principe évident comme il est connu sur le plan initiatique - puisque la substance de la transmission au sein du Régime rectifié ne relève pas d’une « propriété de structure », mais est établie sur la base d’une détention personnelle des titres et qualifications qui participent d’une nature non institutionnelle[1]. » 

La transmission ininterrompue d’une filiation, sur le simple plan de l’observation des faits historiques, est à ne pas confondre avec les initiatives et les proclamations qui ont vu la création – à partir d’intentions parfois louables, mais dénuées de toute légitimité – de nombreuses Juridictions rectifiées depuis l’après-guerre, ceci, posé sans intention critique – ces initiatives, bien que fort éloignées des grands principes structurels de l’Ordre, répondant toutes, à divers degrés, à des lois de nécessité, témoignant d’une honnête volonté de vivre la maçonnerie willermozienne dans des conditions non-conflictuelles  –

Cette persistance visible d’un dépôt initiatique intact, désignant de fait les difficultés posées par l’éloignement des critères de validité, ne peut donc être assimilée – comme l’indiquèrent, en janvier 2013, certaines notes administratives – à la « création d’une structure dissidente (…) porteuse d’une diatribe religieuse ou métaphysique » [sic], mais constitue, de par sa vitalité et la bienveillante présence d’instances européennes attentives, une possibilité manifeste de vivre le Régime Rectifié en conformité avec son héritage doctrinal, dans le cadre structurel qui lui est propre.

Elle explique, sans doute, le fait que le réveil de 1935 ne fut célébré, en France, en ce mois de décembre 2015, que par l’instance qui en assure l’héritage en toute quiétude, à distance des préoccupations sociétales de la vie obédientielle.

 

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A lire également, concernant cette célébration :

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[1] Camille Savoire, Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie, éditions La Pierre Philosophale, mars 2015, pp. 73-74.

 

25/12/2015

Présence du Rite Moderne au 80e anniversaire du réveil du Régime Ecossais Rectifié

 

 

Article édité sur le site :

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Directoire National Rectifié de France, Grand Directoire des Gaules

80e anniversaire du Réveil du Régime Ecossais Rectifié en France à l’initiative de Camille Savoire (1869-1951), ancien Grand Commandeur du Grand Collège des Rites du GODF, créateur du Grand Directoire des Gaules en mars 1935

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Le Directoire National Rectifié de France, Grand Directoire des Gaules, a camille savoiretenu à Lyon sa fête annuelle de la Refondation de l’Ordre. Le Sérénissime Grand Maître, Grand Prieur, Jean-Marc Vivenza et la centaine de membres présents ont accueilli avec chaleur les délégations amies des Ateliers symboliques et Ateliers de grades de perfectionnement des autres rites, ainsi que les représentants de Directoires du R.E.R. venus d’autres pays.

Au cours des interventions destinées à illustrer comment le D.N.R.F.- G.D.D.G. s’efforçait de rendre au Régime Ecossais Rectifié toute la force de sa tradition authentique, il a été insisté sur la vocation initiatique de la Maçonnerie et l’importance pour chaque rite de ne pas se laisser dissoudre au sein des contours fallacieux, issus d’obédiences castratrices. Reconnu comme homme libre, le candidat devenu Maçon doit préserver la liberté d’un cheminement qui l’amènera un jour à voir le voile du Temple se déchirer, et la lumière apparaître dans tout son éclat. Pour que ceci puisse arriver, le rite ne doit pas composer avec l’ambition de convenir à tous, mais être fidèle à la tradition qu’il représente et qu’il a pour mission de porter et de servir. En ce qui concerne le Régime Ecossais Rectifié, il s’agit d’une tradition chrétienne, dans l’esprit décrit par les pages sublimement écrites et pensées par Joseph de Maistre, qui font des premiers siècles de l’Eglise un âge d’or de la spiritualité et de l’initiation. La présente assemblée de refondation se place dans ce retour aux sources. L’important développement du Directoire National à travers ses Provinces tient à la clarté de sa tradition, à sa volonté d’y être fidèle et à son ouverture vis-à-vis des autres systèmes, dès lors qu’ils viennent dans un esprit d’harmonie et de respect des valeurs rencontrées. La Maçonnerie Universelle de Loges de Tradition, représentée par l’Alliance des Loges Symboliques et le Sublime Conseil du Rite Moderne, a remercié le Directoire, son Grand Maître et tous les Frères, pour leur accueil, la qualité des travaux et de leur message. Confirmant que la MULT avait pour objet de réunir les structures qui avaient clairement fait le choix de ne pas tomber dans l’ornière d’une dilution obédientielle, les Frères présents ont également insisté sur l’importance de l’ouverture des uns aux autres dans un monde qui a autant besoin de rigueur sans rigidité, de consistance du message entendu sans déviation vers l’ intégrisme, d’accueil de l’autre sans renoncement à ses propres valeurs, de visite fraternelle sans volonté de s’imposer ou de dénigrer. Les travaux se sont achevés dans une ambiance particulièrement fraternelle, prolongée par un dîner de soirée festif et convivial.

Plus d’informations sur :

http://www.directoirerectifiedefrance.org/?page_id=576

http://www.directoirerectifiedefrance.org/?page_id=456

23/03/2015

Camille Savoire et les « derniers vestiges d’initiation occidentale »

A propos des Regards sur les Temples de la Franc-Maçonnerie et du 80e anniversaire du Réveil de 1935

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Inaugurant la « collection Archives & documents maçonniques », la réédition, chez nos amis de La Pierre Philosophale, des Regards sur les Temples de la Franc-Maçonnerie de Camille Savoire (1869-1951) est un événement. En premier lieu, parce qu’elle célèbre – et quel plus beau témoignage de pieuse fidélité ! –  le 80e anniversaire du réveil du Régime Écossais Rectifié (1935-2015), en ouvrant l’accès à celui pour lequel on croyait pouvoir se satisfaire, ces dernières années, d’une référence distante et convenue, au seul titre d’un héritage incompris, ou passablement revisité. On y découvre, pourtant, une pensée spirituelle raffinée, exigeante et honnête, dans le contexte d’un rationalisme dominant, chez ce médecin au départ agnostique, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites du Grand Orient de France (1923-1935), sensibilisé par son parcours, à l’esprit de la Gnose chrétienne – allant jusqu’à professer, au cœur de ses propres engagements, « un christianisme qui, pour se déclarer "ésotérique", ne cachait cependant pas sa foi dans le "Christ-Roi"[1] »  –, pour lequel s’imposa l’évidence que « le Rectifié, au fond, tant en raison de son essence que de par sa nature organisationnelle, se devait d’être pratiqué en-dehors des Obédiences en tant que système autonome[2] », et qui fut à l’origine de la constitution d’un « Grand Directoire des Gaules » dédié à ce projet, lors de la tenue de la Préfecture de Genèse du 23 mars 1935.

Mais surtout, cette réédition bénéficie d’une importante préface de Jean-Marc Vivenza, dont le contenu fera date, et qu’il conviendra, ces prochains mois, d’exploiter sur plusieurs thématiques.

Que la célébration de ce jour, nous permette dans un premier temps de souligner l’actualité de l’initiative de 1935, au titre du même élan proclamatoire, signalé à cette occasion sur le site de l’actuelle refondation du Grand Directoire des Gaules, sous les auspices du Directoire National Rectifié de France :

« Ainsi, malgré le rude combat qu’il devait mener pour inscrire dans la réalité le retour sur la scène de l’Histoire du projet willermozien, Camille Savoire, admirable de conviction et de ténacité, persuadé que le  système, arrêté lors du Convent des Gaules en 1778 et entériné en 1782 à Wilhelmsbad, doit et ne peut, de par son originalité organisationnelle, sa conception hiérarchique chevaleresque et sa spécificité initiatique et doctrinale, que vivre en dehors de structures maçonniques qui ne possèdent aucune qualification initiatique au regard du Régime rectifié, parvint à établir, envers et contre tout, ce qui était pour lui sans prix, l’indépendance absolue de l’Ordre[3]. »

 

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La réédition de l’ouvrage de Camille Savoire, préfacée par Jean-Marc Vivenza, auteur de l’Histoire officielle du Grand Prieuré des Gaules en septembre 2011.

 

Certes, les « renoncements successifs » qui, depuis 80 ans,  détournèrent le projet de 1935 de ses objectifs, sont saisissants, et notamment de la part du second Grand Prieuré dit « des Gaules » d’après-guerre, absorbé par la maçonnerie andersonnienne de tradition anglo-saxonne en 1958, pour finir, par un jeu de successives transformations, à partir de la décennie 1990, par opérer une métamorphose totale, en une Obédience pluri-ritualiste, dont les grandes orientations allaient être fixées par une « Aumônerie » (sic) de nature ecclésiale et fortement dogmatisante, chargée de « l’enseignement des principes religieux et spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes[4]. »

Ce renoncement est sans doute le plus visible. Il conduira d’ailleurs, au titre du respect des critères de la « Charte-constitutive » de 1935, au réveil du 15 décembre 2012 à Lyon, dont il est désormais possible de saisir les enjeux historiques, qui dépassent en éminence, les initiatives de ruptures obédientielles jusqu’alors tentées – et c’est, sans doute, l’une des grandes mises au point de cette étude – :

c’est bien de la remise intégrale du précieux dépôt dont il s’agit, lorsque ce réveil s’accompagna « de la transmission de la charge de la Grande Maîtrise issue de Camille Savoire (…). On retiendra que ce « réveil », car s’en est un du point de vue de l’Histoire maçonnique dans la mesure où le « Grand Directoire des Gaules » avait été mis en sommeil en septembre 1939 - cette désignation ayant été abandonnée -, fut fondé du point de vue des critères rectifiés, sur la transmission intuitu personæ de Grand Maître à Grand Maître depuis Camille Savoire, transmission qui est intervenue, entre l’ancien Grand Maître du G.P.D.G., Marcus i.O. Eq. Ab Insula Alba (démissionnaire du G.P.D.G., le 26 septembre 2009 en ayant refusé d’installer le nouveau Grand Maître élu, et qui pouvait donc transmettre sa charge en raison de ce refus), et Johannes-Marcus i.O. Eq. A Crucis Mysterio, lors de la cérémonie de « réveil » du Grand Directoire des Gaules le 15 décembre 2012, cérémonie de transmission ayant seule valeur de légitimité - principe évident comme il est connu sur le plan initiatique - puisque la substance de la transmission au sein du Régime rectifié ne relève pas d’une « propriété de structure », mais est établie sur la base d’une détention personnelle des titres et qualifications qui participent d’une nature non institutionnelle.[5] »

Aussi, disons-le clairement, au regard de la révélation qui est ici faite : bien plus périphériques alors, mais sans doute plus périlleuses et problématiques encore, nous apparaissent les initiatives frauduleuses qui, depuis la dernière guerre, s’attribuent la pratique intégrale, jusqu’aux classes « non-ostensibles », d’un « Rectifié » sans filiation réelle, dont il convient de souligner fermement le caractère illusoire, ne serait-ce qu’au simple titre de la vérité historique, mais dont hérite, pour sa plus grande déconvenue, une large sensibilité inter-obédientielle.

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Georges Bogé de Lagrèze (1882-1946) et Robert Ambelain (1907-1997)

 

La question du rôle de Georges Bogé de Lagrèze (1882-1946) est abordée, et notamment « son prétendu état de « Grand Profès », dont on sait qu’il n’est point renseigné sur le Registre de Genève, Grande Profession imaginaire donc, qu’il a ensuite transmise à Robert Ambelain (1907-1997), qui répandit cette « Profession » douteuse dénuée de valeur, et la fit prospérer dans les milieux initiatiques. » Concernant l’emblématique figure de ce dernier, il est rappelé que « Robert Ambelain, au nom de la prétendue Grande Profession de Lagrèze, écrivit, reproduisit, ou bien encore enrichit un Rituel transformant la réception de Profès et Grand Profès en une sorte « d’ordination », ce qui n’a absolument aucun rapport avec l’admission au sein de la Classe secrète basée sur un Rituel participant d’un extrême dépouillement consistant surtout en la lecture des Instructions secrètes, comme cela fut établi et codifié par Jean-Baptiste Willermoz (Cf. B.M. Lyon, Ms. 5.475 & Ms. 5,916).[6] »

« Que veulent constituer les artisans du réveil du Rectifié ? », se demandait Camille Savoire, invitant à la pureté des intentions, tout comme à l’accomplissement des seuls devoirs. « Les Temples de la Franc-maçonnerie est un ouvrage d’actualité initiatique », nous est-il indiqué.  Il importe de l’aborder ainsi, dès lors qu’il inspire la volonté d’en écarter les principaux écueils l’ayant pratiquement conduit à sa ruine.

A lire sur le sujet :

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« Camille Savoire et les Temples de la Franc-maçonnerie : vie,  pensée et parcours initiatique d’un franc-maçon du Régime écossais rectifié. »

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Le Régime Écossais Rectifié de son «Réveil» à sa «Refondation» historique !

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« Camille Savoire et « l’esprit » de la Gnose spiritualiste. »

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Observaciones sobre los Templos de la Franc-Masonería.- Camille Savoire

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Camille Savoire y los “últimos vestigios de iniciación occidental”

 

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« Le vieux monde s'effondre et marche à grands pas vers sa ruine » (Camille Savoire)

 

 



[1]Camille Savoire, Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie, présenté par J-M.Vivenza, éditions La Pierre Philosophale, mars 2015, Préface,p. 66. On se souviendra, à ce titre, de la très courte analyse, aberrante et fort peu aimable, du R.P. Jean-François VAR, ancien "Grand Aumônier" du Grand Prieuré des Gaules et qui, sur le blog dédié à sa charge ministérielle ("Un Orthodoxe d’Occident"), se questionnait sur un « Camille Savoire chrétien ? » (sic), pensant refermer le dossier par une douteuse injonction qui fut la marque de la faillite d’un système argumentaire : « Si c’est cela le christianisme, moi je suis fakir ! ».

[2] Ibid., p. 36.

[3] « 8O° Anniversaire du "Réveil du Régime Écossais Rectifié en France (1935-2015) », Directoire National Rectifié de France, http://www.directoirerectifiedefrance.org/?page_id=576

[4] Statuts Civils, Constitution & Règlements Généraux du Grand Prieuré des Gaules – Ordre des Chevaliers Maçons Chrétiens de France, Ordre des Francs-Maçons Chrétiens de France, Livre VII, Titre 1, 2005, p. 54.

[5] Op. cit., préface, pp. 73-74.

[6] Op. cit., préface, p. 50, et note 63.

 

06/02/2015

"Regards sur les Temples de la Franc-Maçonnerie"

Camille Savoire (1869-1951), trop peu connu de nos contemporains, y compris de ceux qui s’intéressent aux questions touchant au monde de l’initiation, joua pourtant un rôle essentiel, pour ne pas dire fondamental et déterminant, dans l’histoire de la franc-maçonnerie française du XXe siècle.

L’occasion de la réédition de son ouvrage : « Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie », publié en septembre 1935 aux éditions initiatiques, depuis fort longtemps introuvable, nous donne, dans une Préface étendue enrichie de documents inédits, de porter un éclairage approfondi plus que mérité, et sans aucun doute fort utile, sur la personnalité de celui dont on mesure difficilement l’extraordinaire étendue de l’action, et surtout, la nature et la portée exacte de cette dernière.

En effet, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites du Grand Orient de France, de 1923 à 1935, Camille Savoire, de par ses liens avec le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, va être à l’origine du réveil du Régime écossais rectifié en France, en mars 1935, ce qui représente une initiative d’une portée historique considérable. Mais bien des aspects de son cheminement initiatique étaient jusqu’à présent totalement ignorés, montrant un intérêt pour le magnétisme, le Martinisme, l’Ordre des élus coëns, la Rose-Croix, ceci sans oublier ses rapports avec certains milieux situés au croisement de l’ésotérisme et de la politique, dont l’Ordre de chevalerie de « l’Alpha Galates » lors de la période de l’occupation.

On découvre donc, en Camille Savoire, un homme d’une prodigieuse richesse, en constante recherche, qui n’hésita pas à entrer en dialogue avec des prêtres et des religieux, demeurant fidèle à sa devise : « Per Caritem Scientam et Rationem ! Pro Patria et humano genera », en ne poursuivant qu’un seul et unique but, l’ouverture de l’esprit au « véritable Sanctuaire de l’initiation ».

Camille Savoire, Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie, présenté par J-M.Vivenza, éditions La Pierre Philosophale, mars 2015.

Pour commander cet ouvrage :

Éditions « La Pierre philosophale »

 

 

24/01/2015

« Il est surtout une loi dont tu as promis, à la face des cieux, la scrupuleuse observance » (Règle maçonnique, article IX)

A l’adresse de ceux qui, participant d’une contrefaçon de la vie spirituelle, seraient tentés de déployer dans le marécage impudique et obscène des réseaux sociaux et de la communication virtuelle, s’y constituant des profils à la gloire de leur humilité, les éléments relevant du caractère sacré et réservé de leur cheminement initiatique.

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« La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. » (L’Écclésiastique, 3, 28.)

 

La  vocation réparatrice de l’initiation, ne peut se concevoir que dans le cadre d’une propédeutique progressive, au moins respectueuse de l’intime jonction entre les éléments formels qu’elle véhicule, et la nature du travail accompli par chacun. Tel est le sens, au-delà de la classe maçonnique du Régime rectifié, de la désignation d’un Ordre dit "intérieur" à dessein, et qui ne saurait dévoiler sur la place publique, ses emblématiques les plus en rapport avec le caractère personnel du cheminement.

C’est une chose, que de témoigner des éléments du patrimoine littéraire de la doctrine, d’y porter des éclairages nécessaires afin d’inviter à la participation expérientielle. S’en est une autre, que d’en dénuder les expressions et les déroulements les plus intimes. Au point que les règlements sauront prévenir, dès la Réforme de Lyon, ces débordements d’une extrême gravité :

« La loi du Silence et de la discrétion la plus absolue est fondamentale dans l’Ordre ; il est défendu à tout Frère en telle dignité qu’il doit ou qu’il soit constitué, de révéler la moindre chose qui concerne notre constitution, ou ce qui se passe dans nos assemblées directement ou indirectement. Ceux qui seront convaincus d’avoir dérogé à cette loi, seront déclarés incapables de posséder aucune dignité ou charge dans l’Ordre... » (Titre II, Code Général des Règlement de l’Ordre des C.B.C.S., 1778)

Nous étions accoutumés ces dernières années, dans les domaines de la maçonnerie willermozienne et de l’illuminisme, à la promotion sur l’espace virtuel, de filiations accoutrées en "néo-professions" ou se proclamant sans scrupule de l’héritage des maîtres du 18ème, "martinismes" ignorant tout de la pieuse exigence métaphysique de Louis-Claude de Saint-Martin, "rosicrucianismes" méconnaissant les saints mystères du Golgotha, aux généalogies pourtant douteuses ou totalement fantasmées, mais qui auront su séduire, au moins temporairement, quelques structures soucieuses d’en faire commerce, à défaut de mieux. S’y ajoute désormais, la mise en pâture des activités internes, armements, étalage navrant des attributs chevaleresques des membres et des établissements, confirmant le rude constat d’une parodie commerciale qui, se substituant à la discipline de l’arcane, témoigne que désormais, la diffusion de la Parole a cédé à la vulgarisation.

L’initiation chrétienne, pourtant, est un dialogue renoué avec le Ciel, en vue du rétablissement, par l’intercession du Divin Réparateur, de la vocation ontologique du premier homme. Le profaner, témoigne d’une incroyable méconnaissance de sa réalité, revient à ne pas en avoir saisi le sens, lui préférant ce « zèle imprudent qui en vue du bien du prochain se livre a l'esprit de prosélytisme. » (LettredeWillermozà Bernard de Türckheim, du 3 février 1783)

Willermoz.jpg« J'ai parlé plus haut d'initiation et du silence commandé aux initiés, parce qu'en effet depuis le commencement du monde, avant même le déluge, il y a eu des initiations ; or toute initiation quelconque suppose la connaissance de certaines choses cachées au reste des hommes ; et vous voyez là le principe de l'initiation et des engagements maçonniques. (…) Dès l'origine des choses temporelles, et aussitôt que la génération humaine a commencé à se pervertir, les Vérités essentielles au bonheur de l'homme pur ont été voilées, et n’ont plus été présentées que sous des voiles à la multitude, toujours malheureusement disposée à méconnaître ces vérités souvent importunes, ou a en abuser. (…) Ne vous étonnez donc point, mes Ch. ff. si l'Institution maçonnique conduit les hommes sous le voile d'un cérémonial figuratif, des allégories, des symboles & emblèmes à la connaissance de leur propre dignité primitive, et à celle de l'universalité des choses originelle, lorsque la divine Providence les y destine, et les y appelle par les dispositions qu'elle exige d’eux ; car l'Entrée du Sanctuaire est ouverte à tous, mais tous ne veulent pas faire les sacrifices indispensables pour y entrer. Multi vocati, pauci vero Electi. » (J.-W. Willermoz, Lettre à Achard, Lyon, le 11 juin 1804)

 

04/01/2015

"La culture des éternels domaines de la vérité"

« Le mystère de l’humanité qui a pour nom véritable "l’unité substantielle" à laquelle nous sommes appelés. »

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« Notre regard premier porte sur ce qu’il en est de l’être humain dans son entière réalité ontologique, et que nous nous tournons, avec respect, vers le mystère intime de chaque être, de chaque Frère, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, pour peu qu’il soit animé d’une volonté sincère et d’une aspiration authentique, pour le porter, avec son histoire, ses expériences et sa vie propre, à son plus haut degré de vérité. C’est notre vocation éternelle, porteuse de la joie de l’action accomplie dans le droit fil de ce que nous estimons être notre mandat spirituel. C’est aussi, il faut le dire, ce qui nous fait abhorrer le « tourisme initiatique » occupation constante depuis le début de l’aventure maçonnique - pour dire le moins - et qui, si elle ne nous surprend plus, constitue cependant une réelle entrave pour nos frères, singulièrement les plus jeunes et les moins aguerris, qui ne connaissent encore que partiellement les richesses de notre Ordre.

Mais laissons « les morts ensevelir leurs morts » (Matthieu VIII, 22) et soyons dans la joie de ce que les hommes, nos frères, ont en eux une valeur éminente (...) Dès lors, il est normal que nous accueillions dans nos structures chaque « homme de désir » qui nous rejoint en lui disant que nous regardons et tenons comme un devoir supérieur de lui donner d’accéder, par un chemin d’exigence morale et de perfectionnement intérieur, aux essences spirituelles auxquelles il aspire légitimement.

(…) Un des aspects de notre humanisme, de notre universalisme, est l’exigence de vérité. Notre regard premier porte sur ce qu’il en est de l’être humain dans son entière réalité ontologique, et que nous nous tournons, avec respect, vers le mystère intime de chaque être, de chaque frère, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, pour peu qu’il soit animé d’une volonté sincère et d’une aspiration authentique, pour le porter, avec son histoire, ses expériences et sa vie propre, à son plus haut degré de vérité. C’est notre vocation éternelle, porteuse de la joie de l’action accomplie dans le droit fil de ce que nous estimons être notre mandat spirituel. (…) Ainsi, plus que jamais, ce qui fonde en valeur l’appartenance à une société initiatique, c’est le fait que, et là je fais appel – je convoque – notre bon Saint-Martin : "l’existence de l’homme n’a qu’un seul objet, celui de la culture des éternels domaines de la vérité…" [L. -C. de Saint-Martin, Lettre à un ami], domaines qui appartiennent aux régions sur lesquelles règne, sans aucun partage, le "cœur", ce creuset mystérieux et complexe qui doit être le principal souci de notre travail commun. (…) Notre humanisme est véritablement une "exigence de vérité" fondée sur : - La Liberté intérieure de l’être ; - L’égalité de nature devant le mystère de l’humanité qui a pour nom véritable "l’unité substantielle" à laquelle nous sommes appelés ; - le sens universel d’une fraternité ouverte et généreuse.

Dieu veuille, dans son infinie bonté, que nous soyons pénétrés de ce que : "le cœur à cœur, seul dialogue vrai, est la marque, le sceau divin, privilège de tout homme". » 

 

Marcus Eq. Ab Insula Alba, « L’Humanisme initiatique », discours de la Saint Michel 2008, in Jean-Marc Vivenza,  Histoire du Grand Prieuré des Gaules, Les Editions du Simorgh, sept. 2011, pp.263-264

25/12/2014

« La renaissance de l’Ordre, ramené à ses lois primitives… » (Lyon, décembre 2014)

La fête annuelle de la Refondation de l’Ordre célèbre ce qui, le 15 décembre 2012, a été posé en acte, à savoir : la possibilité pour les héritiers de la transmission du réveil de 1935, d’incarner son « souci conservatoire », en même temps qu’une « situation d’attente, dans l’espoir qu’un jour, les diverses composantes de la famille rectifiée reviennent à la conception originelle de "l’Ordre", et réalisent leur unité sur le principe unique et fondateur de "rectification" tel que défini et rétabli par la Réforme de Lyon. » (Points 9 et 10 des Principes de l’Ordre). C’est dans cet esprit que les différents établissements du Directoire National Rectifié de France – Grand Directoire des Gaules, en ses classes symboliques & chevaleresques, et ceux qui font actuellement la démarche de s’y adjoindre, ont convergé le 13 décembre dernier, vers le lieu qui a vu le Régime porté sur les fonts baptismaux, afin d’y rappeler la nécessité de sa restauration, en fidélité  avec les dispositions de ses Convents fondateurs. 

Venus d’horizons différents, ils expriment la même impérative condition à la réussite de la Refondation : le Régime n’est porteur d’aucune aspiration "obédientielle" – contraire à sa nature –, confessionnelle, sociale, mondaine ou multi-rituelle, mais d’un projet métaphysique vivant et concret qui nécessite d’être travaillé en système autonome, afin qu’il puisse offrir aux âmes de désir appelées vers ces domaines, la plénitude de la promesse du grand mystère eschatologique porté par l’intuition de ses fondateurs :

« Le système issu de la Réforme de Lyon – et ce n’est pas pour rien qu’il se voulut une initiative de « rectification » entière de la franc-maçonnerie en 1778, dépasse, selon ses propres critères, en éminence, en autorité et en connaissance des mystères de l’initiation, tous les systèmes, l’ensemble des régimes composites, et les organisations constituées en « Grandes Loges », méconnaissant la « doctrine de la réintégration », et, bien évidemment, n’a aucunement besoin pour vivre et se développer, des formes structurelles administratives connues sous le nom « d’obédiences maçonniques », puisque la « conception obédientielle est absolument étrangère à l’esprit de la rectification », faisant que vouloir faire rentrer le R.E.R., dans les cadres de la maçonnerie andersonienne en le faisant coexister, soit avec d’autres Rites, soit avec des visions et conceptions (sociétales, politiques, symboliques, initiatiques, confessionnelles, dogmatiques, etc.), issues de voies « apocryphes », est une absolue aberration.

Ainsi, et que ceci soit bien entendu : le Régime écossais rectifié est « régulier » dès lors que, bénéficiant d’un lien de transmission effectif et valide avec le « réveil » opéré en 1935, il est pratiqué en fidélité à son essence, à ses principes organisateurs, aux Codes fondateurs qui en définissent les règles, et à sa doctrine interne précisée dans les Instructions à tous les grades, et cette « régularité » est de nature initiatique et transhistorique, puisqu’elle se rattache uniquement et invisiblement, à l’Ordre essentiel, primitif et fondamental qui se perd dans la nuit des siècles. »

(Extrait du discours d’orientation du Sérénissime Grand Maître National & Grand Prieur de l’Ordre, tiré du Phénix Renaissant, bulletin interne du Grand Directoire des Gaules, décembre 2014, avec l’aimable autorisation du Comité de Rédaction)

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Joseph de Maistre (1753-1821), fondateur de La Loge « La Sincerite »

La suite de l’Allocution, portant sur la conception du « christianisme transcendant » exposée par Joseph de Maistre dans son Mémoire au duc de Brunswick (1782), a été mise en ligne sur le site du DNRF-GDDG :

« Joseph de Maistre et la doctrine du Régime Écossais Rectifié »

http://www.directoirerectifiedefrance.org/?page_id=560

A lire aussi : « Anniversaire de la Refondation de l’Ordre », sur : http://willermoz.wordpress.com/

07/12/2014

"Quel devenir pour le Régime Écossais Rectifié ?"

Communication de Jean-Marc Vivenza au « Cercle Philosophique Comté de Nice » le 4 Décembre 2014

L’initiative de Refondation willermozienne, face au

Paysage Maçonnique Universel

(avec l’aimable autorisation des organisateurs)

 

Les différentes configurations proposées au Régime Écossais Rectifié (travaillé d’avantage comme un rite vassalisé par les modèles obédientiels andersoniens, qu’il avait pourtant pour objet de réformer), sont-elles en conformité avec les vœux de ses fondateurs du 18ème siècle ? L’interrogation posée par cette communication, nécessitait que soient rappelés, face à un auditoire nombreux et attentif à ces domaines, ses grands critères de validité, afin d’en déterminer, précisément, et en toute objectivité, les constats d’abandon, et les intentions du réveil engagé le 15 décembre 2012.

La Réforme a été portée sur ses fonts baptismaux, par les Leçons de Lyon (1774-1776), qui avaient conduit aux sommets analytiques et épistémologiques de leurs propositions, les perspectives métaphysiques offertes par la Doctrine de « la réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine. » En 1778, se constitue un dispositif  qui transfert ces éléments à l’enveloppe structurelle efficace de la Stricte Observance allemande. Il a pour ambition de réformer profondément une maçonnerie dont la variation des systèmes, signe l’ignorance de sa vocation primitive.

Dès lors, les critères constitutifs du Régime, en tant que système singulier et indépendant, se démarqueront du cadre obédientiel andersonien, les rares délégations consenties, et limitées, n’ayant pour objet que de lui permettre de vivre dans un environnement globalement hostile aux fondements de la rectification. Encore faut-il, ces critères, les avoir admis et comprendre, comme certains esprits éclairés, que si « l'Ordre est d'essence indéfinissable et absolue, l'Obédience est soumise à toutes les fluctuations inhérentes à la faiblesse congénitale de l'esprit humain.» (Marius Lepage, L'Ordre et les Obédiences, Histoire et Doctrine de la Franc-Maçonnerie, 1956, p.8.)

Qu’elle impasse, alors, quel piège imparable, que d’en négliger les avertissements – ce dont, objectivement, témoigne l’état de dégénérescence déplorable dans lequel ont chuté les structures qui se prévalent abusivement, aujourd’hui, de l’héritage willermozien –, jusqu’aux formes les plus incongrues, d’Obédiences ayant autorité sur des "Grands Prieurés" (sic) rectifiés…

 

La communication de J.- M. Vivenza a été suivie d’une série de questions exigeantes, exprimant des préoccupations fondamentales dont on relèvera qu’elles n’avaient pas fait l’objet, ces dernières décennies, et en-dehors peut-être de quelques cercles réservés, d’attentions particulières, ni de réponses efficaces. Leur amplitude nécessitera sans doute que nous y revenions ; retenons, toutefois, certaines d’entre-elles et quelques éléments de réponses, concernant :

- L’actualité du dépôt du réveil de 1935, dont les Principes de la Refondation de l’Ordre édictés en décembre 2012, expriment le « souci conservatoire » de sa « vérité essentielle » (point 10), en même temps qu’une « situation d’attente, dans l’espoir qu’un jour, les diverses composantes de la famille rectifiée reviennent à la conception originelle de "l’Ordre", et réalisent leur unité sur le principe unique et fondateur de "rectification" tel que défini et établi par la Réforme de Lyon. » (point 9) ;

- L’absence de cohésion dans la pratique des rituels rectifiés, tributaires de la diversité des climats obédientiels et de la domination des critères administratifs, donc profanes, ayant autorité sur « les critères initiatiques, mystiques, métaphysiques et doctrinaux du Rectifié » (sic) - ce qui, sans doute, signale la désorientation la plus saisissante de l’état actuel du Régime, au mépris des Codes fondateurs ;

- Sur le plan doctrinal, la question de la "double nature" : manifestée au cœur de l’enseignement du Régime et de son « réalisme extraordinaire » (sic) sur les réalités de l’être, et sur laquelle renseigne le Traité de Willermoz qui lui est consacrée, elle pose la question de notre nature essentielle, de notre origine divine reçue par émanation angélique, non-matérielle, dégradée par la faute, et recouverte d’une enveloppe de matière ténébreuse ;

- Le climat augustinien, enfin, dans le contexte d’un environnement lyonnais marqué par les Solitaires de Port-Royal, dans lequel évoluèrent Jean-Baptiste Willermoz et les fondateurs du Régime, et des réflexions sur la question de la nature dégradée de l’homme, et des triples facultés de l’âme, perçues comme reflet des trois essences actives de Dieu, selon les conceptions du De Trinitate de l'évêque d'Hippone.

On comprend alors, à la qualité de ces questionnements, l’actualité évidente de l’intention portée par ceux qui, en 1935, manifestèrent la volonté de revenir aux fondements du Régime et l’urgence d’une sauvegarde de son dépôt inaltéré.

Un examen honnête de l'état actuel du Rectifié est nécessaire :

« Dans certaines situations, on ne peut plus parler d’un Ordre et sans cela, le critère de qualification propre a disparu, a été vidé de son caractère opératif et initiatique, au profit d’une comédie superficielle. » 

 

« Le grain mis en terre y reçoit la vie ; mais si son germe est altéré, la terre même en accélère la putréfaction. »

 

28/09/2014

Le Régime, les Obédiences et ce "moment où toutes les illusions disparaissent"

A propos de deux articles parus sur les sites du DNRF-GDDG, et de Semper Rectificando

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« Songez que le moment doit arriver où toutes les illusions disparaissent plus vite que l’éclair. » (Rituel du grade d’Apprenti, 1802)

 

La proclamation refondatrice du Grand Directoire Des Gaules le 15 décembre 2012, selon les seuls critères de la Réforme willermozienne, et au bénéfice de la transmission ininterrompue de 1935 rejetée, sur les plans doctrinal et structurel, par un "Grand Prieuré des Gaules" [sic] définitivement embourbé dans une irrémédiable schizophrénie ecclésiale, semble avoir soulevé de sérieuses difficultés aux structures andersoniennes qui prétendent proposer un travail au titre du Régime rectifié.

Le contenu pour le moins singulier des réactions de ces derniers mois en témoigne en tout cas, puisque ce rétablissement, pourtant fidèle aux dispositions des Codes de 1778, mais semblant gêner quelques petits "arrangements" avec la réalité historique, et sans doute jalousé pour la qualité de ses propres qualifications, fut spontanément assimilé à une « diatribe religieuse ou métaphysique » [sic] opposée aux « préoccupations légitimes des juridictions libérales » [re-sic], là ou d’autres, dont on devine les craintes – par ailleurs justifiées –,  sans doute admiratifs et convaincus de la subtilité de leur créativité littéraire, réduiront cet attachement aux principes fondateurs à la caricature pathétique d’une « momie à perruque poudrée tirée du placard des antiquités » [sic !]…

De là à se résoudre au constat navrant du néant initiatique absolu dans lequel sa domestication par les Obédiences aurait plongé le Régime, il n’y avait qu’un pas, amplement franchi par l’expression administrative d’une circulaire – en date du 3 décembre 2013 –  dite de « mise en garde » et qui, émanant de la rue Cadet, désignait à la vindicte fraternelle, ces groupements « se disant maçonniques » [sic], désormais marqués du sceau de l’infréquentabilité, « leurs membres ne pouvant se prévaloir d’aucun titre maçonnique[1] » [re-sic !]…

C’était, bien entendu, s’exposer au risque d’une sévère leçon appuyée sur la seule réalité historique, et qui ne s’est pas faite attendre, en cette rentrée où les officines francophones de toutes sensibilités, n’en finissent plus de se débattre dans l’onde de choc de la crise de la GLNF et des postures sociétales du GODF, en quête d’une « régularité » qui semble n’être que l’unique préoccupation d’une Institution maçonnique devenue, dans son ensemble, le catalyseur des grandes dérives narcissiques et consuméristes de la Modernité. Le tout, au mépris, bien entendu, de la quête légitime et des attentes des âmes de désir prises au piège de contradictions mondaines qui, les éloignant des domaines célestes auxquelles elles aspirent, les enfoncent un peu plus dans l’étouffante densité dont elles auraient pu s’extraire.

Deux articles, qui feront date, méritent une attention toute particulière, parce qu’ils rétablissent, avec une rigueur argumentaire sans faille, des éléments factuels que la tendance naturelle au confort de la paresse de nos consciences assoupies, nous avaient fait négliger :

 

« Qu’est ce que la "Régularité" pour le Régime Écossais Rectifié ? »

 

Publié sur l’espace officiel du Directoire National Rectifié de France – Grand Directoire des Gaules, répond en trois points à ce récurrent questionnement :

a) Les principes de la « régularité » sont issus des ‘‘Basic Principles’’ de la Grande Loge Unie d’Angleterre définis en 1929 ;

b) Le Régime Écossais Rectifié a procédé en 1778 a une « rectification » de la franc-maçonnerie andersonienne ;

c) Toutes les branches de la maçonnerie andersonienne, sont regardées comme « apocryphes » par le Régime Écossais Rectifié ;

démonstration resituée dans le cadre proclamatoire de décembre 2012 :

« Enfin, et plus profondément encore, ce que nous ne cessons de proclamer et que notre initiative de « Refondation » du Régime nous fait devoir d’affirmer : le système issu de la Réforme de Lyon – et ce n’est pas pour rien qu’il se voulut une initiative de « rectification » entière de la franc-maçonnerie en 1778, dépasse, selon ses propres critères, en éminence, en autorité et en connaissance des mystères de l’initiation, tous les systèmes, l’ensemble des régimes composites, et les organisations constituées en « Grandes Loges », méconnaissant la « doctrine de la réintégration », et, bien évidemment, n’a aucunement besoin pour vivre et se développer, des formes structurelles administratives connues sous le nom « d’obédiences maçonniques », puisque la « conception obédientielle est absolument étrangère à l’esprit de la rectification », faisant que vouloir faire rentrer le R.E.R., dans les cadres de la maçonnerie andersonienne en le faisant coexister, soit avec d’autres Rites, soit avec des visions et conceptions (sociétales, politiques, symboliques, initiatiques, confessionnelles, dogmatiques, etc.),  issues de voies « apocryphes », est une absolue aberration.

Ainsi, et que ceci soit bien entendu : le Régime écossais rectifié est « régulier » dès lors que, bénéficiant d’un lien de transmission effectif et valide avec le « réveil » opéré en 1935, il est  pratiqué en fidélité à son essence, à ses principes organisateurs, aux Codes fondateurs qui en définissent les règles, et à sa doctrine interne précisée dans les Instructions à tous les grades[2], et cette « régularité » est de nature initiatique et trans-historique, puisqu’elle se rattache uniquement et invisiblement, à l’Ordre essentiel, primitif et fondamental qui se perd dans la nuit des siècles. »

« Le Grand Orient de France et sa "fable" Rectifiée »

Publié ce 18 septembre par nos amis de Semper Rectificando, et détaillant les étapes éloquentes d’une « grossière falsification de l’Histoire » visant à accréditer la thèse absurde d’une légitimité de l’Obédience sur le Rite – au lieu d’une simple délégation administrative limitée et fortement conditionnée –, « reproduite à l’infini sans faire l’objet du moindre examen afin de savoir si elle était fondée ou non, participant d’une rhétorique inlassablement développée, et sur laquelle on s’appuiera dans de nombreux discours et écrits divers à partir de 1938, et ce jusqu’à nos jours[3]. »

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Diplôme de Maître Maçon du Grand Orient de France, « gardien et régulateur de tous les rites pour la France » (sic)

La vie initiatique réelle, se joue de ces parodies scéniques et de ces orchestrations d’Opérette, auxquelles elle demeure parfaitement indifférente. Et la Réforme willermozienne, redisons-le afin que chacun l’entende, possède ses critères propres, et ses « Codes », que l’on préfèrera aux « protocoles de bonne conduite » [sic !] plus récents, fussent-ils actés dans les salles d’un Conclave sur un mode conciliaire singulièrement étranger à ses principes.

 

« Car ce ne serait point abuser nos semblables, que de leur dire combien l'œuvre véritable de l'homme se passe loin de tous ces mouvements extérieurs »

 (Louis-Claude de Saint-Martin, Ecce Homo, § 4).

 

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[1] Considération peu "amicale", certes, mais surtout frappée d’une singulière amnésie, quand on sait que la Refondation du 15 décembre 2012, n’a pas été l’aboutissement d’une élucubration isolée, mais a été initiée, à partir de la transmission intégrale du dépôt de 1935, par des personnalités respectées, et auxquelles devait sans doute être reconnu, autrefois, le « titre si touchant de frère » [Rituel du Grade d’apprenti, 1802].

[2] Car ainsi que le remarquait récemment, et à juste titre, Roger Dachez, « certains aspects des rituels du RER, n’ont de sens que dans le cadre très particulier de la doctrine qui imprègne ce régime maçonnique. » (Pierres Vivantes, 17 septembre 2014)

[3] Il aura effectivement fallu se contenter, jusqu’à ces utiles précisions, d’aberrantes approximations historiques qui auront fini par s’imposer à l’esprit de tous, et selon lesquelles, et cela exprimé sans la moindre nuance, « le Rite Écossais Rectifié (…) rentrera au Grand Orient de France par un traité d’union de 1776, ce qui fait sans doute du Rite Écossais Rectifié probablement le Rite le plus ancien possédé [sic !] en tant que tel, par le Grand Orient de France. » (France Culture, Divers aspects de la pensée contemporaine, « Sur le Rite Écossais Rectifié », 1ère partie, 4 mars 2012, par Edgard Abela.)

 

23/05/2014

"Aurons-nous été à la hauteur de la dimension magnifique proposée par le Régime écossais rectifié ?"

« Il viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la sainte doctrine ; mais au gré de leurs propres désirs, avec la démangeaison d’écouter, ils se donneront maîtres sur maîtres ; ils détourneront leurs oreilles de la vérité et se tourneront vers les fables. »

(Seconde épître de Paul à Timothée, IV, 3-4)

 

Conférence de Jean-Marc Vivenza, Valence, 14 mai 2014

« Le réveil du Régime Ecossais Rectifié dans la Franc-maçonnerie moderne » 

(avec l’aimable autorisation des organisateurs)


  

« (…) je n'ai plus ni le temps, ni la volonté d'écrire à des morts qui après [des] conseils à eux donnés pour leur faire réacquérir la vie, ne présentent plus qu'un cadavre maçonnique ambulant, enluminé seulement par le titre qu'ils ont usurpé, ayant oublié qu'ils ne l'avaient acquis que sur la foi des engagements les plus sacrés et les plus étendus, qu'ils n'ont cessé d'enfreindre à tout instant. » (J.-B. Willermoz, Lettre à Achard, 11 VIII 1805).

 

« Le but de l’Ordre fondé par Jean-Baptiste au XVIIIe est le dépôt des lois et mystères de la Religion primitive, d’un héritage qui traverse les siècles et qui remonte à la nuit des temps. Son but est de conserver et faire rayonner des connaissances précieuses, spécifiques et secrètes, qu’on ne rencontre nulle part ailleurs, pour les Hommes et Dames de Désir de tous les temps, toutes origines et de toutes nations, en quête d’un authentique cheminement vers la "Lumière", puisque la lumière fut le premier vêtement de l’âme. Il est légitimement habilité à proposer une voie réellement spirituelle et un vrai cheminement initiatique, unique au monde et dans l’histoire de l’humanité. 

Cet Ordre est chrétien et détenteur d’une sainte Doctrine (ou d’un enseignement initiatique non dogmatique), une doctrine oubliée, mise à l’écart par les Eglises conciliaires depuis le VIe siècle. Le projet de la Réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine est le GERME de l’ORDRE ! 

C’est le plus beau projet existentiel et spirituel qui soit : retour dans l’Amour de Dieu et la réconciliation de tous les règnes de la Création, la fin de la rupture adamique (dont la cause n’est pas la tentation charnelle, mais une désobéissance d’ordre métaphysique, qui a été précédée d’une autre « chute », plus originelle : la prévarication des anges rebelles), le festin céleste des Noces éternelles dans le Royaume divin. 

Nous n’avons donc plus le temps de répondre « aux cadavres ambulants » usurpant des titres maçonniques. Quant aux ignorants : réfléchissez maintenant que vous savez et que vous avez entendu.... et à nous autres, ne l'oublions-pas : Nous serons jugés sur nos devoirs ! "Qu’aurons-nous fait de nos talents ?" nous sera t-il demandé.... (Matthieu XXV, 14-30) [1] 

Aurons-nous été à la hauteur de la dimension magnifique proposée par le Régime écossais rectifié, à savoir retrouver notre origine divine en œuvrant pour le bien - dans un esprit d'Amour, de Bienfaisance et de Charité - de toute la famille humaine ? » 

(J.- M. Vivenza, 14 mai 2014)

 

 

[The_parable_of_the_talents_300.jpg1] « Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens. Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit. Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents. De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un creux dans la terre, et cacha l'argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte. Celui qui avait reçu les cinq talents s'approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit : Seigneur, tu m'as remis cinq talents; voici, j'en ai gagné cinq autres. Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. Celui qui avait reçu les deux talents s'approcha aussi, et il dit: Seigneur, tu m'as remis deux talents; voici, j'en ai gagné deux autres. Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. Celui qui n'avait reçu qu'un talent s'approcha ensuite, et il dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas vanné ; j'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi. Son maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que j'amasse où je n'ai pas vanné ; il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. Ôtez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » (Matthieu XXV, 14-30)

21/04/2014

Jean-Baptiste Willermoz : "à égale distance de l’athéisme et du cléricalisme"

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La refondation du Régime Rectifié en France, unissant, le 15 décembre 2012, et dans un même élan proclamatoire, les sensibilités willermoziennes issues des grandes structures nationales, a rappelé l’essence de la rectification, qui « se caractérise par un enseignement fondé sur le christianisme transcendant, christianisme non dogmatique fidèle à la loi de grâce de l’Evangile et aux vérités de la sainte religion chrétienne, relevant par des voies secrètes participant d’une tradition non ostensible, de la sainte doctrine parvenue d’âge en âge par l’initiation jusqu’à nous », et participant d’un Ordre qui se rattache à celui « primitif essentiel et fondamental qui lui a donné naissance », et dont « l’origine est si reculée qu’elle se perd dans la nuit des siècles. » (Les Principes de l’Ordre en 10 points, Directoire National Rectifié de France-Grand Directoire des Gaules, Lyon, le 15 décembre 2012).

Les Instructions du Régime désignent parfois, de façon moins allusive encore, les sources fondatrices de cet enseignement singulièrement audacieux du point de vue des critères ecclésiaux, comme lorsque, dans le Noviciat de la classe chevaleresque, nous voyons situées ces « connaissances sublimes » dans cette essentielle indication de Jean-Baptiste Willermoz : « Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu'au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu'à cette époque le souvenir s'en est affaibli, et que ce qu'il restait d'initiés se retirèrent dans le secret [1] » ; précision chronologique qui renvoie assurément aux  décisions conciliaires de Constantinople II (553), condamnant le témoignage origéniste du « sens spirituel » de la sainte Ecriture.

Nous savons les réserves, pour ne pas dire la franche hostilité, que ces références au contenu des Instructions, peuvent susciter au sein même de structures a priori issues de la pensée martinésienne.  Et, de ce point de vue, l’édition par J.-M. Vivenza de L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, est l’occasion d’une note qu’il nous paraissait important de relever : tout comme la sensibilité du théosophe d’Amboise, la pensée willermozienne se retrouve, par cette posture, « à égale distance de l’athéisme et du cléricalisme, elles l’éloignèrent identiquement des adversaires de la religion, comme de la rigidité des fidéistes incapables de dépasser la lettre des conciles, s’accrochant, tant sans doute de par l’effet d’une relative fermeture à l’égard des vérités transcendantes issues de la doctrine secrète, que par éloignement des régions spirituelles auxquelles elle est liée, en une illusoire « intangibilité » des dogmes[2] » :

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[note 201] – Sur ce point, nous rappellerons que le caractère prétendument « intangible » (sic) du dogme – proposition éventuellement admissible dans le cadre des domaines propres à l’Eglise institutionnelle où les sourcilleux conservateurs des décrets ecclésiastiques sont attentifs à ce que soit observé un scrupuleux respect à l’égard des définitions conciliaires - , relève d’un caractère singulièrement éloigné du véritable esprit du christianisme transcendant propre à la doctrine de l’illuminisme, et nous avons déjà eu l’occasion de souligner en quoi, cette approche fixiste, légaliste et rigide, que l’on a pu, hélas, étrangement observer en des régions où normalement elle n’aurait jamais dû avoir sa place, est totalement incompatible et radicalement étrangère à l’essence même de l’authentique voie de sapience théosophique, spéculative et mystique, qui caractérise l’ésotérisme chrétien.

L’intangibilité dogmatique n’a pas sa place dans les voies initiatiques.

D’ailleurs, elle ne l’a pas, sa place dans les voies initiatiques, cette « intangibilité dogmatique » - ce qui participe d’une grande sagesse – de par la décision même du fondateur du Régime qui puise à des sources doctrinales identiques à celles de Saint-Martin, ce sur quoi nous croyons utile d’insister avec fermeté au cas où cela serait nécessaire à quelques mémoires oublieuses des principes de l’initiation willermozienne, comme il est explicitement énoncé dans un des Rituels de l’Ordre : « Malgré tous ces rapports de l’institution primitive avec la religion, les lois maçonniques interdisent expressément dans les Loges toutes discussions sur les matières de religion (…). Cette règle est infiniment sage et doit être bien conservée, car nos Loges (…) ne sont point des écoles de théologie (…). En supposant même que le terme final de l’institution maçonnique pût donner à ceux qui l’atteignent des lumières suffisantes pour résoudre précisément les questions et discussions qui auraient pu s’élever entre les Frères s’il leur était permis de s’y livrer, où serait, dans les Loges symboliques, le tribunal assez éclairé pour apprécier leurs décisions et les faire respecter ? Ainsi donc, nous le répétons, les lois qui interdisent expressément toutes discussions sur ces matières sont infiniment plus sages et doivent être rigoureusement observées. » (Cf. Jean-Baptiste Willermoz, Instruction finale, in Rituel de Maître Ecossais de Saint-André, Ms. 5922/2, Bibliothèque de la ville de Lyon, 1809). Mais, comme si cet avertissement solennel ne suffisait pas, il se trouve que sur ce sujet, précisément, nous rejoignons entièrement Joseph de Maistre, que l’on ne pourra évidemment accuser d’être un « ennemi de l’Eglise », qui ira jusqu’à soutenir, à propos des dogmes, ce à quoi nous adhérons pleinement, que les définitions dogmatiques des conciles furent toujours imposées à l’Eglise, et qu’elles « cachent », plus qu’elles ne protègent, la Vérité : « Le Nouveau Testament, postérieur à la mort du législateur, et même à l’établissement de sa religion, présente une narration, des avertissements, des préceptes moraux, des exhortations, des ordres, des menaces, etc., mais nullement un recueil de dogmes énoncés en forme impérative. Les évangélistes, en racontant cette dernière Cène où Dieu nous aima JUSQU'A LA FIN, avaient là une belle occasion de commander par écrit à notre croyance ; ils se gardèrent cependant de déclarer ni d’ordonner rien. On en lit bien dans leur admirable histoire allez, enseignez ; mais point du tout : enseignez ceci ou cela.

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Pour le catholique Joseph de Maistre, jamais il n’y eut d’idée plus creuse que d’aller chercher dans les saintes Ecritures la totalité des dogmes chrétiens.

Si le dogme se présente sous la plume de l’historien sacré, il l’énonce simplement comme une chose antérieurement connue. Bien loin que les premiers symboles contiennent l’énoncé de tous nos dogmes, les chrétiens d’alors auraient au contraire regardé comme un grand crime de les énoncer tous. Il en est de même des saintes Ecritures : « jamais il n’y eut d’idée plus creuse que celle d’y chercher la totalité des dogmes chrétiens : il n’y a pas une ligne dans ces écrits qui déclare, qui laisse seulement apercevoir le projet d’en faire un code ou une déclaration dogmatique de tous les articles de foi » (…) Jamais l’Eglise n’a cherché à écrire ses dogmes ; toujours on l’y a forcée. La foi, si la sophistique opposition ne l’avait jamais forcée d’écrire, serait mille fois plus angélique : elle pleure sur ces décisions que la révolte lui arracha et qui furent toujours des malheurs, puisqu’elles supposent toutes le doute ou l’attaque, et qu’elles ne purent naître qu’au milieu des commotions les plus dangereuses. L’état de guerre éleva ces remparts vénérables autour de la vérité : ils la défendent sans doute, mais ils la cachent ; ils la rendent inattaquable, mais par là même moins accessible. A ! ce n’est pas ce qu’elle demande, elle qui voudrait serrer le genre humain dans ses bras. (…) Le Christ n’a pas laissé un seul écrit à ses apôtres. Au lieu de livres il leur promit le Saint-Esprit. « C’est lui, leur dit-il, qui vous inspirera ce que vous aurez à dire » (J. de Maistre, Essai sur le Principe Générateur des constitutions politiques, § 15, P. Russand, Lyon, 1833, pp. 18-20 ; 22-23 ; 28 : Cf La doctrine de la réintégration des êtres, Editions La Pierre Philosophale¸2012, 2ème édition 2013, pp. 156-157).[3]


« Les définitions conciliaires n’ont pas vocation à avoir autorité sur la doctrine des voies initiatiques. Ce qui importe, ce n’est pas ce que l’Eglise pense de cette doctrine, mais ce que les initiés, qui fondèrent les Ordres où cette doctrine est enseignée, eux en pensent, et surtout en ont fait, en se demandant, subsidiairement : est-ce que cette doctrine correspond à un programme initiatique, à un objectif précis ? Et il se trouve, qu’à ces deux questions la réponse est positive. C’est pourquoi, de la préservation de cette doctrine, dépend la continuité du processus initiatique mis en œuvre au 18e siècle ainsi que des Ordres qui ont à le conserver et l'enseigner. » (Jean-Marc Vivenza, Sur la doctrine de la réintégration des êtres, entretien avec Jean Solis et Jean-Pierre Bonnerot, BaglisTV, avril 2014)

 


[1] (Instruction du grade d’Ecuyer Novice, 1778, Bibliothèque du Grand Orient des Pays-Bas, la Haye, Fonds Kloss, F XXVI 113‑10.)

[2] J.-M. Vivenza de L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, La Pierre Philosophale, 2013, p. 317.

[3] Ibid., pp. 317-318.

11/02/2014

L’obsession de la chair et les courants dogmatiques : contre Jean-Baptiste Willermoz, et les "délires origéniens"

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Les observateurs attentifs à ces questions, mais peu informés des subtiles imbrications de certains milieux initiatiques, se demanderont sans doute ce qui motive les réseaux liés à des tendances en marge de l’orthodoxie conventionnelle, à focaliser périodiquement sur des points touchant aux enseignements fondamentaux de la maçonnerie rectifiée. Outre l’emblématique "Réconciliation universelle"– et sa trompeuse apparence d’un dialogue retrouvé entre la vie liturgique et un "martinésisme" passablement revisité – , tel est le cas récent de l’espace dit "Restauration universelle", relayé, sur les réseaux sociaux, par cette sensibilité ecclésiale portée par les thèses du R.P. Jean-François VAR, ex- Grand Aumônier du Grand Prieuré des Gaules – et les sites mis en lien sur ce blog en témoignent –, et dont les publications sont  essentiellement  consacrées au thème de la "résurrection de la chair" : « La chair est la base du salut » [sic !] (30.03.2013),« La divine liturgie sanctifie la matière » (02.04.2013)…  « La résurrection, contre les délires origéniens, c’est la résurrection des corps » [re-sic !] (11.02.2014)… étonnante litanie – ou danse – macabre, où les sublimes régions de l’au-delà, se voient affubler des pires perspectives d’une "nuit des morts-vivants" où la chair, après avoir « quitté les os », viendrait s’y rétablir !!! … 

Non point que cette thématique extrêmement limitée et caricaturale  fasse l’objet d’une vocation telle, qu’elle suffirait à désigner une foi orthodoxe que nous savons intensément plus riche. Ces préoccupations sont celles, redisons-le, d’un courant très singulier, visiblement lié à de petites églises autocéphales, et dont le projet, maintes fois commenté, est d’amender la pensée willermozienne, afin de la rendre conforme à l’engagement ministériel qu’il exerce au sein des établissements maçonniques concernés. La vie liturgique, elle, se désintéresse a priori de ces domaines et nul, en-dehors de ces milieux, ne saurait la confondre avec l’engagement maçonnique.

La perspective initiatique portée par le Régime rectifié n’est pas atteinte par la législation des conciles : elle est chrétienne, car liée, par la persona christi, à l’éclosion expérientielle du Verbe dans les âmes désireuses d’atteindre à ces régions de l’Invisible, qui étaient celles de leur vocation primitive. Nul besoin de revenir sur la nature de ce christianisme transcendant, ni sur les confusions entretenues ; ni de citer, de nouveau, les multiples occurrences qui en témoignent dans les rituels et instructions du Régime. Il suffira, pour un commentateur de ces débats, et qui nous en faisait ces jours-ci la juste remarque, de s’en tenir à l’exercice d’une exégèse comparative à la saisissante évidence, et selon les règles d’un plan dialectique que chacun pourra aisément conclure à sa lecture :

·  THÈSE : « Dieu a modelé le corps en même temps que l'âme et non celui-là d'abord et celle-ci ensuite, comme le veulent les délires origéniens. (…) En disant résurrection, nous entendons résurrection des corps. La résurrection, c'est quand se dressent pour la deuxième fois ceux qui sont tombés, car les âmes étant immortelles comment ressusciteraient-elles ? »
(Saint-Jean Damascène, Exposé de la Foi Orthodoxe)

·  ANTITHESE : « Le premier Adam émané de Dieu… fut précipité sur la terre et condamné à venir ramper sur sa surface dans une forme matérielle (…) Jésus-Christ lui-même va prouver la différence essentielle des deux formes et leur destination, en se revêtant de l’une après sa résurrection, après avoir anéanti l’autre [le corps matériel] dans le tombeau (…) il dépose dans le tombeau les éléments de la matière, et ressuscite dans une forme glorieuse qui n’est plus que l’enveloppe immatérielle de l’être essentiel… » (Jean-Baptiste Willermoz, Traité des deux natures)

 

A lire également, sur ces questions :

Jean-Marc Vivenza, La Doctrine de la réintégration des êtres – Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz à la lumière de la pensée d’Origène, La Pierre Philosophale, 2012.

 

La doctrine de la Réintégration menacée par les critères religieux orthodoxes

 

Régime Ecossais Rectifié et christianisme de l’Ordre

 

Et sur Baglis-TV : Illuminisme mystique et christianisme transcendant.  Extrait :  "L'émanation de l'âme selon Origène"


02/01/2014

Les "vérités dogmatiques" en maçonnerie !

Dans un billet édité le 1er janvier 2014 sur le blog de son Ministère ecclésial ("Un orthodoxe d’Occident"), et reproduisant intégralement une note récente publiée dans une brochure interne au Grand Prieuré des Gaules, l’ancien "Grand Aumônier" (sic !) de l’Obédience confirme et assume la dérive religieuse d’une structure dont on se demande bien, désormais, selon quels miraculeux et singuliers critères, elle peut encore intégrer l'environnement maçonnique français :

« Ces vérités (…) sont au nombre de trois, pas davantage, mais trois nécessairement : 1. La Divine Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit ; 2. La double nature du Christ, vrai Dieu et vrai Homme ; 3. La résurrection des morts. TOUT LE RESTE EST SPECULATION, LICITE SANS DOUTE, MAIS PAS EN MAÇONNERIE. »

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Inquiétante vision des "vérités" maçonniques, que nous laissons à l’appréciation, tant des sensibilités libérales et humanistes, que spiritualistes, qui composent le paysage obédientiel français et européen…

30/12/2013

Le Grand Prieuré des Gaules se retranche de la Franc-maçonnerie universelle

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Joaquin Phoenix, dans le rôle de l’empereur Commode, Gladiator, de Ridley Scott (2000)

 

Le constat peut paraître étonnant pour une institution qui, jusqu’alors, en partageait les fondements. Il est toutefois sans équivoque, lorsque les dérives pressenties, puis largement commentées ces derniers mois, et qui ont conduit à la crise morale que l’on sait,  se cristallisent désormais en communications ciblées, émanant de la gouvernance de l’Obédience.

Par un discours publié dans la 8ème livraison des Cahiers verts, et prononcé le 28 septembre 2013  à l’occasion de la Saint-Michel, devant une mince assemblée de membres découragés et de visiteurs médusés, le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules a tracé les grandes lignes programmatiques de cette désorientation historique, bâties sur un appareil argumentaire qu’il convient de diagnostiquer, et reposant sur :

1/ la légitimation du discours par une inquiétante tonalité égocentrée :

« L’initiation parfaite existe… je l’ai rencontrée et nous le pouvons tous, pour peu que nous le voulions », nous prévient en exergue celui dont la fonction semble lui permettre cette guidance : « En tant que Grand Maître, je placerai ma mandature exclusivement au service de son témoignage ; je serai féal de sa vérité, chevalier de sa beauté, prêtre de son amour et prophète de son retour » (sic !), dévotion qu’appuiera son actuel Grand Orateur, Dominique V., à l’occasion d’un envolée scénique méritant mention : « C’est pourquoi les serments prêtés devant le Grand Architecte de l’Univers (…) engagent chaque frère envers l’Ordre, devant l’Eternel, mais aussi envers ses représentants qui sont aussi à leur mesure, dans cet ordre, les représentants du Christ. (…) Servant l’ordre en son Grand Maître, ou ses représentants et lieutenants, nous servons le Christ. » (Cahier vert, n°8, p. 31)

2/ la substitution d’un messianisme ecclésial et théologique, au cadre référentiel maçonnique :

Tel est le cœur fonctionnel et idéologique du projet, qui a conduit à la déliquescence et à la ruine morale d’une obédience rongée par ses contradictions. La démarche maçonnique, dans sa diversité intellectuelle, spiritualiste, humaniste ou, pour ce qu’il en est du patrimoine du Régime rectifié, se rapportant à la singularité de son enseignement, cède à  des critères de validité de nature religieuse et dogmatique : « Cette initiation de la gloire de Dieu qui ne se limite pas est le christianisme », et s’adresse à « des membres adultes de l’Ordre, des christophores, maçons des outils de la vraie profession qui fait les prophètes », qui sauront préparer « l’humanité au banquet des mystères divins, actualisant ainsi, dans l’espace et dans le temps, l’eucharistie perpétuelle » ; « à l’instar de l’Eglise, la maçonnerie chrétienne doit s’insérer et s’engager dans l’histoire des hommes, celle de la cité du Père (…). »

3/ une perception angoissée et persécutive à l’égard de toute formulation potentiellement critique :

Motivée par la conviction agressive d’un préjudice subi, elle systématise la désignation inquiétante de l’ennemi extérieur et comploteur, en des formules dont chacun appréciera la tendresse évangélique, vilipendant les « incantations de gueux » (p. 13), « la glose sans gnose des réseaux sociaux », les « boucs qui pratiquent l’errance de l’aventure mentale », et « d’autres faux prophètes [qui] nous enferment dans des palais de cristal au parfum de néant. » (p.12)…

Nous sommes, à ce stade, très en-deçà d’une sémantique maçonnique communément admise. Et ce glissement tenant lieu de rhétorique conceptuelle, pour ce qu’il en est plus particulièrement du Rite Ecossais Rectifié – bien que cette Obédience, aux dépens de son identité historique, ne s’en réclame plus exclusivement –, pourra se déployer dans un cadre préparé, jusqu’à en nier radicalement le contenu, car il faut entendre, désormais, ce singulier constat : le Grand Prieuré des Gaules est hostile au Rite Ecossais Rectifié.

Entendons-le, d’ailleurs, du Grand Maître lui-même, à propos de la "Doctrine" (c’est-à-dire du corpus d’enseignement, et le terme est récurrent, au cœur-même des rituels de réception au premier Grade) :

« Cependant, toute doctrine qui ne se discuterait pas deviendrait par définition un dogme, alors que seule l’Ecriture sainte est joyeusement dogmatique. (…) Le commentaire éclairé participe du modus operandi. L’homme, dans ses gènes originels, doit coopérer aux énergies divines, en prolongeant de son talent [sic !] tout enseignement humain, même inspiré. Willermoz, Saint-Martin et Martinèz au regard du seul vrai Maître sont de "petits maîtres" que nous devons amender, opposer, contrarier (…). »

Ainsi, s’exprime l’actuel Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules…  

La Doctrine peut être "amendée", entendez : par une autorité obédientielle dont la nature prophétique lui confère toute légitimité en la matière, et qui le fait pour des motifs avoués : l’enseignement du Régime, qui présente un certain nombre de singularités au regard des critères des conciles (caractère nécessaire d’une création consécutive à la prévarication ; dissolution finale du composé matériel, origine et destination purement spirituelles de l’âme…), doit être "contrarié", pour permettre à la tendance ecclésiale qui a fait main-basse sur la structure, d’y exercer son Ministère :

« Pour moi, la franc-maçonnerie est devenue une terre de mission et je ne vois pas au nom de quoi je devrais la laisser de côté », lisait-on déjà en février 2001, de la plume de son ancien Grand Aumônier (Jean-François VAR, propos recueillis par Anne Ducrocq, L’actualité des Religions,février 2001, n° 24) ; déclaration dont s’entend désormais l’écho, au sommet même d’une Institution sulfureuse, mais curieusement considérée par les Obédiences françaises, d’une bienveillante indifférence…