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03/02/2013

"L'Ordre, ne devant pas accueillir des individus qui auraient une doctrine opposée à celle qu'il regarde comme sa règle fondamentale."

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« Si les réponses du candidat sont conformes à la doctrine de l'Ordre, le Frère Préparateur l'exhortera à y persévérer, et il les fera connaître sommairement à la loge lorsqu'il y fera son rapport. »


La Chambre de préparation, étape préliminaire à la réception du futur apprenti franc-maçon au Régime Rectifié, est pourvue d’indications indispensables – différentes des thématiques coutumières à d’autres systèmes, ayant eu à souffrir d’alliages étrangers à la vocation première de la perspective initiatique[1] –, récapitulant d’emblée, l’enjeu même d’une transformation à visée réparatrice : la réconciliation de l’homme avec sa vocation céleste, toutefois conditionnée par une conscience objective de l’état dégradé, vicié à la racine, de l’individu.

On pourrait s’étonner qu’un tel préalable doctrinal soit posé, dès le stade initial de la réception. Et feindre d’ignorer ce principe effectivement essentiel, que signalait René Guénon dès 1924 :

« Il faut, nous l’avons dit, s’en tenir tout d’abord au point de vue purement intellectuel, et, par une répercussion toute naturelle, les conséquences s’étendront ensuite de proche en proche, et plus ou moins rapidement, à tous les autres domaines (…). L’ordre des principes porte virtuellement en soi des possibilités dont l’expansion est capable de déterminer les plus prodigieuses conséquences, et cela dans tous les domaines, à mesure que ses répercussions s’y étendent selon leur répartition hiérarchique et par voie de progression indéfinie. (…) Du reste, il faut nécessairement commencer par la préparation théorique, la seule vraiment essentielle et indispensable, et la théorie peut toujours être exposée sans réserves, ou du moins sous la seule réserve de ce qui est proprement inexprimable et incommunicable ; c’est à chacun de comprendre dans la mesure de ses possibilités. » (René Guénon, Orient et Occident, IIe part., ch. III, "Constitution et rôle de l’élite")

A l’évidence pourtant, cette vocation primitive,  à laquelle nous sommes appelés, conditionne l’accès à la démarche, et les propos sur les trois "questions d’Ordre" tenus au candidat par celui qui fait office de "frère préparateur", n’en font pas mystère.

Les voici donc, à l’attention de celles et ceux qui, bien qu’ayant en charge  les structures qualifiées pour en diffuser le sublime héritage, en ont oublié jusqu’à la sémantique même, désormais assimilée à des vues "doctrinaires" qui seraient étrangères à la vocation du Régime :

« Monsieur, ces questions ne sont pas offertes aux candidats pour entreprendre avec eux aucune controverse sur les objets qu'elles présentent à leurs réflexions, mais pour obtenir par leur propre déclaration un témoignage certain de leur croyance ou de leur manière de penser sur des points qui sont, je ne crains pas de vous le dire, la base essentielle de la Franc-Maçonnerie. L'Ordre, ne devant pas accueillir des individus qui auraient une doctrine opposée à celle qu'il regarde comme sa règle fondamentale, a dû, relativement à ceux qui désirent d'y être admis, établir des formes certaines pour connaître leurs vrais sentiments, et leur conformité avec ses lois, afin d'éloigner de ses assemblées tout prétexte de dispute ou d'opposition d'opinions tendant à détruire la charité, la fraternité et l'union qui doivent y régner essentiellement. C'est dans cette vue, Monsieur, et non par aucun doute ou indifférence sur les vérités sublimes professées dans l'Ordre, que les discussions religieuses, morales et politiques, sont sévèrement prohibées parmi les Frères, et qu'ils sont exhortés à ne pas craindre d'avouer hautement les vérités de la religion devant les profanes qui les rejettent, tous devant faire leurs efforts pour se rapprocher du sanctuaire de la vérité afin d'y former avec leurs Frères l'union la plus intime et la plus pure qu'il soit possible de voir parmi les hommes.

Ainsi, Monsieur, ces questions ne sont présentées aux candidats qu'afin de connaître, par leurs réponses, s'ils sont dignes d'entrer dans l'Ordre, et pour leur faire entrevoir son véritable but et le terme des travaux particuliers imposés à chaque maçon. Je dois même vous prévenir qu'elles vous seront souvent rappelées, et qu'avant l'époque où vous serez tenu d'y répondre d'une manière plus positive, vous aurez dû prouver à vos Frères, par la pratique invariable que l'Ordre exige, la conformité réelle de vos sentiments avec la doctrine morale et religieuse qui fait la base de cette respectable association. Sans cela, Monsieur, cette époque de votre avancement dans la Franc-Maçonnerie serait de plus en plus reculée pour vous, et dans ce cas, vous ne pourriez vous en plaindre, car ici vous ne sauriez être le juge dans votre propre cause, mais vous serez jugé sur vos œuvres, et par vos Frères témoins de vos travaux.

Je leur rendrai tout à l'heure un compte fidèle de vos sentiments et de la manière dont vous me les avez exprimés ».

Au terme de ce discours, le rituel se complète de la précision suivante :

« Si les réponses du candidat sont conformes à la doctrine de l'Ordre, le Frère Préparateur l'exhortera à y persévérer, et il les fera connaître sommairement à la loge lorsqu'il y fera son rapport. »

(Rituel du grade d’ Apprenti, 1802)

 



[1] Nous pensons, en particulier, aux apports tardifs liés aux différents principes de  transmutation de la matière qui, du point de vue de l’économie générale de la réconciliation, constituent un véritable non-sens métaphysique.

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