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21/04/2014

Jean-Baptiste Willermoz : "à égale distance de l’athéisme et du cléricalisme"

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La refondation du Régime Rectifié en France, unissant, le 15 décembre 2012, et dans un même élan proclamatoire, les sensibilités willermoziennes issues des grandes structures nationales, a rappelé l’essence de la rectification, qui « se caractérise par un enseignement fondé sur le christianisme transcendant, christianisme non dogmatique fidèle à la loi de grâce de l’Evangile et aux vérités de la sainte religion chrétienne, relevant par des voies secrètes participant d’une tradition non ostensible, de la sainte doctrine parvenue d’âge en âge par l’initiation jusqu’à nous », et participant d’un Ordre qui se rattache à celui « primitif essentiel et fondamental qui lui a donné naissance », et dont « l’origine est si reculée qu’elle se perd dans la nuit des siècles. » (Les Principes de l’Ordre en 10 points, Directoire National Rectifié de France-Grand Directoire des Gaules, Lyon, le 15 décembre 2012).

Les Instructions du Régime désignent parfois, de façon moins allusive encore, les sources fondatrices de cet enseignement singulièrement audacieux du point de vue des critères ecclésiaux, comme lorsque, dans le Noviciat de la classe chevaleresque, nous voyons situées ces « connaissances sublimes » dans cette essentielle indication de Jean-Baptiste Willermoz : « Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu'au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu'à cette époque le souvenir s'en est affaibli, et que ce qu'il restait d'initiés se retirèrent dans le secret [1] » ; précision chronologique qui renvoie assurément aux  décisions conciliaires de Constantinople II (553), condamnant le témoignage origéniste du « sens spirituel » de la sainte Ecriture.

Nous savons les réserves, pour ne pas dire la franche hostilité, que ces références au contenu des Instructions, peuvent susciter au sein même de structures a priori issues de la pensée martinésienne.  Et, de ce point de vue, l’édition par J.-M. Vivenza de L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, est l’occasion d’une note qu’il nous paraissait important de relever : tout comme la sensibilité du théosophe d’Amboise, la pensée willermozienne se retrouve, par cette posture, « à égale distance de l’athéisme et du cléricalisme, elles l’éloignèrent identiquement des adversaires de la religion, comme de la rigidité des fidéistes incapables de dépasser la lettre des conciles, s’accrochant, tant sans doute de par l’effet d’une relative fermeture à l’égard des vérités transcendantes issues de la doctrine secrète, que par éloignement des régions spirituelles auxquelles elle est liée, en une illusoire « intangibilité » des dogmes[2] » :

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[note 201] – Sur ce point, nous rappellerons que le caractère prétendument « intangible » (sic) du dogme – proposition éventuellement admissible dans le cadre des domaines propres à l’Eglise institutionnelle où les sourcilleux conservateurs des décrets ecclésiastiques sont attentifs à ce que soit observé un scrupuleux respect à l’égard des définitions conciliaires - , relève d’un caractère singulièrement éloigné du véritable esprit du christianisme transcendant propre à la doctrine de l’illuminisme, et nous avons déjà eu l’occasion de souligner en quoi, cette approche fixiste, légaliste et rigide, que l’on a pu, hélas, étrangement observer en des régions où normalement elle n’aurait jamais dû avoir sa place, est totalement incompatible et radicalement étrangère à l’essence même de l’authentique voie de sapience théosophique, spéculative et mystique, qui caractérise l’ésotérisme chrétien.

L’intangibilité dogmatique n’a pas sa place dans les voies initiatiques.

D’ailleurs, elle ne l’a pas, sa place dans les voies initiatiques, cette « intangibilité dogmatique » - ce qui participe d’une grande sagesse – de par la décision même du fondateur du Régime qui puise à des sources doctrinales identiques à celles de Saint-Martin, ce sur quoi nous croyons utile d’insister avec fermeté au cas où cela serait nécessaire à quelques mémoires oublieuses des principes de l’initiation willermozienne, comme il est explicitement énoncé dans un des Rituels de l’Ordre : « Malgré tous ces rapports de l’institution primitive avec la religion, les lois maçonniques interdisent expressément dans les Loges toutes discussions sur les matières de religion (…). Cette règle est infiniment sage et doit être bien conservée, car nos Loges (…) ne sont point des écoles de théologie (…). En supposant même que le terme final de l’institution maçonnique pût donner à ceux qui l’atteignent des lumières suffisantes pour résoudre précisément les questions et discussions qui auraient pu s’élever entre les Frères s’il leur était permis de s’y livrer, où serait, dans les Loges symboliques, le tribunal assez éclairé pour apprécier leurs décisions et les faire respecter ? Ainsi donc, nous le répétons, les lois qui interdisent expressément toutes discussions sur ces matières sont infiniment plus sages et doivent être rigoureusement observées. » (Cf. Jean-Baptiste Willermoz, Instruction finale, in Rituel de Maître Ecossais de Saint-André, Ms. 5922/2, Bibliothèque de la ville de Lyon, 1809). Mais, comme si cet avertissement solennel ne suffisait pas, il se trouve que sur ce sujet, précisément, nous rejoignons entièrement Joseph de Maistre, que l’on ne pourra évidemment accuser d’être un « ennemi de l’Eglise », qui ira jusqu’à soutenir, à propos des dogmes, ce à quoi nous adhérons pleinement, que les définitions dogmatiques des conciles furent toujours imposées à l’Eglise, et qu’elles « cachent », plus qu’elles ne protègent, la Vérité : « Le Nouveau Testament, postérieur à la mort du législateur, et même à l’établissement de sa religion, présente une narration, des avertissements, des préceptes moraux, des exhortations, des ordres, des menaces, etc., mais nullement un recueil de dogmes énoncés en forme impérative. Les évangélistes, en racontant cette dernière Cène où Dieu nous aima JUSQU'A LA FIN, avaient là une belle occasion de commander par écrit à notre croyance ; ils se gardèrent cependant de déclarer ni d’ordonner rien. On en lit bien dans leur admirable histoire allez, enseignez ; mais point du tout : enseignez ceci ou cela.

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Pour le catholique Joseph de Maistre, jamais il n’y eut d’idée plus creuse que d’aller chercher dans les saintes Ecritures la totalité des dogmes chrétiens.

Si le dogme se présente sous la plume de l’historien sacré, il l’énonce simplement comme une chose antérieurement connue. Bien loin que les premiers symboles contiennent l’énoncé de tous nos dogmes, les chrétiens d’alors auraient au contraire regardé comme un grand crime de les énoncer tous. Il en est de même des saintes Ecritures : « jamais il n’y eut d’idée plus creuse que celle d’y chercher la totalité des dogmes chrétiens : il n’y a pas une ligne dans ces écrits qui déclare, qui laisse seulement apercevoir le projet d’en faire un code ou une déclaration dogmatique de tous les articles de foi » (…) Jamais l’Eglise n’a cherché à écrire ses dogmes ; toujours on l’y a forcée. La foi, si la sophistique opposition ne l’avait jamais forcée d’écrire, serait mille fois plus angélique : elle pleure sur ces décisions que la révolte lui arracha et qui furent toujours des malheurs, puisqu’elles supposent toutes le doute ou l’attaque, et qu’elles ne purent naître qu’au milieu des commotions les plus dangereuses. L’état de guerre éleva ces remparts vénérables autour de la vérité : ils la défendent sans doute, mais ils la cachent ; ils la rendent inattaquable, mais par là même moins accessible. A ! ce n’est pas ce qu’elle demande, elle qui voudrait serrer le genre humain dans ses bras. (…) Le Christ n’a pas laissé un seul écrit à ses apôtres. Au lieu de livres il leur promit le Saint-Esprit. « C’est lui, leur dit-il, qui vous inspirera ce que vous aurez à dire » (J. de Maistre, Essai sur le Principe Générateur des constitutions politiques, § 15, P. Russand, Lyon, 1833, pp. 18-20 ; 22-23 ; 28 : Cf La doctrine de la réintégration des êtres, Editions La Pierre Philosophale¸2012, 2ème édition 2013, pp. 156-157).[3]


« Les définitions conciliaires n’ont pas vocation à avoir autorité sur la doctrine des voies initiatiques. Ce qui importe, ce n’est pas ce que l’Eglise pense de cette doctrine, mais ce que les initiés, qui fondèrent les Ordres où cette doctrine est enseignée, eux en pensent, et surtout en ont fait, en se demandant, subsidiairement : est-ce que cette doctrine correspond à un programme initiatique, à un objectif précis ? Et il se trouve, qu’à ces deux questions la réponse est positive. C’est pourquoi, de la préservation de cette doctrine, dépend la continuité du processus initiatique mis en œuvre au 18e siècle ainsi que des Ordres qui ont à le conserver et l'enseigner. » (Jean-Marc Vivenza, Sur la doctrine de la réintégration des êtres, entretien avec Jean Solis et Jean-Pierre Bonnerot, BaglisTV, avril 2014)

 


[1] (Instruction du grade d’Ecuyer Novice, 1778, Bibliothèque du Grand Orient des Pays-Bas, la Haye, Fonds Kloss, F XXVI 113‑10.)

[2] J.-M. Vivenza de L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, La Pierre Philosophale, 2013, p. 317.

[3] Ibid., pp. 317-318.

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