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05/05/2013

Grand Prieuré des Gaules : "ite missa est !"...

« Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion. » (Psaume 137)

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Nous pressentions ici, et avons dénoncé à maintes reprises, les contours de cette dérive ecclésiale et dogmatique, subie par la maison-mère du réveil du Régime en France, et avons signalé son inévitable aboutissement : le départ, en décembre 2012, de sa sensibilité willermozienne, légitimée, en une transmission intacte, par ses anciens Grand Maître et Porte-parole. Et ce n’est pas seulement l’héritage de Camille Savoire qui s’en va naviguer vers des eaux moins troubles, mais celui, aussi stupéfiant que cela puisse paraître, de l’Histoire et de l’enseignement du Régime.

La désorientation est totale, sans doute irréversible, car inscrite dans la législation de l’Obédience atteinte, qui accorde à une pure invention dénommée "Grande Aumônerie",  des prérogatives qui n’ont rien de bienfaisantes[1], lorsqu’elles s’étendent à « l’enseignement des principes religieux et spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes » (Statuts du G.P.D.G., Livre VII, article 106, 2005, amendés le 29 septembre 2012).

A ce glissement sémantique, à cette redoutable inversion conceptuelle, il fallait une posture habile à ne plus s’encombrer, pour en justifier la dilution sous couvert de diversité, des références doctrinales propres à la maçonnerie willermozienne, et qui n’ont jamais prétendu s’imposer dans les domaines réservés de la foi conciliaire. Le "Grand Prieuré" du Régime rectifié s’est ainsi muté en Eglise substituée et multi-ritualiste, pliant aux conceptions de sa tendance cléricale, un enseignement qui, naturellement, n’avait pas à s’imposer aux frères de rites importés.

Et c’est fort de sa mandature reconduite, que celui qui vient de marquer du signe évident de cette désorientation la fonction de Grand Maître de la vénérable institution,  assume sans sourciller que « L’initiation parfaite n’est pas seulement martiniste, martinézienne, willermozienne, ni uniquement maçonnique et chevaleresque(…) Cette initiation de la Gloire de Dieu qui ne se limite pas, est le Christianisme[2]»

Nous sommes face à une conception radicalement étrangère, opposée, aux principes de la Réforme de Lyon, pour laquelle la référence à la « sainte religion chrétienne », infusée lors du serment prêté sur l’Evangile, ne saurait se déployer, ni se définir, au-delà de l’inviolable intimité de sa perception par le candidat à l’initiation.  Jean Baylot avait, en son temps, exprimé cette saine prudence : « Le Rite est chrétien, sans plus, fidèle à l’essence, rigoureusement déférent et neutre vis-à-vis du pouvoir religieux, écrivait-il. (…) Dans cet esprit d’un christianisme de méditation, de dépassement personnel et d’élévation, et non de contestation et de dogme, domaine sacré des Eglises.[3] »

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Les occurrences ecclésiales sont absentes du Code de 1778, car enter l’initiation sur le champ lexical de la dogmatique, serait un non-sens, une regrettable inversion, une intrusion douloureuse faite à la "douce persuasion" de la propédeutique chère à J.-B. Willermoz, et dont le sublime objet consiste à faire surgir l’image du fond de l’être et ainsi, par l’intercession des vertus et des symboles référés à l’anthropologie du Temple, à se disposer à « participer à [l’anéantissement] du Verbe en l’Incarnation[4]. » Le Divin Réparateur est venu au monde, afin de restaurer les moyens pour que nous puissions répondre à cette vocation réinstaurée, à laquelle la postérité d’Adam a failli. Le frère du Rite Ecossais Rectifié est chrétien, certes, non par fidélité à des décisions conciliaires, mais parce qu’il s’inscrit dans le projet réparateur de l’Eternel en épousant la persona Christi,  qui ouvre l’accès à la naissance et au jaillissement du Verbe en lui.  

Aussi, n’en déplaise à Bruno Abardenti, la maçonnerie rectifiée, qui ne peut se satisfaire d’épithètes factices, fussent-ils "religieux", se réfère bien à la perspective qu’il nomme « martiniste, martinézienne, willermozienne, (…), maçonnique et chevaleresque »… ou dit autrement, à cette exigence aujourd’hui trahie et qui, en juin 2000, avait conduit les frères du Grand Prieuré des Gaules à quitter les plaines d’Egypte où ils se trouvaient, pour répondre à la vocation initiatique portée par le Code de 1778.

Le but du réveil de 1935 n’était pas de fabriquer une superstructure  dont l’unique objet était de se survivre à elle-même, rigidifiée autour d’une dogmatique intransigeante, égarée dans des civilités et des ambitions mondaines, détournée de sa vocation spirituelle, jusqu’à désigner l’enseignement du Régime comme relevant d’une hérésie de nature dualiste et gnostique.

Aux âmes de désir, la voie initiatique questionne leur rapport au monde, à ses origines, à sa destination. Si elle n’y répond pas, et se contente de fables consolantes sur le christianisme, elle trahit sa vocation, et les précipite dans des impasses catégoriques, des abîmes qui ne sont hélas pas ouverts sur l’infini, mais sur les oubliettes d’un château qui, comme toutes les constructions humaines, finira par s’écrouler

 

Sur cette même question, seront consultés avec profit :

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"Régime Ecossais Rectifié et christianisme de l’Ordre"

 

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"Le RER est l’Obédience muti-rites de 1935 !"

 



[1] Contrairement à ce qu’énonce ostensiblement le site de l’Obédience, en une version sans doute plus "fréquentable", qui octroie à  "L’Aumônier des Ordres" (sic), « le rôle de se mettre au service du soulagement matériel, moral et spirituel de l’humanité » (site du GPDG, « Gouvernance de l’Ordre »).

[2] Bruno Abardenti, Réélu le 27 avril, le Grand Maître du GPDG répond à nos questions, G.P.D.G., le 30 avril 2013.

[3] Jean Baylot, « Le rite Ecossais Rectifié dans l’institution maçonnique », Les Cahiers verts, n°1, 1970.

[4] Cardinal de Bérulle (1575-1629), Bref traité de l’Abnégation intérieure, opuscule CXXXII, col. 1165, c 914).

 

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