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30/12/2012

« Pourquoi ne faut-il ni Aumônerie ni Aumôniers en Franc-maçonnerie ? »

A lire sur l’espace de nos amis de « Semper Rectificando », cette réponse aux assertions récentes du Grand Aumônier du Grand Prieuré des Gaules, « A Tribus Lillis », sur le site d’Un Orthodoxe d’Occident.

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http://semperrectificando.wordpress.com/2012/12/29/pourquoi-ne-faut-il-ni-aumonerie-ni-aumoniers-en-franc-maconnerie/

«  (…) l’entreprise de cléricalisation du GPDG, mise à mal par des déclarations de Jean-Baptiste Willermoz lui-même, qui prévint toujours constamment dans de nombreux courriers contre la place trop grande à accorder aux ministres de la religion et à ne surtout jamais mêler Classe symbolique et religion, a de quoi poser un sérieux problème au principal concepteur du projet. (cf.  Lettre à Achard, Lyon, le 23 Pluviose An 13, finie le 8 Ventose(17 au 27 février 1805), B.M. Lyon, MS 5456 / Lettre  à Bernard de Türckheim,  3 février 1783).

Elle s’oppose surtout aux positions constantes du fondateur du Régime rectifié, et à ce que soulignent à de nombreuses reprises les rituels de l’Ordre, singulièrement oubliés par l’actuel Aumônier du GPDG. »

 


28/12/2012

"Du moment qu'on mêlera la religion à la maçonnerie dans l'Ordre symbolique on opérera sa ruine"

(Publié par le Directoire National Rectifié de France[1], vendredi 28 décembre 2012)

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Jean-Baptiste Willermoz, pourtant fervent catholique mais avec une intelligence remarquable, avait compris combien il était extrêmement dangereux de mêler la religion avec la franc-maçonnerie, notamment dans les grades symboliques qui sont, et doivent rester, une propédeutique du christianisme, un séminaire prudent et mesuré dans lequel est développée une approche toute intérieure et intime des mystères de la Révélation.

Car la foi, et son corollaire, c’est-à-dire la rencontre dans le cœur avec le Divin Maître Réparateur, est un chemin constitué par le fruit de la réunion de l’âme avec le Ciel, réunion faite de mouvements constants, de variations qui sont la vie propre de l’esprit, esprit qu'’il ne faut surtout pas brusquer, ni auquel il ne convient d'imposer un rythme brutal, et encore moins contraindre sous le poids d’une dogmatique rigide qui n’a aucunement sa place au sein de l’initiation, d'autant que le christianisme auquel se réfère l'Ordre, selon Joseph de Maistre, relève du "christianisme transcendant" participant de vérités aujourd'hui oubliée par l'Eglise et que cette dernière regarde même comme des erreurs en les condamnant par ignorance, ainsi que l'explique Willermoz (Cf. Cahier D 5e , Bibliothèque Nationale de Paris, 1806-1818).

Lisons donc avec attention les sages conseils de Willermoz, pour s’y conformer et en observer les principes :

« Du moment qu'on mêlera la religion à la maçonnerie dans l’O. symbolique on opérera sa ruine ; je la vois même se préparer en plusieurs endroits par la multiplicité peu sévère [...] et par le zèle imprudent qui en vue du bien du prochain se livre a l'esprit de prosélytisme ; pour faire préférer notre régime nous mettons à découvert ses principes et son but particulier nos discours oratoires deviennent des sermons, bientôt nos Loges deviendront des églises ou des assemblées de piété religieuse....

[...]

Ce danger mon ami qui peut paraître chimérique est bien plus prochain qu'on ne pense, si on n'y met promptement ordre.... »

 

(Lettre de Willermoz à Bernard de Türckheim (1752-1831), du 3 février 1783,  in Renaissance Traditionnelle n°35, juillet 1978, p. 179[2]).



[1] http://directoirenationaldeslogesreuniesetrectifie.hautetfort.com/

[2] Cette lettre complète admirablement celle adressée en mai 1812 à Saltzmann, signalée par nos amis du site « Perit ut vivat » : http://peritutvivat.wordpress.com/2012/11/16/les-ministres-de-la-religion-traitent-de-novateurs-ceux-qui-soutiennent-la-verite-de-la-doctrine/

 

Pour Willermoz, la Franc-maçonnerie est un secret qui subsiste depuis que le monde est créé

(Publié par le Directoire National Rectifié de France[1], jeudi 27 décembre 2012)

profil02.jpgIl est clair, pour ceux qui se penchent avec attention sur le Régime Rectifié, que celui-ci oblige à un questionnement qui se poursuit fort heureusement toujours, conduisant à une découverte des extraordinaires trésors spirituels que nous léguèrent, au XVIIIe siècle, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) et les frères qui œuvrèrent avec lui pour édifier ce système maçonnique.

Dans un Discours inédit, daté de 1780, destiné à un Apprenti, Jean-Baptiste Willermoz précisait ceci, passage qui, de par sa pertinence, mérite d’être lu avec grande attention :

 

« La Maçonnerie est un secret qui subsiste depuis que le monde est créé. Ce secret a été remis de génération en génération jusqu'à nous, et le sera de même jusqu'à la fin des siècles. Ce secret est non seulement impénétrable aux profanes, il le sera même aux maçons tièdes, paresseux et légers ; être maçon, c'est donc chercher sincèrement à mériter d'être initié dans nos mystères. Pour avoir l'idée de cette recherche, il faut être guidé ; la nature se charge de nous inspirer ce sentiment. Tout homme naît avec le désir d'être heureux, tout homme naît avec le désir de la vertu.

 

Mais la nature seule ne suffit pas pour perfectionner l'homme, elle le sent bien, et l'excite elle même à consulter la raison. Celle-ci le reçoit et lui donne tous ses soins ; elle ne les refuse jamais à ceux qui s'abandonnent à elle.  Du concours des soins ou des impressions de la nature et de la raison se forme l'éducation. 

 

L’éducation de deux si excellents guides ne peut rien produire que de parfait. La perfection dans l'homme, c’est l’amour de la justice; notre troisième guide sera donc la sagesse.

 

La nature, la raison et la  justice veulent le bonheur de l'homme, non seulement dans l'autre vie, mais même dans celle-ci. Tout ce qui existe a été créé pour l'homme, il faut donc qu'il en jouisse, Mais il ne le peut qu'à titre de  grâce : sa puissance n'est qu'un dépôt, il a l'usufruit, il ne peut se croire le propriétaire. Il doit donc faire valoir ce départ il doit jouir de ses avantages, mais il ne peut se l'approprier, il doit toujours être prêt à y renoncer et ne point le regarder comme son seul bien.

 

Dès que l'homme rentre sérieusement en lui-même, il y trouve ce rayon de lumière que tous ont reçu, s'il fait cet examen avec le désir sincère de se connaître, de connaître son Auteur et la perpendiculaire qui les unit, si le désir le conduit à une pratique plus régulière de ce  qu'il connaît déjà de ses devoirs. (…) il est constant qu'avec de la sincérité et de la ferveur, l'homme se servira utilement de cette lueur pour parvenir à la Grande Lumière[2].»

Parvenir à la « Grande Lumière », tel est le but sacré de nos travaux, tel est le sens du chemin que nous sommes invités à effectuer au sein du régime Ecossais Rectifié, tel est l’objectif secret et également sacré que Jean-Baptiste Willermoz a placé au bout de l’initiation maçonnique.

 


[1] http://directoirenationaldeslogesreuniesetrectifie.hautetfort.com/

[2] J. B. Willermoz,  Discours savant et très lumineux pour la réception d'un  apprenti  franc-maçon, reçu d'Italie, originaire d'Allemagne, 1780.

 

 

Joseph de Maistre et le christianisme transcendant du Régime rectifié

(Publié par le Directoire National Rectifié de France[1], jeudi 27 décembre 2012)

Nous reproduisions ici quelques textes édités dans l’esprit de la refondation du Régime Rectifié, engagée à Lyon en décembre 2012, sur les principes définis et établis lors du Convent des Gaules en 1778.

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Joseph de Maistre (1753-1821) avait réuni divers documents dans une chemise intitulée : Illuminés. La principale pièce de ce dossier est le Mémoire au duc de Brunswick-Lunebourg, Grand-Maître de la Stricte Observance, à l'occasion du Convent de Wilhemsbad (1782).

Dans ce texte, Maistre expose ce qu’est la nature du christianisme professé par l’Ordre rectifié, et l’on voit sous la plume du comte chambérien, une approche novatrice, absolument non dogmatique de ce qu’est, et doit être, le christianisme soutenu par le Régime rectifié, c'est-à-dire un christianisme proche des mystères les plus intérieurs de la Foi chrétienne :


 

« Les Frères admis à la classe supérieure auront pour objet de leurs études et de leurs réflexions les plus profondes, les recherches de fait et les connaissances métaphysiques. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner jusqu'à quel point on peut établir par le simple raisonnement la vérité de la doctrine que nous professons.

Mais il n'est pas douteux que les découvertes de faits peuvent nous fournir les plus grands motifs de crédibilité. Toutest mystère dans les deux Testaments, et les élus de l'une et l'autre loi n'étaient que de vrais initiés. Il faut donc interroger cette vénérable Antiquité et lui demander comment elle entendait les allégories sacrées. Qui peut douter que ces sortes de recherches ne nous fournissent des armes victorieuses contre les écrivains modernes qui s'obstinent à ne voir dans l'Écriture que le sens littéral ?

Ils sont déjà réfutés par la seule expression des Mystères de la Religionque nous employons tous les jours sans en pénétrer le sens. Ce mot de mystère ne signifiait dans le principe qu'une vérité cachée sous des types par ceux qui la possédaient. Ce ne fut que par extension et pour ainsi dire par corruption qu'on appliqua depuis cette expression à tout ce qui est caché ; à tout ce qu'il est difficile de comprendre.

C'est dans ce sens que nous disons maintenant que la génération est un mystère et que Marc-Aurèle disait autrefois que « la mort est ainsi que la naissance un mystère de la nature ». C'est par cette raison que ce terme de Mystère n'étant plus assez significatif au gré de l'Église latine, elle inventa celui de Sacrement pour l'appliquer aux sept Mystères par excellence.

[…]

Il semble donc qu'on n'a besoin que d'un dictionnaire étymologique pour réfuter les partisans de la lettre. Mais comment pourraient-ils résister au sentiment unanime des premiers chrétiens qui tenaient tous pour le sens allégorique. Sans doute ils poussèrent ce système trop loin, mais comme, suivant la remarque de Pascal, les faux miracles prouvent les vrais, de même l'abus des explications allégoriques annonce que cette doctrine avait une racine réelle que nous avons trop perdue de vue.

De quel droit peut-on contredire toute l'Antiquité ecclésiastique qui nous laisse entrevoir tant de vérités cachées sous l'écorce des allégories ? « Les anciens interprètes de l'Église, nous dit saint Anastase le Sinaïte, ont envisagé le récit de Moïse sur l'ouvrage des six jours d'une manière allégorique et ils ont relevé diverses hérésies nées uniquement de ce qu'on avait trop pris à la lettre ce que la Genèse rapporte de Dieu et du Paradis terrestre ». Un autre écrivain ecclésiastique dit de même que « quelques hérétiques avaient soutenu qu'on ne devait pas donner au Vieux Testament un sens mystique et allégorique différent de celui qu'offrent les choses mêmes, mais que, si l'on suivait leur opinion, il en résulterait nécessairement une foule d'absurdités... qu'on doit expliquer les livres du Vieux Testament, non seulement d'une manière littérale, mais aussi d'une manière figurée et allégorique et en découvrir le vrai sens ».

Il est encore très remarquable que sur cet article la Synagogue ne pensait pas autrement que l'Église. — L'historien Josèphe nous avertit avant de traiter des antiquités de sa nation que « Moïse s'est expliqué allégoriquement lorsque son objet l'a demandé ; qu'il s'est aussi servi d'allégories quoiqu'avec beaucoup de retenue, et qu'il n'a dit à découvert que ce qui ne devait pas être caché ; en sorte qu'on s'engagerait à un long travail si l'on voulait démêler tout ce qui, dans ses livres, est relatif à ces différents objets ».

Mais un témoignage de tout autre poids, c'est celui du plus savant et du plus illustre des rabbins, de ce fameux Maïmonide surnommé Moses Ægyptiacus. « Ne vous laissez pas séduire, nous dit-il, par tout ce que les Sabéens racontent sur le premier homme, sur le Serpent, sur l'Arbre de la Science du bien et du mal, sur les vêtements qui n'avaient point encore été en usage, et ne pensez pas que ces objets aient réellement existé de cette manière. Jamais ils ne furent dans la nature des choses. Avec la plus légère attention vous apercevrez la fausseté de tout ce qu'ils disent à cet égard, et qu'ils n'ont imaginé qu'après avoir eu connaissance de notre loi et de l'histoire de la création ; car ils la prirent dans le sens littéral et ils en forgent ces fables... L'on ne doit pas avec le vulgaire prendre à la lettre tout ce qui est contenu dans le Bereshit ou l'histoire de la création. Sans cela les sages ne l'auraient pas enveloppée de tant de paraboles avec tant de soin, et ils n'auraient pas été si attentifs à empêcher qu'on en parlât à la populace ignorante. Car en la prenant dans le sens littéral, il en résulte des préjugés qui dégradent la nature divine, qui renversent les fondements de la loi, qui font naître les hérésies ».

Quel vaste champ ouvert au zèle et à la persévérance (…) que les uns s'enfoncent courageusement dans les études d'érudition qui peuvent multiplier nos titres et éclaircir ceux que nous possédons. Que d'autres que leur génie appelle aux contemplations métaphysiques cherchent dans la nature même des choses les preuves de notre doctrine. Que d'autres enfin (et plaise à Dieu qu'il en existe beaucoup!) nous disent ce qu'ils ont appris de cet Esprit qui souffle où il veut, comme il veut et quand il veut.

Mais que sommes-nous ? D'où viennent nos instructions ? Jusqu'à quel point cette question peut-elle nous intéresser ?

Y a-t-il d'autres sociétés qui possèdent nos connaissances en tout ou en partie ? »

(Joseph de Maistre, Mémoire inédit au duc de Brunswick, 1782).

 


[1] http://directoirenationaldeslogesreuniesetrectifie.hautetfort.com/


26/12/2012

Jean-Baptiste Willermoz à Achard : « Tôt ou tard, la Robe fait son métier… »

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« (…) C’est dans ces entrefaites que furent reçus dans la Loge les ffres Bernard, Mille Julien, etc. ; La Loge se félicita de leur acquisition parce que c’étaient des  ffres estimables et bien recommandables par leurs mœurs, leur probité, leurs talents et par beaucoup de bonnes qualités, sur lesquelles tous les ffres s’accordent à leur rendre justice ; mais on ne tarda pas beaucoup à déceler en eux un certain fanatisme religieux qu’ils ne prenaient pas même la peine de dissimuler, et qui, se mêlant bientôt aux affaires de la Loge et de la Maçie., n’en devint que plus rebutant pour tous ceux qui ne partageaient pas leurs Opinions exagérées. Le zèle rare et même outré qu’ils manifestèrent dans les Affaires de la Loge leur gagna la confiance intime du fre Ach… qui, connu dès longtemps pour un zélé Mesmerien, et un chaud partisan de la Cabale et des milles et une recettes et procédés ridicules s’ils ne sont pas impies qu’elle a enfanté, trouva dans ces ffres des Disciples soumis et tout disposés à le croire sur parole, et en fit des Adeptes. Dès lors il s’établit entre eux une union, si intime, si journalière, si exclusive que le Maître ne jura plus que par ses Disciples et ses Disciples par le Maître ; et persuadés de son infaillibilité, ne voient, n’entendent et n’agissent que par les yeux, les oreilles et les instigations de leur Oracle. »

« (…) Je vous observe aussi que l'acquisition d'un bon Prêtre est toujours précieuse pour une Loge, mais il faut se garder d’y faire abonder cette classe d'hommes, parce que tôt ou tard la Robe fait son métier ; et on a malheureusement presque toujours remarqué que là où elle abonde trop elle travaille à acquérir de l'influence, à y jouer un rôle, devient intolérante, et presque toujours, si elle le peut, dominatrice ; voilà pourquoi à Lyon on recevait dans le symbolique tout ceux qui méritaient d'être estimés, mais on ne portait aux derniers grades que ceux qui étaient plus longtemps et plus rigoureusement éprouvés. »


Jean-Baptiste Willermoz, Lettre à Achard, Lyon, le 23 Pluviose An 13, finie le 8 Ventose (17 au 27 février 1805), B.M. Lyon, MS 5456.

24/12/2012

Le Régime Ecossais Rectifié : une approche de désir et une tension vers l'Unité

 « Un scénario réparateur pour chaque homme, brisé en son cœur et en ses facultés, dans sa capacité à remonter vers l’Invisible et vers le Ciel. »


23/12/2012

Conférer au Régime Rectifié sa pleine dimension métaphysique

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Au cœur de ce que nous avons précédemment signalé – c’est-à-dire le réveil, en décembre 2012 à Lyon, dans sa forme primitive et non-obédientielle, d’un Directoire National Rectifié de France[1], bénéficiant des qualifications et de la transmission intégralement restituée du dépôt de la Maison-mère du Régime – se pose la question de la singularité structurelle et doctrinale de la maçonnerie willermozienne.

Elle n’implique évidemment pas de mise à distance de la qualité maçonnique, mais,  intrinsèquement liée à l’esprit de la Réforme de Lyon, confère à celle-ci sa pleine dimension métaphysique :

« (…) Jean-Baptiste Willermoz conçu et façonna le Régime Ecossais Rectifié comme une "rectification"  de toute la franc-maçonnerie écossaise, dotant son système d’une structure empruntant plus aux règles et formes des Ordres militaires de l’antique Chevalerie médiévale, comme en témoigne le Code des C.B.C.S., plutôt qu’aux conceptions de la Maçonnerie libérale défendues par les Constitutions de 1723. Ainsi, totalement étranger à cette perspective universaliste et faiblement religieuse, qui de plus ignorait absolument tout des éléments théoriques de la doctrine de la "réintégration", le Régime Rectifié posa, dès les premiers instants de sa fondation, des principes intangibles profondément différents du milieu maçonnique du XVIIIe siècle (…), situation que l’Histoire n’a pas démentie et qui perdure depuis lors, faisant que l’Ordre issu de la Réforme de Lyon, tire sa légitimité et sa "régularité" de sa fidélité observée face aux principes énoncés et arrêtés en 1778 lors du convent des Gaules[2]. »

Ce dont il ressort dans l’intention des initiateurs de la Refondation de décembre 2012 le souhait d’une réelle mise en conformité, lorsqu’il est précisé avec justesse que « l’Ordre issu de la réforme de Lyon, tire uniquement sa légitimité et sa "régularité", par delà les qualifications initiatiques de ses membres, de sa fidélité observée face aux principes énoncés et arrêtés en 1778 lors du Convent des Gaules[3] » (point I) ; laquelle observance est l'incontournable voie d’accès au projet willermozien :

« L’Ordre, du point de vue rectifié, entendu dans son principe le plus authentique, ni ne se réfère, ni ne participe d’une structure administrative et temporelle, mais relève d’abord et avant tout d’une dimension purement spirituelle » (point III).

Le dépôt spirituel, l’influence qu’il véhicule, est libre de toute contingence. A fortiori, lorsque la structure à laquelle en est confiée la garde, se rend coupable d’en altérer le contenu, et se voit rappeler son caractère transitoire, là où demeure le « Haut & Saint-Ordre ». Tel est l’enseignement des Instructions et des rituels willermoziens.

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Phénix - gravure de Friedrich Justin Bertuch, (1790-1830)

L’Ordre décida, en 1778 lors du Convent des Gaules, de faire du Phénix son symbole par excellence : « L'emblème général des Loges rectifiées de France, est un Phénix renaissant de ses cendres avec la légende ‘‘Perit ut vivat’’ » (Cf. Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées, 1778, ch. XVI). Le phénix ou phœnix (du grec ancien φονιξ / phoinix), est un oiseau légendaire, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé. Il symbolise ainsi le triomphe de la vie sur la mort, et est synonyme de résurrection, ou plus exactement pour la doctrine du Régime rectifié, de "réintégration" (source : Directoire National Rectifié de France)



[1] http://directoirenationaldeslogesreuniesetrectifie.hautetfort.com/

[2] Jean-Marc Vivenza, Histoire du Grand Prieuré des Gaules, Les Editions du Simorgh, septembre 2011, pp.199-200.

[3] « Les principes de l’Ordre en 10 points », http://directoirenationaldeslogesreuniesetrectifie.hautetfort.com/archive/2012/12/11/les-principes-de-l-ordre-en-10-points.html

21/12/2012

Enseignements et références littéraires, à la lumière d'une nécessaire refondation structurelle & clarification doctrinale du Régime Ecossais Rectifié

Plaidant pour une approche non-circonstanciée des sources de la Réforme maçonnique de Lyon.


Le reniement dramatique d’un héritage spirituel, ne peut être qu’un amer constat.

De ceux qui portent l’immense responsabilité de l’abandon du dépôt doctrinal du Régime Ecossais Rectifié, par la maison-mère de son réveil en 1935, au profit de pratiques cléricales et multi-rites étrangères à sa nature, l’histoire ne retiendra que les choix mondains, sans doute attisés par « un envahissement des forces profanes qui se sont emparées des domaines qui auraient dû, impérativement, se maintenir à distance des puissances de dissolution[1]. »

Au-delà de ces renoncements, autrement plus salutaires et marquantes, auront été ces productions littéraires, auxquelles nous convions (par-delà les sensibilités) le lecteur ; synthèses préservées de toute proposition philosophique de l’auteur[2] – envers lequel va notre reconnaissance pour le travail accompli –, reçues comme autant de clarifications doctrinales nécessaires et définitives, nous permettant, enfin, l’accès aux sources et à l’esprit même de ce patrimoine spirituel inouïe, héritier des pensées d’Origène, de Saint Augustin et de l’illuminisme européen, et « porté à incandescence » par celui qui en fut le génial ritualiste : Jean-Baptiste Willermoz.

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Le martinisme, l’enseignement secret des Maîtres – Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz, fondateur du Régime Ecossais Rectifié, Le Mercure Dauphinois, 2006

 





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Les élus-coëns et le Régime Ecossais Rectifié – de l’influence de la doctrine de Martinès de Pasqually sur Jean-Baptiste Willermoz, Le Mercure Dauphinois, 2010

 





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Jean-Baptiste Willermoz, fondateur du Régime Ecossais Rectifié, Editions Signatura, 2012

 





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La Doctrine de la réintégration des êtres – Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz à la lumière de la pensée d’Origène, La Pierre Philosophale, 2012.

 

 

 



[2] Jean-Marc Vivenza, né en 1957, philosophe et écrivain, étudia préalablement les penseurs néoplatoniciens (en particulier Damascius), de par son intérêt initial envers la question de la « non-substance », ce qui lui donna d’écrire un essai touchant à la notion « d'ontologie négative », engageant, dans le cadre de sa réflexion, une recherche approfondie au sujet du dépassement « méta-ontologique », tout en développant une interrogation générale à l'égard de la problématique de la vacuité. Ceci se traduisit par un examen des théories relatives au « rien » et au « non-être » (des néoplatoniciens à Heidegger en passant par s. Denys l’Aréopagite ou s. Jean de la Croix, jusqu’aux penseurs indiens et asiatiques), ce qui le conduisit à aborder la question de la « vacuité » dans l’œuvre de Nâgârjuna.

Il publie ainsi en 2001, chez Albin Michel, une analyse des positions du célèbre moine bouddhiste, étude intitulée « Nâgârjuna et la doctrine de la vacuité », puis, après l’écriture d’un « Dictionnaire de René Guénon », il s’oriente résolument, à la faveur d’un approfondissement des thèses de Jacob Boehme, vers l'ésotérisme occidental, abordant des auteurs comme Joseph de Maistre, Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin ou Jean-Baptiste Willermoz, l’amenant ainsi à produire plusieurs ouvrages portant sur les sources, historiques, spirituelles et doctrinales, de l’illuminisme initiatique.

(http://jean-marcvivenza.hautetfort.com/about.html)

17/12/2012

L’Esprit de la « Réforme de Lyon » : réveil du Directoire National Rectifié de France

« L’Ordre Rectifié (…) ne saurait de la sorte être, en aucun cas et d’aucune manière, de nature "obédientielle". »

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Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824)


Cette refondation, de nature transhistorique, signalée sur l’espace virtuel au titre de son Directoire national [1], n’engage pas la création d’un "Grand Prieuré" selon la conception moderne et très récente du terme. Il s’agit d’avantage d’un « retour au principe de l’Ordre, relevant autant du témoignage que du souci conservatoire », en fidélité au projet initial de la Réforme maçonnique de Lyon (convent des Gaules, 1778), réservant son œuvre à cultiver les mystères de l’initiation primitive, à « redonner à la notion d’Ordre la place centrale qu’elle n’aurait jamais dû perdre, tout en insistant sur le caractère fondamental de la doctrine qui forme, avec l’Ordre, un tout indissociable en une union étroite et intime. »

« L’aspect doctrinal définit le Régime rectifié, ce qui est une spécificité unique dans tout le champ rituel de la franc-maçonnerie universelle, et donne au système willermozien une nature à nulle autre pareille qui le distingue entièrement  des autres Rites maçonniques, lui conférant son caractère de voie dite « non-apocryphe » au regard des critères de la doctrine de la réintégration, dont l’Ordre est le seul dépositaire légitime depuis le XVIIIe siècle. » (Les Principes de l’Ordre en 10 points, § VI)

« L’essence de la rectification, outre un Rite original et une pratique spécifique s’exerçant en quatre grades formant la classe symbolique et un Ordre, dit "intérieur", d’essence chevaleresque distingué en un état probatoire d’Écuyer Novice et le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (C.B.C.S.), se caractérise par un enseignement fondé sur le "christianisme transcendant", christianisme non dogmatique fidèle à la loi de grâce de l’Évangile et aux vérités de la sainte religion chrétienne, mais relevant par des voies secrètes participant d’un tradition non ostensible, de la "sainte doctrine parvenue d’âge en âge par l’initiation jusqu’à nous." » (Les Principes de l’Ordre en 10 points, § VII)

« L’Ordre, qui se rattache à celui "primitif essentiel et fondamental qui lui a donné naissance", dont "l’origine est si reculée qu'elle se perd dans la nuit des siècles", est autosuffisant et complet. Il se pense et se considère comme l’aboutissement des connaissances mystérieuses de la franc-maçonnerie et possède à ce titre son essence propre travaillant à un but précis, expliquant pourquoi il est absolument non juxtaposable, et ne peut être inclus dans une organisation commune avec d’autres Rites sous quelques motifs ou prétextes aussi louables soient-ils. La volonté de rattachement à la notion originelle "d’Ordre rectifié"- dont l’objet est « d'aider à remonter jusqu'à l’Ordre primitif » - telle que pensée et établie lors du Convent des Gaules par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), ne saurait de la sorte être, en aucun cas et d’aucune manière, de nature « obédientielle » - conception étrangère à l’esprit de la rectification - mais purement et étroitement fidèle aux seuls critères du Régime rectifié. » (Les Principes de l’Ordre en 10 points, § VIII)

 

05/12/2012

Un janséniste lyonnais au XVIIIe siècle : Jean-Baptiste Willermoz

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Lyon, Hôtel-dieu, XVIIème siècle


Confessant, sans se rendre compte de ce que son affirmation peut avoir comme caractère de prétention exagérée en participant d’une ambition démesurée, qu’il cherche, depuis son apparition dans l’espace internet, « à interpréter, voire redresser la doctrine de Martinès de Pasqually » (merci pour elle !), celui qui n’y va pas par quatre chemins pour la tordre en tous sens, vient de publier des extraits d’une lettre de Jean-Baptiste Willermoz à Bernard-Frédéric de Turckheim, datée d’octobre 1785 [1].

L’initiative est louable, même si elle ressemble fort à une certaine dérobade après la sévère correction théorique qu’il vient de recevoir à propos de son interprétation de la doctrine de la création selon le Traité de la réintégration. On sent l’envie de passer à autre chose. Soit.

1) Willermoz  papiste

Willermoz insiste donc dans cette lettre au baron de Turckheim que l’on nous présente, sur un des buts de l’Ordre rectifié : ramener les chrétiens à l’unité perdue.

On ne relèvera pas l’erreur au sujet de la première citation, d’un texte attribué à Willermoz qui doit bien plutôt être une déclaration du Christ : « je suis un ; j’ai établi un seul culte sur la terre, et c’est celui-là seul qui m’est parfaitement agréable ; voilà pourquoi je veux ramenertous les chrétiens à cette unité essentielle de culte qu’ils ont défiguré et morcelé au grés de leurs passions. » Il est clair que ces paroles ne peuvent être celles du patriarche lyonnais.

Curieuse méprise.

Mais dans cette correspondance, ce qui est intéressant, c’est que Willermoz met en lumière la supériorité de Rome sur l’ensemble de la chrétienté en raison du choix du Christ d’instituer saint Pierre comme le chef des apôtres et de l’Eglise, et il le fait auprès d’un réformé avec une certaine insistance en des termes forts que n’aurait pas désavoué le très papiste Joseph de Maistre (+1821), parlant nettement d’une « primauté » de l’évêque de Rome « fondée sur l’Evangile », et ceci même si la papauté venait à présenter une image trouble, car « l’unité temporelle » de la chrétienté repose pour Willermoz uniquement sur le pape : « …la primauté d’un évêque sur tous les autres et sur tous les chrétiens ; […] est formellement établie dans l’évangile. Tous les apôtres furent égaux en caractère sacerdotal et en mission évangélique ; cependant ce fut à un seul que J.C. dit : « Vous êtes Pierre et sur cette pierre je fonderai mon église. » Ailleurs il dit au même et non aux autres « Paissez mes agneaux, paissez mes brebis ». Si ce n’est pas là un caractère de primauté essentielle, il n’y en aura jamais nulle part ailleurs.» [2]

 

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2) Willermoz place le concile au-dessus du pape

Cependant, après ce rappel d’adhésion au papisme romain, la suite nous montre un Willermoz en réalité profondément janséniste, puisqu’il place le concile au-dessus du pape, ce qui fut le cœur de l’argumentaire constant des augustiniens au XVIIIe siècle : « En soutenant l’opinionde la nécessité d’un chef visible des chrétiens, je ne confonds point le chef avec le centre commun de la chrétienté, dont j’ai parlé aussi, qui doit être seul juge compétent en matièrede foi. Or ce juge c’est l’église chrétienne assemblée en concile, formé par ses représentants essentiels. C’est celui-là seul qui peut légitimement interpréter le dogme et fixer la règle de foi des chrétiens. Si les conciles ne peuvent pas s’établir, dites-moi donc, je vous prie, quelle est la puissance sur la terre qui pourra maintenir l’unité de croyance dans la religion chrétienne, à moins que vous n’admettiez une inspiration immédiate du Saint Esprit pour chaque église en particulier. Vous nous reprochez, comme une erreur ou une faiblesse qui excite votre surprise, d’adhérer aux décisions de ces conciles. Ainsi comme malgré le désordre abominable de Sodome, dix justes eussent suffi pour sauver cette ville, nous pouvons à plus forte raison penser que dans ces conciles nombreux il s’agissait de conserver ou d’étendre la foi aux dogmes nécessaires, il y a eu dix hommes justes pieux et bien intentionnés, et que le Saint Esprit était au milieu d’eux. »

 

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Johann Lucas Kracker, Le Concile de Trente, 1778.


3) Willermoz formule des thèses jansénistes

Là, et ce texte est rédigé en 1785, on est en plein climat janséniste à Lyon, comme le démontre remarquablement Jean-Marc Vivenza dans son récent ouvrage [3] – première fois à notre connaissance qu’est étudiée, dans le cadre d’un texte du milieu ésotérique, la situation du diocèse de Lyon du temps de Willermoz - le cardinal Malvin de Montazet, qui dirigeait l’ensemble du lyonnais, esprit profondément acquis aux thèses de Port-Royal, ayant encouragé les « prêtres appelants », c’est-à-dire ceux appelant les fidèles à contester la bulle Unigenitus du Pape Clément XI de 1713. L’évêque de Lyon suivait en cela les évêques qui publièrent un « Appel » visant à la réunion d’un concile général, se regroupant sous le nom d'« Appelants », en se fondant dans cette démarche sur la « Déclaration des quatre articles de 1682 », votée par l'assemblée du clergé de France qui stipulait que le concile était supérieur au pape en matière de dogme.

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Antoine de Malvin de Montazet (1713-1788), archevêque de Lyon


La Déclaration des Quatre articles, rédigée par Bossuet, fut adoptée en 1682 par l'assemblée extraordinaire du Clergé du royaume de France, et affirmait en ses articles 3 et 4 :

- Le concile œcuménique, réunion de tous les évêques de la chrétienté, prend des décisions qui ont une valeur supérieure à celles du pape dont son autorité est donc limitée par celle des conciles généraux ;

- En matière de dogme, le pape n'est infaillible qu'avec le consentement de l'Église universelle.

Et cette affirmation de foi janséniste va si loin chez Willermoz, qu’après avoir décrit la valeur des formes de la piété (la Vierge Marie, les saints, les anges), l’importance des sacrements (confessions et extrême onction), et la grandeur du culte romain (messe), il insiste de nouveau, en accueillant favorablement la réaction de quelques frères réformés qui lui auraient déclaré : « …plusieurs églises protestantes se réuniraient, ainsi que nous, à la croyance de lacommunion romaine si cela pouvait se faire sans s’unir à la cour de Rome, pour laquelle onconserve un juste et invincible ressentiment qui rend toute union impraticable tant qu’elle nese réforme pas dans ses ambitieuses prétentions et qu’elle ne fera pas des sacrifices qu’elle ne veut pas faire. »

4) Willermoz ne parle à aucun moment des fondements de la doctrine dans cette lettre

Pourtant, contrairement à ce qu’on voudrait faire sortir de ce texte en forçant son sens et en exagérant sa portée par l’effet d’une vue particulière aisément décelable et au travers d’un prisme participant d’une conception partisane de l'oeuvre de Willermoz, dans cette lettre à Bernard de Turckheim le lyonnais en reste à des explications très évasives et superficielles au sujet de la doctrine de la Grande Profession, qui n’est pas vraiment abordée face à un interlocuteur qui manifeste des inquiétudes à son égard, et le fondateur du Régime cherche visiblement surtout à rassurer son correspondant, sans prendre le risque de s’engager dans des sujets qu’il sait être très délicats sur le plan dogmatique.

Ainsi à aucun moment, comme il apparaît, et contrairement au commentaire participant d’une opinion personnelle infondée auquel s’autorise celui qui prend l’initiative de la publication de cette lettre, et sans doute porté par l'enthousiasme d'une révélation personnelle l'entraînant à soutenir une vision restrictive et particulière de la doctrine willermozienne enfermant l'esprit des frères dans un mode de pensée unique et dogmatique bien éloigné par nature de l'approche initiatique, le patriarche lyonnais ne « met en lumière les principes et fondements spirituels « essentiels » de la Doctrine de l’Initiation de la Grande Profession de l’Ordre Rectifié » (sic), ainsi que le prouvent les termes littéraires et quasi ornementaux de sa lettre (« l’enchaînement ravissant » ; « prodigieux moyen » ; « chaleur de sentiment », etc.), qui n’abordent à aucun moment la doctrine proprement dite.

Les explications de Willermoz à Turckheim sur ce qu’il nomme la « doctrine de l’initiation », c’est-à-dire le doctrine de la Profession, traduisent bien plutôt le caractère allusif et presque fuyant de son discours, soutenant la thèse d’une origine inconnue des Instructions : « Vous aviez été frappé , comme je l’ai déjà dit, du caractère de vérité de la doctrine de l’initiation, de l’immense étendue et multiplicité des objets qu’elle embrasse, de l’enchaînement ravissant de toutes ses parties qui fournit une preuve de plus de la vérité et du prodigieux moyen qui a été employé pour nous en gratifier et pour éclairer par elle peut-être le monde entier ; vous éprouvâtes alors cette chaleur de sentiment qui la caractérise, ce que nous avions tous ressenti et nous remarquâmes avec autant d’étonnement que de satisfaction que vous étiez doué d’une intelligence rare qui vous faisait percer les points les plus obscurs et les plus difficiles de cette doctrine. »

De l’emphase, du style certes, mais pas la moindre once de doctrine dans ces lignes.

5) Willermoz un augustinien convaincu

En revanche, il est tout à fait net dans cette lettre, que Willermoz, fait siennes les thèses des augustiniens en matière de conception ecclésiale et de leur conviction que le concile est supérieur au pape : « je ne confonds point le chef avec le centre commun de la chrétienté…qui doit être seul juge compétent en matière de foi… l’église chrétienne assemblée en concile… », ce qui renforce plus encore l’analyse suivante de Jean-Marc Vivenza à propos du climat religieux dominant à Lyon, qui eut un influence directe et bien réelle sur le rectifié :

« Tel est le catholicisme, empreint de pénitence, de mortification, de bienfaisance et de prière, dans lequel baigna Willermoz, et dont sa pensée porte trace et est profondément imprégnée, catholicisme augustinien qui n’est pas du « manichéisme», soit un dualisme gnostique commun à la gnose des premiers siècles comme aux différentes expressions du néognosticisme contemporain, croyance métaphysique en l’existence de deux principes antagonistes qui s’opposent de toute éternité -, mais un christianisme très méfiant vis-à-vis du monde et de ses lois, peu enclin à considérer les créatures comme non soumises à l’emprise des mensonges du démon.

C’est donc dans ce climat participant d’un jansénisme quasi « officiel » défendu par Mgr Malvin de Montazet, et dans nul autre, que Willermoz, fervent catholique, vécut sa foi chrétienne et exerça sa piété religieuse. On ne s’étonnera donc pas d’en trouver trace dans la pensée du lyonnais, et de constater d’évidentes références aux thèses augustiniennes dans les écrits du fondateur du Régime Ecossais Rectifié, écrits qui font état d’une nette distance critique d’avec les réalités de ce monde et invitent à se libérer des vapeurs grossières de la matière pour parvenir, par la purification du coeur, aux « régions célestes » où demeure le saint Temple de l’Eternel : « Principe Suprême de tout ce qui existe, ton saint Temple n’estpoint dans cette région inférieure et matérielle et souillée ; ton trône est supérieur même auxrégions célestes, et tu en as imprimé le sentiment intime dans le coeur de l’homme. » (15 avril1788 – Willermoz, Mes pensées et celles des autres). » [4]

Conclusion

En effet, « on ne s’étonnera pas de trouver trace [d’un jansénisme quasi « officiel »] dans la pensée du lyonnais, et de constater d’évidentes références aux thèses augustiniennes dans les écrits du fondateur du Régime Ecossais Rectifié », et cette lettre destinée à Bernard de Turckheim de 1785, s’il en était besoin, par les positions anti-infaillibilistes gallicanesjansénistes très nettes à l’égard du pape qu’elle fait apparaître, le démontre de façon tout à faitincontestable.

Remercions donc celui qui nous donne, malgré l'aspect limité de ses commentaires et la rigidité dogmatique de son approche, de pouvoir en avoir la confirmation.

 

Hadrien D.


Notes.

[1] Fonds Maçonnique, BNU de Strasbourg, Ms 139, f°s 61-76.

[2] «Nous sommes donc fondés, tant sur une raison éclairée que sur l’Evangile, à penser que l’église chrétienne doit avoir un chef visible, et si les réformateurs ont cru pouvoir nier la primauté essentielle de l’évêque de Rome, qu’ils nous montrent donc ailleurs un plus légitime successeur de Pierre et nous le reconnaîtrons. Ne fut-il qu’un simulacre défiguré de ce qu’il doit être, nous l’adopterions - parce que ce simulacre serait toujours nécessaire pour le maintien de l’unité temporelle – en attendant que l’image devienne plus vraie et plus pure et qu’on nous la montre où elle sera. »

[3] La doctrine de la réintégration des êtres, « Appendice IV. Jean-Baptiste Willermoz, l’augustinisme et le jansénisme », La Pierre Philosophale, 2012.

[4] La doctrine de la réintégration des êtres, op.cit., pp. 215-216.

 

02/12/2012

Ce « second grade où tout se fait par six en ce qui concerne la loge ou l’universel, et par cinq en ce qui concerne en particulier l’aspirant »

Nos amis de Perit ut vivat[1], publient un court extrait d’une lettre de Jean-Baptiste Willermoz, que nous reproduisons ici avec leur aimable autorisation, suivi d’un échange, que nous synthétisons, indiquant quelques aspects de l’activation de ces éléments doctrinaux majeurs, à certains moments clefs de la transmission maçonnique.

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« Les Eléments de toute Corporisation quelconque ont été primitivement renfermés dans le Chaos ; au moment de son explosion et par le ministère des Agents secondaires qui y ont inséré un Principe de Vie passive, ils sont devenus les trois Eléments de la Matière Feu, Eau et Terre, ayant une destination future que l’homme a anticipée.

Voilà les Ténèbres qui proviennent de la Matière et ne sont point dans aucun cas une Lumière, car tout Esprit bon ou mauvais porte avec lui sa propre Lumière tant qu’il n’est point incorporisé dans la Matière où il la perd, ce qui expose l’homme égaré ou mal instruit à tant d’erreurs et de méprises dans ses visions.

Ainsi quand on parle des Ténèbres qui obscurcissent l’homme on veut parler des Ténèbres et de l’Obscurcissement de son intelligence et nullement de ce qu’on entend vulgairement par Ténèbres ou Lumière. »

(Jean-Baptiste Willermoz, Lettre à Turckheim, 12-18, VIII 1821).

Cette correspondance appelle les précisions suivantes :

« La prévarication d’Adam a fait descendre l’homme et toute sa postérité dans un monde, non pas émané, mais créé, et l’a fait descendre sous une forme matérielle différente de celle des mondes supérieurs où il avait été émancipé, nous montrant que la Création qui suivit la prévarication des premiers esprits n’a, et à aucun moment, été ni créée, ni placée dans un état glorieux ... » (Jean-Marc Vivenza, La doctrine de la réintégration[2]). Et ce qui est valable pour Adam, l'est pour les anges rebelles....on se reportera utilement à la seconde note du texte référencé, et reprise intégralement sur le site Le Cimetière d’Amboise[3].

Pour Jean-Baptiste Willermoz également, les esprits émanés sont lumineux et glorieux, et c’est leur incorporisation  dans la matière, qui leur fait perdre cette qualité lumineuse. Et cette différence est « ce qui expose l’homme égaré ou mal instruit à tant d’erreurs et de méprises dans ses visions... »

En conséquence, le mineur quaternaire, incorporisé dans un corps de matière ternaire, a été "métamorphosé" substantiellement.

Ce qui confère, dans les domaines propres à la maçonnerie willermozienne, une dimension essentielle à certaines transmissions, dont le grade de compagnon en particulier – figurant l’état d’expiation précédant le troisième état de l’homme –  en contient la clef active : ce « second grade où tout se fait par six en ce qui concerne la loge ou l’universel, et par cinq en ce qui concerne en particulier l’aspirant[4] » : « cinq : esprit démoniaque ; six : opérations journalières (…) » (Martinès de Pasqually, traité, 68) ; la séquence du rejet des métaux elle-même, n’est pas sans rappeler cette indication de la  Leçon de Lyon du 5 janvier 1776[5] :

« On veut seulement, par les métaux les plus connus qu’on a choisis au nombre de cinq, lui désigner l’être démoniaque quinaire dont il doit continuellement se séparer. Or, puisque la naissance de matière est la suite de la volonté mauvaise de l’être démoniaque, c’est faire alliance avec lui et lui rendre un culte que de porter nos désirs et nos affections vers cette matière (…). »

 



[1]« Tout Esprit porte sa propre Lumière tant qu’il n’est point incorporisé dans la Matière », in  http://peritutvivat.wordpress.com/, 29 novembre 2012.

[4] Instructions secrètes des G.P., fonds maçonnique, Ms. Turckheim 140.

[5] Les Leçons de Lyon aux Elus-Coëns, Dervy, Paris, août 2011, p.306.