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23/03/2015

Camille Savoire et les « derniers vestiges d’initiation occidentale »

A propos des Regards sur les Temples de la Franc-Maçonnerie et du 80e anniversaire du Réveil de 1935

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Inaugurant la « collection Archives & documents maçonniques », la réédition, chez nos amis de La Pierre Philosophale, des Regards sur les Temples de la Franc-Maçonnerie de Camille Savoire (1869-1951) est un événement. En premier lieu, parce qu’elle célèbre – et quel plus beau témoignage de pieuse fidélité ! –  le 80e anniversaire du réveil du Régime Écossais Rectifié (1935-2015), en ouvrant l’accès à celui pour lequel on croyait pouvoir se satisfaire, ces dernières années, d’une référence distante et convenue, au seul titre d’un héritage incompris, ou passablement revisité. On y découvre, pourtant, une pensée spirituelle raffinée, exigeante et honnête, dans le contexte d’un rationalisme dominant, chez ce médecin au départ agnostique, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites du Grand Orient de France (1923-1935), sensibilisé par son parcours, à l’esprit de la Gnose chrétienne – allant jusqu’à professer, au cœur de ses propres engagements, « un christianisme qui, pour se déclarer "ésotérique", ne cachait cependant pas sa foi dans le "Christ-Roi"[1] »  –, pour lequel s’imposa l’évidence que « le Rectifié, au fond, tant en raison de son essence que de par sa nature organisationnelle, se devait d’être pratiqué en-dehors des Obédiences en tant que système autonome[2] », et qui fut à l’origine de la constitution d’un « Grand Directoire des Gaules » dédié à ce projet, lors de la tenue de la Préfecture de Genèse du 23 mars 1935.

Mais surtout, cette réédition bénéficie d’une importante préface de Jean-Marc Vivenza, dont le contenu fera date, et qu’il conviendra, ces prochains mois, d’exploiter sur plusieurs thématiques.

Que la célébration de ce jour, nous permette dans un premier temps de souligner l’actualité de l’initiative de 1935, au titre du même élan proclamatoire, signalé à cette occasion sur le site de l’actuelle refondation du Grand Directoire des Gaules, sous les auspices du Directoire National Rectifié de France :

« Ainsi, malgré le rude combat qu’il devait mener pour inscrire dans la réalité le retour sur la scène de l’Histoire du projet willermozien, Camille Savoire, admirable de conviction et de ténacité, persuadé que le  système, arrêté lors du Convent des Gaules en 1778 et entériné en 1782 à Wilhelmsbad, doit et ne peut, de par son originalité organisationnelle, sa conception hiérarchique chevaleresque et sa spécificité initiatique et doctrinale, que vivre en dehors de structures maçonniques qui ne possèdent aucune qualification initiatique au regard du Régime rectifié, parvint à établir, envers et contre tout, ce qui était pour lui sans prix, l’indépendance absolue de l’Ordre[3]. »

 

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La réédition de l’ouvrage de Camille Savoire, préfacée par Jean-Marc Vivenza, auteur de l’Histoire officielle du Grand Prieuré des Gaules en septembre 2011.

 

Certes, les « renoncements successifs » qui, depuis 80 ans,  détournèrent le projet de 1935 de ses objectifs, sont saisissants, et notamment de la part du second Grand Prieuré dit « des Gaules » d’après-guerre, absorbé par la maçonnerie andersonnienne de tradition anglo-saxonne en 1958, pour finir, par un jeu de successives transformations, à partir de la décennie 1990, par opérer une métamorphose totale, en une Obédience pluri-ritualiste, dont les grandes orientations allaient être fixées par une « Aumônerie » (sic) de nature ecclésiale et fortement dogmatisante, chargée de « l’enseignement des principes religieux et spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes[4]. »

Ce renoncement est sans doute le plus visible. Il conduira d’ailleurs, au titre du respect des critères de la « Charte-constitutive » de 1935, au réveil du 15 décembre 2012 à Lyon, dont il est désormais possible de saisir les enjeux historiques, qui dépassent en éminence, les initiatives de ruptures obédientielles jusqu’alors tentées – et c’est, sans doute, l’une des grandes mises au point de cette étude – :

c’est bien de la remise intégrale du précieux dépôt dont il s’agit, lorsque ce réveil s’accompagna « de la transmission de la charge de la Grande Maîtrise issue de Camille Savoire (…). On retiendra que ce « réveil », car s’en est un du point de vue de l’Histoire maçonnique dans la mesure où le « Grand Directoire des Gaules » avait été mis en sommeil en septembre 1939 - cette désignation ayant été abandonnée -, fut fondé du point de vue des critères rectifiés, sur la transmission intuitu personæ de Grand Maître à Grand Maître depuis Camille Savoire, transmission qui est intervenue, entre l’ancien Grand Maître du G.P.D.G., Marcus i.O. Eq. Ab Insula Alba (démissionnaire du G.P.D.G., le 26 septembre 2009 en ayant refusé d’installer le nouveau Grand Maître élu, et qui pouvait donc transmettre sa charge en raison de ce refus), et Johannes-Marcus i.O. Eq. A Crucis Mysterio, lors de la cérémonie de « réveil » du Grand Directoire des Gaules le 15 décembre 2012, cérémonie de transmission ayant seule valeur de légitimité - principe évident comme il est connu sur le plan initiatique - puisque la substance de la transmission au sein du Régime rectifié ne relève pas d’une « propriété de structure », mais est établie sur la base d’une détention personnelle des titres et qualifications qui participent d’une nature non institutionnelle.[5] »

Aussi, disons-le clairement, au regard de la révélation qui est ici faite : bien plus périphériques alors, mais sans doute plus périlleuses et problématiques encore, nous apparaissent les initiatives frauduleuses qui, depuis la dernière guerre, s’attribuent la pratique intégrale, jusqu’aux classes « non-ostensibles », d’un « Rectifié » sans filiation réelle, dont il convient de souligner fermement le caractère illusoire, ne serait-ce qu’au simple titre de la vérité historique, mais dont hérite, pour sa plus grande déconvenue, une large sensibilité inter-obédientielle.

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Georges Bogé de Lagrèze (1882-1946) et Robert Ambelain (1907-1997)

 

La question du rôle de Georges Bogé de Lagrèze (1882-1946) est abordée, et notamment « son prétendu état de « Grand Profès », dont on sait qu’il n’est point renseigné sur le Registre de Genève, Grande Profession imaginaire donc, qu’il a ensuite transmise à Robert Ambelain (1907-1997), qui répandit cette « Profession » douteuse dénuée de valeur, et la fit prospérer dans les milieux initiatiques. » Concernant l’emblématique figure de ce dernier, il est rappelé que « Robert Ambelain, au nom de la prétendue Grande Profession de Lagrèze, écrivit, reproduisit, ou bien encore enrichit un Rituel transformant la réception de Profès et Grand Profès en une sorte « d’ordination », ce qui n’a absolument aucun rapport avec l’admission au sein de la Classe secrète basée sur un Rituel participant d’un extrême dépouillement consistant surtout en la lecture des Instructions secrètes, comme cela fut établi et codifié par Jean-Baptiste Willermoz (Cf. B.M. Lyon, Ms. 5.475 & Ms. 5,916).[6] »

« Que veulent constituer les artisans du réveil du Rectifié ? », se demandait Camille Savoire, invitant à la pureté des intentions, tout comme à l’accomplissement des seuls devoirs. « Les Temples de la Franc-maçonnerie est un ouvrage d’actualité initiatique », nous est-il indiqué.  Il importe de l’aborder ainsi, dès lors qu’il inspire la volonté d’en écarter les principaux écueils l’ayant pratiquement conduit à sa ruine.

A lire sur le sujet :

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« Camille Savoire et les Temples de la Franc-maçonnerie : vie,  pensée et parcours initiatique d’un franc-maçon du Régime écossais rectifié. »

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Le Régime Écossais Rectifié de son «Réveil» à sa «Refondation» historique !

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« Camille Savoire et « l’esprit » de la Gnose spiritualiste. »

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Observaciones sobre los Templos de la Franc-Masonería.- Camille Savoire

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Camille Savoire y los “últimos vestigios de iniciación occidental”

 

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« Le vieux monde s'effondre et marche à grands pas vers sa ruine » (Camille Savoire)

 

 



[1]Camille Savoire, Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie, présenté par J-M.Vivenza, éditions La Pierre Philosophale, mars 2015, Préface,p. 66. On se souviendra, à ce titre, de la très courte analyse, aberrante et fort peu aimable, du R.P. Jean-François VAR, ancien "Grand Aumônier" du Grand Prieuré des Gaules et qui, sur le blog dédié à sa charge ministérielle ("Un Orthodoxe d’Occident"), se questionnait sur un « Camille Savoire chrétien ? » (sic), pensant refermer le dossier par une douteuse injonction qui fut la marque de la faillite d’un système argumentaire : « Si c’est cela le christianisme, moi je suis fakir ! ».

[2] Ibid., p. 36.

[3] « 8O° Anniversaire du "Réveil du Régime Écossais Rectifié en France (1935-2015) », Directoire National Rectifié de France, http://www.directoirerectifiedefrance.org/?page_id=576

[4] Statuts Civils, Constitution & Règlements Généraux du Grand Prieuré des Gaules – Ordre des Chevaliers Maçons Chrétiens de France, Ordre des Francs-Maçons Chrétiens de France, Livre VII, Titre 1, 2005, p. 54.

[5] Op. cit., préface, pp. 73-74.

[6] Op. cit., préface, p. 50, et note 63.