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19/11/2017

Les « Grands Prieurés » rectifiés français au XXe siècle : « L’uniformité contre l’unité »

 

« Il y eut un temps où le G.P.D.G., jusqu’à ce que le venin de l’oubli des critères willermoziens ne s’impose à lui, parlait des "Grand Prieurés rivaux" pour évoquer les différentes composantes de la "famille rectifiée". »

Cornelis Anthonisz, La Tour de Babel (1547).jpg

« Ignorant les véritables lois de l’Ordre, ils en ont créé d’arbitraires, qui favorisent leur ambition et leur cupidité ; ils en ont porté dans ces nouvelles et nombreuses sociétés le goût pour l’indépendance et les plaisirs bruyants (…) »

Code Maçonnique des loges réunies & rectifiées (1778)

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 Jean-Marc vivenza, Histoire du Régime Écossais Rectifié, des origines à nos jours (2017). A propos de l’Appendice IV, consacré aux « Grands Prieurés Rectifiés français au XXe siècle » (pp. 395-405)

 

Une « présentation détaillée, complète et approfondie, des différentes périodes de l’histoire du Régime Écossais Rectifié », fidèle à sa perspective doctrinale et organisationnelle propre, impliquait que soit précisée, de manière systématique  et factuelle, la délicate question des Juridictions rectifiées françaises, « formées sur le modèle de l’autoproclamation illégitime », et posant « des problèmes délicats du point de vue des principes de l’Ordre, quoique nous n’ignorons pas, précise Jean-Marc Vivenza, qu’elles crurent répondre à des nécessités qui eurent, en leur temps, leurs raisons propres, mais dont le résultat sur l’état général du Régime rectifié a conduit à l’état d’anarchie objective et de totale confusion que l’on connaît aujourd’hui. » :

« Ces Grands Prieurés trouvent bien sûr leur origine, plus ou moins lointainement, dans la ligne « héréditaire » du réveil entrepris au XXe siècle par les Frères Ribaucourt, Bastard et Savoire, réveil qui aboutira à la réédification complète du Régime lors de la constitution du Grand Directoire des Gaules en mars 1935, acte de réédification qui participe d’un aspect providentiel de l’Histoire, et qui désormais, lui seul est porteur de la légitimité de l’Ordre. Ainsi, il est évident que les diverses initiatives de fabrication de « Grands Prieurés » par les Obédiences, auxquelles on a assisté depuis des décennies, ceci à la seule fin de pouvoir disposer d’une structure capable de gérer le « Rite » au profit de telle ou telle structure ou puissance maçonnique fonctionnant sur le modèle andersonnien, sont entièrement dénuées de validité sur le plan des critères rectifiés, et ont largement contribué à produire le chaos objectif constaté aujourd’hui. »

Ainsi, et afin d’illustrer ce constat, sont méthodiquement passées en revue, les principales initiatives obédientielles, ou agrégations d’établissements pratiquant le « Rite », en vue d’autoproclamer, soit  un « Grand Prieuré » national – conception étrangère au Code de 1778, pour lequel les trois provinces françaises doivent être placées sous l’autorité d’un Grand Directoire national – , soit une juridiction de nature provinciale dénuée de toute filiation sérieuse et prérogative légitime.

Et il s’avère, à l’examen, que c’est bien ce principe de l’autoproclamation et de l’inversion du schéma constitutif ordinal,  qui préside systématiquement à la constitution de ces juridictions, comme il est aisé de le constater à l’énoncé des faits – et nous retiendrons, ici, l’exemple chronologique des structures actuellement actives,  les plus représentatives de cette situation –  :

- En février 1959, trois Loges de Saint-André attenant à des loges de la G.L.N.F.-Opéra, obédience multi-rituelle constituée à partir d’une scission de la G.L.N.F. en février 1958, constituent un « Grand Collège Écossais ». Élevées en octobre 1960 au statut de « Commanderies », ces Loges fondent ensuite une « Préfecture de Neustrie », dédoublée en deux préfectures complémentaires, « conditions que l’on jugea suffisantes pour que soit créé le Grand Prieuré de France », réorganisé en « Province d’Auvergne » en janvier 1994, couronnant ainsi l’exemple caractéristique d’une inversion intégrale du schéma constitutif prévu par les Codes du Régime.

- En 1974, est fondé un ensemble dénommé « Grands Prieurés Unis des Trois Provinces », « dans le prolongement de la L.N.F. » – fédération de Loges et de Rites, née d’une scission … de l’Obédience G.L.N.F.-Opéra en 1968 ! –, « initiative (…) sujette à caution (…), venant grossir le nombre de ceux déjà existant, baptisé d’un nom pluriel dans le souci néanmoins louable de correspondre à l’organisation historique du Régime lors du Convent des Gaules de 1778, quoique pourtant dépourvu de toute légitimité pour procéder à cette création sur le plan des règles de l’ordre spécifiées dans les deux codes fondateurs. »

- En 1995, des membres du Grand Prieuré des Gaules et de la G.L.N.F. fondent un « Grand Prieuré Réformé et Rectifié d’Occitanie », dont il convient de souligner « le caractère douteux de sa constitution », prenant l’initiative du « réveil » d’une province éteinte avant la Révolution, en allant « chercher une légitimité auprès d’un Ordre, lui-même recréé ex-nihilo, de Stricte Observance Templière (…) ».

- En 1998, une réforme du Grand Collège des Rites du Grand Orient de France, donne naissance, à un « Grand Prieuré Indépendant de France », dans le cadre juridictionnel d’une Obédience se définissant comme « Gardien & régulateur de tous les rites pour la France » [sic],  ayant substitué un lourd « Règlement Général » aux codes du Régime, et qui semble avoir « oublié », indique l’auteur,  que si cette dernière avait été signataire de « Traités » avec les directoires des Provinces françaises, ces derniers ne lui avaient jamais conféré de « possession sur le Rite », « quoique le prétende fallacieusement cette Obédience, le contenu effectif des Traités historiques qui lièrent le G.O.D.F. et les Directoires Rectifiés en 1776, 1781 et 1811, montrant explicitement l’établissement de simples dispositions administratives entre le Grand Orient et les Directoires de l’Ordre qui conservaient toute autorité sur le R.E.R. »

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Le relevé de ce qui est désigné dans cet Appendice comme formant les composantes  de la « riche arborescence » actuelle des différentes juridictions rectifiées francophones – considération aimable, mais qui ne peut, au titre  de l’observation de la réalité objective, faire l’économie de ce qu’elles posent comme « problèmes délicats du point de vue des principes de l’Ordre » –, signale également d’autres initiatives, placées sous les auspices d’autres Obédiences – le « Grand Prieuré de France » pour la G.L.N.F, à partir de juillet 2000, ou le « Grand Prieuré Féminin de France » [sic] pour la G.L.F.F. (2007) –, et les différents élans protocolaires auxquelles elles donnèrent lieu – parmi lesquelles, ceux indiquant, au nom de « références communes » [sic],  qu’elle est la « bonne conduite » [re-sic !] à tenir (selon la terminologie retenue par une « Charte » signée en décembre 2008, dans la salle du Conclave du Palais des Papes, en Avignon !)[1] –.

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Jean-Marc Vivenza écrit :

 

« Une constatation s’impose donc, après cet examen de ce que sont et d’où proviennent les différents Grands Prieurés constitués en parallèle du Grand Directoire des Gaules après 1935, c’est celle de l’extrême diversité actuelle de l’expression rectifiée pour un Ordre qui, pourtant, prit un soin spécial au XVIIIe siècle à codifier sa pratique et l’édification de ses établissements en vue de son « unité », ce qui n’est pas le moindre de ses paradoxes.

Espérons en conséquence, malgré l’état de servitude dans lequel se trouve le Rectifié, otage des Obédiences et dans l’incapacité de se constituer pour l’instant en corps indépendant et autonome, que la Divine Providence, qui sait comment agir pour que la « tension vers l’Unité » qui caractérise l’aspiration spirituelle du Régime soit un jour réalité, fasse que de la naturelle « unité nationale linguistique déjà existante, on accède au « corps national » de l’Ordre parlant la même langue et surtout d’une seule voix, placé sous la même forme organisationnelle sous l’autorité des Directoire des Provinces, en conservant constamment à l’esprit cette règle qui, sans doute, pourrait servir de fil d’Ariane et s’avérer fort précieuse dans ce chemin commun à la « nation » rectifiée francophone en direction de l’Unité du Régime. » (pp.403-404)

 

A lire :

 

Histoire du Régime Écossais Rectifié des origines à nos jours

Lumières et vérités, sur l'histoire, les origines, le but 

et l’état contemporain de l’Ordre

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Entretien avec Jean-Marc Vivenza à propos de « L’Histoire du Régime Écossais Rectifié » :

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[1] L’observation des différentes étapes de ce morcellement du Régime, pourrait ne prêter qu’à un sentiment de tristesse, mêlé de l’espérance à un retour prochain de l’unité constitutive du projet willermozien lui-même. On restera toutefois songeur, face au niveau de désorientation abyssale des structures inféodées aux Obédiences maçonniques, ayant prétention à exercer une légitimité historique sur le R.E.R, à l’observation des différentes réactions accompagnant la mise en lumière, en décembre 2012, de la filiation ininterrompue de Camille Savoire, la note 433 de l’ouvrage (pp. 363-364) citant le « florilège non exhaustif » des « Ordonnances » et « Communiqués », ayant accompagné cette annonce, prononcés à l’encontre d’un Directoire qui, au regard de l’Histoire et des principes du Régime, devrait être en réalité le seul qualifié, en France,  à définir les critères d’authenticité et de légitimité.

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