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30/01/2013

"L'Ordre est d'essence indéfinissable et absolue; l'Obédience est soumise à toutes les fluctuations inhérentes à la faiblesse congénitale de l'esprit humain." (Marius Lepage)

D’après une  contribution du Directoire National Rectifié de France

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Marius Lepage en 1954, accueillant en loge le R.P. E. Kowalevsky, de l’Eglise orthodoxe russe, qui sera ultérieurement sacré évêque (Monseigneur Jean) de l’Eglise Catholique Orthodoxe de France (ECOF). Photo tirée de Jean Tourniac, Vie et perspectives de la Franc-Maçonnerie traditionnelle, Dervy, édition de 1978.


L'Ordre seul est le principe du Régime rectifié

Lors du Convent des Gaules fut édictée une loi qui deviendra le principe même du Régime Ecossais Rectifié : c’est « l’Ordre », considéré comme base et principe, et non quelque structure obédientielle, qui légitime et fonde la régularité des Loges :

« Les Loges ne sont que des sociétés particulièressubordonnées à la société générale, qui leur donne l'existence et les pouvoirs nécessaires pour la représenter dans cette partie d'autorité qu'elle leur confie ; que cette autorité partielle émane de celle qui réside essentiellement dans le centrecommun et général de l'Ordre[1]»

Ainsi s’imposait que puisse être érigé un Ordre initiatique d’essence chevaleresque, mais d’une chevalerie toute spirituelle car destinée à livrer une bataille subtile se situant dans l’invisible, capable de lutter, non pour rétablir un Ordre matériel disparu au cours de l’Histoire au XIVe siècle, celui du Temple, mais contre les reliquats de la dégradation originelle, en engageant un combat susceptible de réduire et abattre les forces qui enserrent les êtres dans les obscurs cachots du domaine des ombres depuis la Chute.

René Guénon (+ 1951) sur ce point sut rappeler avec pertinence ce qui vint frapper la maçonnerie moderne, lorsqu'elle appliqua à ses formes traditionnelles, le modèle de structures profanes :

« Cette "dégénérescence", si elle ne change en rien la nature essentielle de la Maçonnerie, rend parfaitement explicables les nombreuses déviations qui s'en sont dégagées depuis trois siècles, et dont l'organisation sous sa forme "obédientielle", en des structures qui présentent le défaut évident "d'avoir été calquées sur la forme des gouvernements profanes", est  l'un caractère fort symptomatique de cette modernité[2]»

Ce à quoi – pour rendre hommage à Marius Lepage (+ 1972), grand maçon qui prit l’initiative d’inviter le Révérend Père Michel Riquet en loge – on pourrait rajouter ces lignes que n’aurait pas renié Willermoz :

« L'Ordre est d'essence indéfinissable et absolue; l'Obédience est soumise à toutes les fluctuations inhérentes à la faiblesse congénitale de l'esprit humain[3]. »

Force est de constater, alors qu'aujourd'hui beaucoup ont perdu la compréhension ce qu’est « l’Ordre » selon les critères du Régime rectifié, et qu'il était donc grand temps d’en revenir aux principes de la Réforme de Lyon tels que rappelés dans l’une de nos Instructions datant du Convent des Gaules  :

« Vous cherchez à remonter au but primitif de la Franc-Maçonnerie et l'on vous a attaché à un Ordre qui correspond avec ceux qui seuls peuvent vous instruire. Si vous savez quelque jour vous faire reconnaître pour un vrai chevalier Maçon de la Cité Sainte, si vous bâtissez constamment dans le temple du Seigneur, vous pouvez concevoir l'espoir de parvenir à un but si désiré. » (Instruction du 5e Grade, 1778).



[1] Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France, Tel qu’il a été approuvé par les Députés des Directoires au Convent National de Lyon 5778.

[2] R. Guénon, Aperçus sur l'initiation, ch. XIV, « Des qualifications initiatiques » & ch. XXIX, « Opératif » et « Spéculatif ».

[3] Marius Lepage, L'Ordre et les Obédiences, Histoire et Doctrine de la Franc-Maçonnerie, 1956, p.8.

 

 

27/01/2013

Sur quelques critères de validité initiatique au Régime Rectifié

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Camille Savoire (1869-1951)


L’actualité du Régime Rectifié en France, pose la question du lien essentiel entre la légitimité des appellations revendiquées par les structures qui s’en réclament, et la réalité des transmissions qu’elles sembleraient induire.

Tout ceci pose de réelles difficultés, et mérite  de sévères précisions. Non point par absence d’une sincère amitié et reconnaissance due, à juste titre, à ces organismes qui furent, et sont toujours, les témoins d’un patient travail de réflexion et de gestion rituelle, mais par souci d’une vérité historique que nul n’est habilité à pervertir.  

Un Grand prieuré, rappelons-le, est une structure qui répond à un attachement provincial, le Rectifié s’organisant autour de Directoires et de Provinces, en l’occurrence trois pour la France, qui sont les anciennes de la Stricte Observance : Vème province de Bourgogne, IIème d’Auvergne et IIIème d’Occitanie. L’idée d’un Grand Prieuré dit "national", quelle que soit son appellation, ne répond à aucune logique rectifiée, ceci concernant y compris le Grand Prieuré à l’origine du réveil du Régime en 1935.

Un Grand Prieuré ne se créé pas à la faveur d’une intention particulière et subjective, à moins que les qualifications propres de ses initiateurs, dans la logique du Code de 1778, ne leur permettent de se constituer en structure provinciale, référant à l’une des trois citées précédemment, ce qui, objectivement, est le cas actuel de certaines d’entre-elles.

Mais cette logique interne à l’organisation du Régime, fut-elle respectée, n’autorise cependant pas que soit négligée la validité de la transmission initiatique elle-même., laquelle ne peut souffrir d’aucune césure.

Or, et ceci doit être rappelé, le dépôt de la transmission et des archives de la Vème Province de Bourgogne à la Préfecture de Genève, fut opéré en 1830 par Joseph Antoine Pont (+ 1838), avant que le réveil complet du Régime en France, en 1935, n’en permette la restitution et l’usage[1].

Ce qui revient à dire que toute initiative de restauration authentique et légitime, nécessite un rattachement à la souche historique de Camille Savoire (1869-1951). S’écarter du bénéfice de ce lien, ne peut alors aboutir qu’à une construction subjective qui, participant parfois d’une bonne volonté et d’un véritable enthousiasme – voire, fréquemment, du constat sincère que la perte de substance du Rite, pris en tenaille par les conjonctures obédientielles, nécessite une initiative de préservation –, n’en pose pas moins de vraies difficultés.

Toute structure, faute d’une source authentique, ou qui finirait par en renier la substance même, est vouée au dépérissement, le doute faisant son œuvre, ses bases viciées, corrompues ou reniées, ne résistant pas à l’examen des preuves et des faits.

Il est alors du rôle de ceux ayant en charge la conservation de l’héritage historique et doctrinal du Régime, de savoir rappeler avec justesse que certains critères sont à respecter, et que les titres, ou l’ancienneté dans un système, ne confèrent aucune autorité pour poser des bases fondatrices historiquement inexactes qui, fatalement livrées aux forces de dissolution, ne résisteraient pas à l’épreuve du temps.

Aussi, pour qui en douterait encore, apparaît-il évident que toute initiative de préservation du Régime, ne peut s’enraciner que sur les qualifications initiatiques et historiques que nous signalons, toute autre intention, ne relevant que d’une délégation confinée au rôle d’une gestion limitée et transitoire.

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[1] Jean-Marc vivenza, « la conservation helvétique de l’Ordre », in Histoire du Grand Prieuré des Gaules¸ éditions du Simorgh, pp. 116-124, septembre 2012.

24/01/2013

L’anthropologie du Rite Ecossais Rectifié : "la science de l’homme par excellence…"


18/01/2013

Aux sources illuministes du Rite Ecossais Rectifié : les "leçons de Lyon" (1774-1776)


17/01/2013

Le dépôt du "Saint Ordre" et l'illuminisme

Un article extrait du Directoire National Rectifié de France

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Au XVIIIe siècle, l’illuminisme, courant d'une extraordinaire et foisonnante richesse qu'il est bien difficile et présomptueux de vouloir résumer en quelques mots, se caractérisa par une volonté de reconnaître au-dessus de l'homme un ensemble de vérités supérieures et mystérieuses, dépassant largement les faibles capacités de l'intelligence discursive. 

A la  croisée de très nombreuses influences, l'illuminisme va se nourrir des échos des Béguinages, des « Frères du Libre Esprit », de la Réforme (Luther et Calvin, s’appuyant sur la théologie germanique avaient su montrer la possibilité novatrice d’un rapport direct à Dieu), de la large diffusion d'écrits hermétiques, des textes des kabbalistes chrétiens de la Renaissance, des traductions des ouvrages des penseurs et philosophes de l'antiquité, de la mise à la disposition des écrits des visionnaires de l'Europe du Nord (Boehme, Gichtel, etc.), le tout porté par le souffle d'un puissant renouveau mystique (rayonnement de l'Ordre du Carmel, innombrables fondations de congrégations, développement de la dévotion personnelle, écrits spirituels d'une haute valeur : Benoît de Canfeld, Pierre de Bérulle, Surin, Saint-Cyran, Fénelon, Mme Guyon, etc.), renouveau qui englobera les divers cercles spirituels et produisit une atmosphère d'intense religiosité. 

Ce courant illuministe s'étendit sur une longue période de temps, globalement du début du XVIIIe siècle au moment où les loges opératives s'ouvraient à des lettrés n'exerçant pas le « métier », jusqu'aux premières années du XIXe siècle, disons à la mort de Jean-Baptiste Willermoz en 1824 si l'on souhaite vraiment une date, puisqu'il en fut sans doute le dernier et l'ultime représentant majeur à disparaître. 

Robert Amadou (+ 2006), montra ainsi combien le Régime Ecossais Rectifié est profondément redevable à ce courant illuministe, à l'intérieur duquel ont leur place également, et de façon éminente, les disciples de Louis-Claude de Saint-Martin, courant spirituel dans lequel s'inscrit le Régime fondé par Jean-Baptiste Willermoz en 1778 lors du Convent des Gaules, sans lequel il ne peut se comprendre, et dont il participe pleinement et représente sans doute, l'une des expressions les plus abouties sur le plan initiatique le rattachant de la sorte au "Saint Ordre" dont il est même devenu, de par l'Histoire, le dépositaire par excellence  : 

 

« Mais ce dépôt, ce saint Ordre où poussent les branches et les rameaux, comment ne pas l'annoncer sans attendre ? Le martinisme ressortit à l'ésotérisme judéo-chrétien qui ressortit à l'ésotérisme universel. Dans son originalité formelle, néanmoins, dans son unité radicale et sous la multiplicité de ses avatars, le martinisme remonte à Martines de Pasqually.

Trois grandes lumières balisent l'itinéraire du martiniste : Jacob Böhme, Martines de Pasqually et Louis-Claude de Saint-Martin.

Mais à constituer le dépôt, ont aussi coopéré Jean-Baptiste Willermoz, l'Agent Inconnu, l'Ordre des chevaliers bienfaisants de la Cité sainte avec ses mythes templiers et l'héritage des constructeurs gothiques ; et les grands illuminés du XVIIIe siècle, les William Law, les Divonne, les Eckhartshausen ; et les fidèles du piétisme, surtout lors du premier réveil (…).

Or, la perle de ce dépôt, son capital initial, c'est Martines qui l'a placée, et c'est de lui que la tiennent les maçons écossais rectifiés, les théosophes chrétiens et parmi eux, les disciples de Saint-Martin dont beaucoup appartiennent à l'Ordre Martiniste. »

 

R. Amadou, Préface de Papus, Martinès de Pasqually, Robert Dumas Éditeur, 1976, p. XVI.

 

 

 

L'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte et sa fonction mystique

Un article extrait du Directoire National Rectifié de France

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Si le Convent des Gaules en 1778 compta treize séances, ce fut dès la première que Jean de Turkheim et Jean-Baptiste Willermoz soumirent à l’adoption des suffrages de l’assemblée des frères le nouveau nom « d’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte ».

Alice Joly précise, s’appuyant sur un document faisant état des délibérations [BM Lyon, ms. 5479] :

« Qui eut l’idée de ce nom ? Une chose est certaine, c’est qu’il était avant l’ouverture des débats déjà choisi et accepté par les promoteurs de la réforme. (…) La loge de Willermoz s’appelait « la Bienfaisance », mais on a remarqué qu’un grade de Chevalier Bienfaisant existait déjà dans la loge de Saint-Théodore de Metz, et qu'il y avait en Suisse un système Écossais qui révérait comme patron Saint Martin, le soldat romain au cœur charitable. Si nous en croyons les souvenirs de Paganucci ce seraient ces influences, probablement représentées par Saltzman, qui auraient fait choisir le nouveau titre.

Il était fait pour convenir également aux desseins de Willermoz car il évoquait les Templiers sans les nommer, et donnait aux Chevaliers une vague et idéale patrie, qui pouvait être tout aussi bien Rome, centre de la chrétienté, Jérusalem, où s’éleva le temple de  Salomon et où Jésus-Christ fut crucifié, que la cité céleste immatérielle, espoir et but suprême de tout effort mystique[1]. »

Le Régime Ecossais Rectifié, en tant qu’Ordre des C.B.C.S., prit donc naissance en 1778 à Lyon, lors du Convent général de la Stricte Observance qui avait pour mission d’arrêter une position ferme vis-à-vis des points problématiques qui apparaissaient comme un facteur de nombreuses méprises et d’interprétations discutables parmi les frères des Provinces allemandes et françaises.

Jean-Baptiste Willermoz qui avait trouvé dans la Stricte Observance un cadre très solide, une structure évidemment organisée et incomparablement plus stable que celles de l’Ordre Chevaliers Maçon Elus Coëns de l’Univers à l’intérieur duquel il exerçait des responsabilités, mais dont il n’avait eu de cesse de se lamenter depuis 1767 du désordre qu’il y régnait, ressentait  néanmoins comme un vide, une limite dont les illusoires prétentions présentées comme étant les objectifs secrets et ultimes de la maçonnerie et, en particulier, parmi bien d’autres, la réédification de l’Ordre du Temple, lui apparaissaient comme extrêmement dérisoires et fort maigres  du point de vue initiatique.

Le but, clairement et explicitement confié à l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, fut donc de conserver et préserver, au moment où les élus coëns disparaissaient de la scène de l'Histoire, la doctrine de la réintégration, mais christianisée et corrigée de ses erreurs trinitaires et christologiques.

A ce titre, et on en comprend aisément la raison, la constitution d'un « Ordre », porteur et héritier de l'authentique tradition, s'imposait pour Jean-Baptiste Willermoz, afin que soit offert aux hommes, et en particulier aux maçons possédant une sincère noblesse de cœur mais cependant désorientés au sein de temps incrédules et corrompus, de participer à l'œuvre salutaire de réarmement spirituel et religieux, à la reconstruction des fondations du vrai Temple qui n’est point fait de mains d’homme, et accomplir, par là même, l'impérieux devoir imposé à ceux qui ne peuvent accepter, ou qui souffrent, de croupir dans le marasme existentiel sans chercher à s'extraire des fers de la prison matérielle dans laquelle ils furent enfermés en venant en ce monde ; lieu inquiétant dominé par celui qui en est le prince, et qui détient sur ces domaines périlleux la gloire et l'autorité (Luc 4, 6).

Mais cette transformation, « opérée » par la foi en la Parole de Vérité, et dont la responsabilité est confiée à l’Ordre, encore faut-il que cet « Ordre » soit en mesure de l’accomplir, ou tout au moins de la rendre possible, ce qui ne se peut réaliser que si la fidélité est conservée intacte aux principes du Régime, fixés et arrêtés par le Convent des Gaules en 1778



[1] 1. A. Joly, Un mystique lyonnais et les secrets de la franc-maçonnerie, Protat frères, 1938, pp. 110-111.

 

13/01/2013

La proclamation du Directoire National Rectifié de France (D.N.R.F.), rappelle le caractère fondamentalement doctrinal et non-obédientiel de la maçonnerie willermozienne.

Il est nécessaire, en fidélité aux textes fondateurs et à l’esprit du Régime, d’en préciser la justesse, et de rappeler le constat qui fut posé en préambule du projet de refondation lui-même, pour lequel, « depuis le réveil complet du Régime en France au XXe siècle, force est de constater que les principes de fonctionnement propre à l’Ordre, pourtant clairement définis, n’ont pas été respectés. On a voulu se servir des cadres obédientiels de la maçonnerie andersonienne afin de faire vivre le Régime Rectifié. Et, à cet égard, la plupart des formes sous lesquelles vit le Régime actuellement ne sont en rien conformes à son essence, mais de plus, y compris les formes structurelles distinguées sous le nom de "Grands Prieurés" qui sont en réalité éloignés bien souvent des critères propres de la rectification tels que spécifiés dans le Code de 1778. (…)On est ainsi obligé de constater que depuis le réveil du Régime au XXe siècle - ceci dit sans oublier ce que nous devons d'immense et d'important à ceux qui entreprirent de redonner vie au Régime, ainsi qu'aux institutions qui en incarnèrent et en incarnent encore l'esprit avec beaucoup de vérité et de sincérité que nous ne contestons aucunement - la conception originelle du Code n’a presque jamais été suivie, entraînant des disfonctionnements significatifs dans la logique organisatrice du Régime Ecossais Rectifié qui cessa, dès lors, de se penser comme un "Ordre", le ramenant à un Rite réduit à une conception obédientielle absolument étrangère à l’esprit de la rectification, même si imaginant en relever en usant de titres et dénominations issus du corpus sémantique willermozien. »

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Les « Principes de l’Ordre » en 10 points[1]

- I -

L’Ordre issu de la réforme de Lyon, tire uniquement sa légitimité et sa « régularité », par delà les qualifications initiatiques de ses membres, de sa fidélité observée face aux principes énoncés et arrêtés en 1778 lors du Convent des Gaules.

- II -

Les deux Codes de Lyon de 1778, sont les seules et uniques lois constitutives du Régime Écossais Rectifié, qui en organisent la vie et le fonctionnement. Ces lois, non seulement aucune instance rectifiée n'a le pouvoir de les modifier, mais son premier devoir, clairement stipulé et précisé, est de les respecter et de les faire respecter.

- III -

L’Ordre, du point de vue rectifié, entendu dans son principe le plus authentique, ni ne se réfère, ni ne participe d’une structure administrative et temporelle, mais relève d’abord et avant tout d’une dimension purement spirituelle.

- IV -

Depuis le réveil du Régime en France au XXe siècle, la conception originelle du Code n’a presque jamais été suivie ni respectée, entraînant des disfonctionnements significatifs dans la logique organisatrice du Régime Écossais Rectifié. Notre action, de nature refondatrice, est une volonté de retour aux sources du Convent des Gaules de 1778, en tentant, non pas de recréer une nouvelle structure au milieu de celles déjà existantes - à l'égard desquelles nous avons de l'amitié en reconnaissant le travail souvent remarquable qu'elles ont accompli - mais de redonner à la notion « d’Ordre » la place centrale qu’elle n’aurait jamais dû perdre, dans l’entière et pleine fidélité avec l’enseignement exposé dans les différentes « Instructions » du Régime en toutes ses classes.

- V -

Cette action refondatrice, insiste tout particulièrement sur le caractère fondamental de la doctrine qui forme, avec l’Ordre, un tout indissociable, sachant que le lien intime avec la doctrine de la Réforme de Lyon représente, non une option du point de vue initiatique lorsqu’on est membre du Régime, mais relève d’un enseignement initiatique et spirituel auquel – au terme d’une propédeutique douce et bienfaisante qui est le propre de l’initiation - il est nécessaire d’adhérer, faute de quoi on se met soi-même en dehors des critères d’appartenance du système willermozien dont le rôle est, précisément, d’étudier, de préserver et de veiller attentivement sur les éléments doctrinaux qui présidèrent à la fondation de l’Ordre.

- VI -

L’aspect doctrinal définit le Régime rectifié, ce qui est une spécificité unique dans tout le champ rituel de la franc-maçonnerie universelle, et donne au système willermozien une nature à nulle autre pareille qui le distingue entièrement des autres Rites maçonniques, lui conférant son caractère de voie dite  « non-apocryphe » au regard des critères de la doctrine de la réintégration, dont l’Ordre est le dépositaire légitime depuis le XVIIIe siècle.

- VII -

L’essence de la rectification, outre un Rite original et une pratique spécifique s’exerçant en quatre grades formant la classe symbolique et un Ordre, dit « intérieur », d’essence chevaleresque distingué en un état probatoire d’Écuyer Novice et le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (C.B.C.S.), se caractérise par un enseignement fondé sur le « christianisme transcendant », christianisme non dogmatique fidèle à la loi de grâce de l’Évangile et aux vérités de la sainte religion chrétienne, mais relevant par des voies secrètes participant d’un tradition non ostensible, de la « sainte doctrine parvenue d’âge en âge par l’initiation jusqu’à nous ».

- VIII -

L’Ordre, qui se rattache à celui « primitif essentiel et fondamental qui lui a donné naissance », dont « l’origine est si reculée qu'elle se perd dans la nuit des siècles », est autosuffisant et complet. Il se pense et se considère comme l’aboutissement des connaissances mystérieuses de la franc-maçonnerie et possède à ce titre son essence propre travaillant à un but précis, expliquant pourquoi il est absolument non juxtaposable, et ne peut être inclus dans une organisation commune avec d’autres Rites sous quelques motifs ou prétextes aussi louables soient-ils. La volonté de rattachement à la notion originelle «d’Ordre rectifié» - dont l’objet est « d'aider à remonter jusqu'à l’Ordre primitif » - telle que pensée et établie lors du Convent des Gaules par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), ne saurait de la sorte être, en aucun cas et d’aucune manière, de nature « obédientielle » - conception étrangère à l’esprit de la rectification - mais purement et étroitement fidèle aux seuls critères du Régime rectifié.

- IX -

L’initiative de refondation étant de nature transhistorique, initiatique et spirituelle, participe d’une situation d’attente, dans l’espoir qu’un jour les diverses composantes de la famille rectifiée reviennent à la conception originelle de « l’Ordre », et réalisent leur unité sur le principe unique et fondateur de « rectification » tel que défini et établi par la Réforme de Lyon.

- X -

Notre action refondatrice, afin que soit engagé un retour au principe de l’Ordre, relève donc autant du témoignage que du souci conservatoire, afin que le projet willermozien puisse être vécu et transmis, par-delà le temps, en sa vérité essentielle, afin qu’il perdure à travers l’Histoire en absolue fidélité avec l’idée originelle de nature initiatique et spirituelle, exposée et arrêtée lors du Convent des Gaules en 1778. 

 

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Sens de la Refondation de l’Ordre

 

Nous avons conscience de ce que cette « Proclamation refondatrice », et sa volonté de retour aux fondements originaux de l’Ordre, pourront susciter comme surprise de la part des observateurs. Pourtant, cette initiative se fait en amitié avec l’ensemble des juridictions composant ce qu’il convient de désigner sous le nom de « famille rectifiée », à l’égard de laquelle nous avons de la bienveillance et un sincère et profond sentiment de fraternité, sachant l’importance de ce qu’elle représente en étant parfaitement instruits et respectueux de son histoire selon les différentes singularités qui la composent.

Il nous apparaît néanmoins que les temps sont aujourd’hui venus, alors que s’ouvre un nouveau siècle dont le précédent fut celui du réveil du Régime, d’engager à présent une possibilité de refondation de l’Ordre au sens générique du terme, avec pour seul moteur l’amour de nos devoirs de membres du Régime rectifié, et selon les critères propres à la réforme de Lyon.

Notre œuvre pourra paraître, à vue humaine tout au moins, symbolique et un rien étonnante de par la modestie de ses moyens à l’heure des grands regroupements obédientiels, des fédérations de loges et de la constitution de structures transnationales. Ceci nous le savons. Mais nous nous plaçons sur un plan différent, notre action relevant d’un « autre ordre des choses », à savoir celui de la fidélité initiatique et de l’authenticité doctrinale rectifiées, l’une et l’autre devant être protégées et préservées, alors que ne cesse de s’amenuiser ce qui faisait la valeur de la voie maçonnique de par un envahissement des forces profanes qui se sont emparées des domaines qui auraient dû, impérativement, se maintenir à distance des puissances de dissolution.

Notre action relève donc autant du témoignage que du souci conservatoire afin que le projet willermozien puisse être vécu et transmis, par-delà le temps, en sa vérité essentielle.

Nous ne prétendons pas à nous seuls incarner ou représenter « l’Ordre » dont, évidemment, toutes les branches de la famille rectifiée participent. En revanche nous nous en revendiquons au titre de ses principes et de nos qualifications, désireux d’œuvrer à sa préservation uniquement sous sa seule référence, ne souhaitant pas, à dessein, constituer un énième « Grand Prieuré » qui vienne grossir le nombre déjà fort conséquent de ceux déjà existants, ce qui n’aurait aucun sens au regard de la perspective initiatique et spirituelle dans laquelle nous nous situons.

Même si l'on n’en comprend pas toujours entièrement les enjeux et la finalité ultime, il est clair, pour ceux qui se penchent avec attention sur ce système, que le Régime Ecossais Rectifié oblige à un questionnement, un retournement, une réorientation intérieure complète comme l’indique explicitement la Règle maçonnique :

« Elève souvent ton âme au-dessus des êtres matériels qui t’environnent, et jette un regard plein de désir dans les régions supérieures qui sont ton héritage et ta vraie patrie. Fais à ce Dieu le sacrifice de ta volonté et de tes désirs, rends-toi digne de ses influences vivifiantes, remplis les lois qu’il voulut que tu accomplisses comme homme dans ta carrière terrestre. Plaire à ton Dieu, voilà ton bonheur ; être réuni à jamais à Lui, voilà toute ton ambition, la boussole de tes actions[2]. »

Telle est notre unique et identique volonté afin de contribuer, avec amour et fraternité, au rayonnement de l’authentique tradition willermozienne, et d’œuvrer à la Gloire de «l’Être éternel et infini qui est la bonté la justice et la vérité même qui, par saparole toute puissante et invincible, a donné l’être à tout ce qui existe ».

 

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[2] Règle maçonnique, Rituel du Grade d’Apprenti, 1802.


 

12/01/2013

"Universalité et intemporalité de la pensée de J.-B. Willermoz"

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Marseille - vendredi 25 janvier - 20 h

 

Centre d’étude et de recherche WJB

 

Renseignements : willermozjb@aol.fr

 

06/01/2013

Réédition des Correspondances de J.-B. Willermoz, du Prince Charles de Hesse-Cassel & de quelques-uns de leurs contemporains, de Gérard Van Rijnberk

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« Gérard Abraham van Rijnberk (1875-1853), abondamment cité et qui fut si souvent utilisé par ceux qui s’intéressèrent aux questions relatives à l’histoire de l’ésotérisme au XVIIIe siècle, reste pourtant, en règle générale, un parfait inconnu dans le monde de l’initiation, ce qui est pour le moins paradoxal lorsqu’on sait l’immense apport de ses recherches à la connaissance des domaines si prisés, et à juste titre d'ailleurs, par les âmes de désir. »

(Jean-Marc Vivenza, Extrait de la Préface, in Gérard Van Rijnberk, Épisodes de la vie ésotérique, réédition de l'édition Paul Derain, Lyon, 1949, avec une note de présentation d'Antoine Faivre, La Pierre Philosophale, 2013).

Renseignements et extraits sur le site de « La Pierre Philosophale » :

http://lapierrephilosophale.free.fr/lapierrephilosophale/...

02/01/2013

Jean-Baptiste Willermoz : "Ce n’est pas la religion et ses saints mystères que la plupart des chrétiens croient et professent"

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« Ce n’est pas la religion et ses saints mystères que la plupart des chrétiens croient et professent ; c’est l’idée fausse et peu réfléchie qu’ils s’en sont formés. Ce ne sont pas les rites mystérieux et les cérémonies virtuelles de la religion que les superstitieux pratiquent et vénèrent ; ce sont les faux préjugés, l’affection idolâtre pour une multitude d’actes et d’oraisons apocryphes que l’erreur, l’ignorance et le charlatanisme ont enfantés et qu’une crédulité aveugle a propagé. De même ce n’est pas la religion, ses mystères et ses cérémonies virtuelles que la plupart des incrédules méprisent et blasphèment, c’est l’absurdité des causes qu’ils leur attribuent et les fausses interprétations qu’ils leur donnent. Leur ignorance absolue des vérités chrétiennes, leur inaptitude complète à les concevoir par eux-mêmes ; les faux systèmes qu’ils ont conçus sur Dieu, l’homme et la nature actuelle ; leurs passions et leurs vices sont les seules causes de leur inconcevable aveuglement. Je dis aux premiers : ce n’est pas précisément ce que je crois qui est l’objet de votre foi crédule et opiniâtre ; et aux autres : Ce ne sont pas les grandes vérités que le vrai chrétien croit et professe qui sont l’objet de vos blasphèmes et de vos mépris. Heureux dans votre ténébreuse ignorance, que ce ne soit pas la vérité même que vous profanez et la lumière éternelle que vous foulez à vos pieds ! »


Jean-Baptiste Willermoz, Mes pensées et celles des autres, BM Lyon (Ms 5476)