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24/01/2016

"Les temps sont passés (…) où l’obligation maçonnique n’était qu’un jeu de mots, et les cérémonies de réception qu’un amusement puéril et souvent indécent" (Code Maçonnique des Loges réunies & rectifiées, 1778)

Quelques propos et rappels nécessaires, concernant l’unité hypothétique des rites « écossais »

 

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« L’objet de la Révélation divine est toujours d’ordre religieux. Il ne s’encombre ni du fatras cosmologique, ni des spéculations métaphysiques dont sont chargés les livres sacrés de la plupart des religions anciennes (ainsi les Védas de l’Inde et les œuvres gnostiques, ou même certains apocryphes juifs). Dieu révèle ses desseins, qui tracent pour l’homme la voie du Salut ; il se révèle lui-même, pour que l’homme puisse le rencontrer. » (Vocabulaire de théologie biblique, Cerf, 1962, p. 928)

 

Par delà l’éventuelle identité d’origine des Rites Écossais « Ancien & Accepté » et « Rectifié », s’agissant de leur possible source commune que serait le « Chapitre de Clermont », il convient de conserver en mémoire – d’où certaine similitude que l’archaïsme caïniste de l’ancien et accepté, ignorant la sainte doctrine, ne perçoit évidemment pas en raison de son incapacité à accéder vers de tels domaines mystiques et métaphysiques -, que l’écossisme, représente cependant une tendance au sein de la maçonnerie, qui est, en effet, une source commune avec le Régime rectifié, puisque cette source a pour origine le Chevalier de Ramsay (1686-1743), reçu en 1730 à la Horn Lodge qui, dans son célèbre « Discours » dont la première version est de 1736, prononcé en tant que Grand Orateur de la Grande Loge, eut l’idée magnifique de rattacher la maçonnerie écossaise aux Ordres médiévaux de chevalerie, et aux Templiers.

Ramsay fit appel aux Frères de « bonne volonté » afin de remettre de « l’ordre au sein du chaos » et d’établir à cette fin une nouvelle chevalerie initiatique qui sera à la base de ce que l’on désigne sous le nom de « Hauts-Grades », et qui seront, avec la Stricte Observance, "l’Ordre Intérieur" d’essence chevaleresque que nous connaissons aujourd’hui.

 

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Il est utile de rappeler que  l’expression : « Ordo ab chao », qui deviendra la devise même de « l’écossisme » ancien et accepté, provient de Ramsay, le secrétaire de Fénelon (1651-1715), puis l’intime de Madame Guyon (1648-1717) - un Ramsay qui se rendit en 1707 à Cambrai où il se mit au service de Fénelon dont il devint l’ami et le secrétaire, se convertissant à son contact au catholicisme (Fénelon, à cette époque, vivait retiré dans son diocèse, faisant les frais de l'emportement « anti-quiétiste » et de l’atmosphère générale de suspicion à l'égard de la mystique d'abandon) -, et que son idée, exposée en 1736, est nourrie des idées de la mystique abstraite ainsi que des conceptions politiques de « l’Imperium Europa » - traduites en termes « guelfes » par le savoisien Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, Joseph de Maistre (1753-1821),  Josephus Eq. A Floribus, qui se souviendra dans son ouvrage "Du Pape", que cette perspective, en un mode plus discret, mais non moins européen, se trouve au cœur du projet organique de l’Ordre fondé en 1778 à Lyon par Jean-Baptiste Willermoz.

Néanmoins, il convient de l’affirmer en toute honnêteté, et même si nous devons le faire à contretemps de l’uniformisation « convenable » de l’actuel discours maçonnique, le projet des expressions contemporaines de l’écossisme en diffère nettement : le Mystère surnaturel de l’Évangile, s’y trouve dissimulé, dans l’échelle graduelle de ses récits symboliques, comme une « possibilité » anecdotique, un « rameau détaché  du tronc  commun[1] » de l’héritage mythologique composite de l’humanité ; la confusion babélienne et l’illusion prométhéenne y dominent, le faisant culminer en ses « sommets », avec la perspective dominatrice d’un « Saint-Empire » perméable aux éléments de la Modernité, où se profile l’ombre inquiétante de la lignée caïnite et du meurtre. Il ignore évidemment – est-il nécessaire de le rappeler ? – la perspective du Salut et, plus encore, celle de la réintégration de l’homme dans ses primitives propriétés et son essence divine, fondatrice des Instructions  willermoziennes, ce qui lui confère son caractère « apocryphe. » Et désignant ceux qui « ont surchargé leurs cérémonies de nouvelles productions toujours plus chimériques et plus absurdes les unes que les autres[2] », la Réforme maçonnique de Lyon, rejette avec vigueur,  les éléments de cette « source entachée et qui plus est, réprouvée par l’Éternel[3]. »

On ne peut être plus clair.

Au titre de ce sursaut, on ne négligera pas ce clin d’œil de l’Histoire, lorsqu’une nouvelle initiative, plus tardive, se fit jour :

« Paris, le 20 juin 1910

[…]  Nous, chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte du régime Écossais R. et Templier, 33° inscrits comme tels au Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien et Accepté de Suisse, membres actifs de la Maçonnerie régulière en France et faisant partie de ses Ateliers supérieurs (GO et REAA) : Informons le plus fraternellement le GODF de ce qui a été fait, afin que les dispositions du Traité de 1811 nous soient fraternellement appliquées. Les Droits Maçonniques au réveil régulier de nos Loges sont exposés dans notre Patente ci-jointe concernant la collation des Hauts-Grades de notre ordre.

Veuillez agréer…

Le Préfet délégué de l'Ordre Dr Camille Savoire, CBCS, 33°

Le Commandeur, Dr E. de Ribaucourt, CBCS, 33°

Dr G. Bastard, CBCS, 33° »

 

Il est donc temps, en cette période inversée – singulièrement marquée par les forces ténébreuses de la contre-tradition – , de rendre son sens dialectique à la devise de l’écossisme, en lui redonnant, dans ce monde où "l’ordre" (sic) est devenu une abomination obscure et les voies initiatiques des antres infectées par les miasmes de l'Adversaire – qui plus est frappées et dévoyées en diffusant la plus totale corruption spirituelle – , sa capacité ontologique véritable :

 

« Chao ab Ordo » !

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[1] René Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, 1921

[2] Extrait du Code Maçonnique des Loges réunies & rectifiées (1778) qui indique, en son introduction, que « des Maçons de diverses contrées de France, convaincus que la prospérité et la stabilité de l’Ordre Maçonnique dépendaient entièrement du rétablissement de cette unité primitive (…), enhardis dans leurs recherches par ce qu’ils avaient appris sur l’ancienneté de l’Ordre des Francsmaçons, fondé sur la tradition la plus constante, sont enfin parvenus à en découvrir le berceau ; avec du zèle et de la persévérance ils ont surmonté tous les obstacles et en participant aux avantages d’une administration sage et éclairée, ils ont eu le bonheur de retrouver les traces précieuses de l’ancienneté et du but de la Maçonnerie. 

[3] Jean-Marc Vivenza, René Guénon et la tradition primordiale, éditions du Simorgh, 2012, p.20

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