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30/12/2013

Le Grand Prieuré des Gaules se retranche de la Franc-maçonnerie universelle

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Joaquin Phoenix, dans le rôle de l’empereur Commode, Gladiator, de Ridley Scott (2000)

 

Le constat peut paraître étonnant pour une institution qui, jusqu’alors, en partageait les fondements. Il est toutefois sans équivoque, lorsque les dérives pressenties, puis largement commentées ces derniers mois, et qui ont conduit à la crise morale que l’on sait,  se cristallisent désormais en communications ciblées, émanant de la gouvernance de l’Obédience.

Par un discours publié dans la 8ème livraison des Cahiers verts, et prononcé le 28 septembre 2013  à l’occasion de la Saint-Michel, devant une mince assemblée de membres découragés et de visiteurs médusés, le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules a tracé les grandes lignes programmatiques de cette désorientation historique, bâties sur un appareil argumentaire qu’il convient de diagnostiquer, et reposant sur :

1/ la légitimation du discours par une inquiétante tonalité égocentrée :

« L’initiation parfaite existe… je l’ai rencontrée et nous le pouvons tous, pour peu que nous le voulions », nous prévient en exergue celui dont la fonction semble lui permettre cette guidance : « En tant que Grand Maître, je placerai ma mandature exclusivement au service de son témoignage ; je serai féal de sa vérité, chevalier de sa beauté, prêtre de son amour et prophète de son retour » (sic !), dévotion qu’appuiera son actuel Grand Orateur, Dominique V., à l’occasion d’un envolée scénique méritant mention : « C’est pourquoi les serments prêtés devant le Grand Architecte de l’Univers (…) engagent chaque frère envers l’Ordre, devant l’Eternel, mais aussi envers ses représentants qui sont aussi à leur mesure, dans cet ordre, les représentants du Christ. (…) Servant l’ordre en son Grand Maître, ou ses représentants et lieutenants, nous servons le Christ. » (Cahier vert, n°8, p. 31)

2/ la substitution d’un messianisme ecclésial et théologique, au cadre référentiel maçonnique :

Tel est le cœur fonctionnel et idéologique du projet, qui a conduit à la déliquescence et à la ruine morale d’une obédience rongée par ses contradictions. La démarche maçonnique, dans sa diversité intellectuelle, spiritualiste, humaniste ou, pour ce qu’il en est du patrimoine du Régime rectifié, se rapportant à la singularité de son enseignement, cède à  des critères de validité de nature religieuse et dogmatique : « Cette initiation de la gloire de Dieu qui ne se limite pas est le christianisme », et s’adresse à « des membres adultes de l’Ordre, des christophores, maçons des outils de la vraie profession qui fait les prophètes », qui sauront préparer « l’humanité au banquet des mystères divins, actualisant ainsi, dans l’espace et dans le temps, l’eucharistie perpétuelle » ; « à l’instar de l’Eglise, la maçonnerie chrétienne doit s’insérer et s’engager dans l’histoire des hommes, celle de la cité du Père (…). »

3/ une perception angoissée et persécutive à l’égard de toute formulation potentiellement critique :

Motivée par la conviction agressive d’un préjudice subi, elle systématise la désignation inquiétante de l’ennemi extérieur et comploteur, en des formules dont chacun appréciera la tendresse évangélique, vilipendant les « incantations de gueux » (p. 13), « la glose sans gnose des réseaux sociaux », les « boucs qui pratiquent l’errance de l’aventure mentale », et « d’autres faux prophètes [qui] nous enferment dans des palais de cristal au parfum de néant. » (p.12)…

Nous sommes, à ce stade, très en-deçà d’une sémantique maçonnique communément admise. Et ce glissement tenant lieu de rhétorique conceptuelle, pour ce qu’il en est plus particulièrement du Rite Ecossais Rectifié – bien que cette Obédience, aux dépens de son identité historique, ne s’en réclame plus exclusivement –, pourra se déployer dans un cadre préparé, jusqu’à en nier radicalement le contenu, car il faut entendre, désormais, ce singulier constat : le Grand Prieuré des Gaules est hostile au Rite Ecossais Rectifié.

Entendons-le, d’ailleurs, du Grand Maître lui-même, à propos de la "Doctrine" (c’est-à-dire du corpus d’enseignement, et le terme est récurrent, au cœur-même des rituels de réception au premier Grade) :

« Cependant, toute doctrine qui ne se discuterait pas deviendrait par définition un dogme, alors que seule l’Ecriture sainte est joyeusement dogmatique. (…) Le commentaire éclairé participe du modus operandi. L’homme, dans ses gènes originels, doit coopérer aux énergies divines, en prolongeant de son talent [sic !] tout enseignement humain, même inspiré. Willermoz, Saint-Martin et Martinèz au regard du seul vrai Maître sont de "petits maîtres" que nous devons amender, opposer, contrarier (…). »

Ainsi, s’exprime l’actuel Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules…  

La Doctrine peut être "amendée", entendez : par une autorité obédientielle dont la nature prophétique lui confère toute légitimité en la matière, et qui le fait pour des motifs avoués : l’enseignement du Régime, qui présente un certain nombre de singularités au regard des critères des conciles (caractère nécessaire d’une création consécutive à la prévarication ; dissolution finale du composé matériel, origine et destination purement spirituelles de l’âme…), doit être "contrarié", pour permettre à la tendance ecclésiale qui a fait main-basse sur la structure, d’y exercer son Ministère :

« Pour moi, la franc-maçonnerie est devenue une terre de mission et je ne vois pas au nom de quoi je devrais la laisser de côté », lisait-on déjà en février 2001, de la plume de son ancien Grand Aumônier (Jean-François VAR, propos recueillis par Anne Ducrocq, L’actualité des Religions,février 2001, n° 24) ; déclaration dont s’entend désormais l’écho, au sommet même d’une Institution sulfureuse, mais curieusement considérée par les Obédiences françaises, d’une bienveillante indifférence…  

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